Joel DemersCette semaine a vu le jour le Comité Pierre-Demers dédié à la promotion de la langue française dans le domaine des sciences et de la recherche universitaire. Initiative de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal, le Comité a été nommé en l’honneur du professeur Pierre Demers, centenaire, disciple de Marie-Victorin, physicien émérite, inventeur du système chimique du Québécium et seul Québécois francophone à avoir participé au projet Manhattan. Le Comité sera dirigé par son fils, Joël Demers, ici présent. Plusieurs scientifiques et personnalités de renom ayant le français à cœur se joindront au Comité dans les semaines qui viennent.

Cette annonce s’inscrit dans la foulée de l’attribution de la remise à Pierre Demers du Prix Marie-Victorin, tel que dévoilé le 2 novembre par le gouvernement du Québec.

Grand défenseur du français, président-fondateur de la Ligue internationale des scientifiques pour l’usage de la langue française (LISULF), Pierre Demers célébrera dans quelques jours son 101e anniversaire de naissance. L’événement sera d’ailleurs souligné le 7 novembre prochain en présence de nombreux dignitaires dans le cadre de la Soirée 101 ans de science en français qui se tiendra au Jardin botanique de Montréal, fief de Marie-Victorin. Le professeur Demers y recevra le Grand Prix des sciences Léon-Lortie de la SSJB. De plus, un documentaire sur sa vie, réalisé par son fils Joël, sera également lancé à cette occasion.

pierre demers

Mission du Comité Pierre-Demers

Le Comité Pierre-Demers compte travailler à promouvoir auprès des décideurs, des universitaires et de la population en général, l’usage du français dans l’enseignement, la communication, la recherche et les publications scientifiques. Plus précisément, nous souhaitons que l’Assemblée nationale du Québec et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) adoptent des résolutions claires à cet effet dans le but d’obtenir la signature d’un traité international utilisant tous les leviers des États de la Francophonie.

En 2012 à Kinshasa, l’OIF s’est engagée à «améliorer, à l’échelle internationale, la place de la langue française dans la communication scientifique», mais rien de très structurant ne semble en avoir résulté. Les décideurs, aux niveaux national et international, doivent faire preuve de responsabilité et agir dans ce dossier, en établissant des objectifs précis et concrets. Autrement, on multiplie les vœux pieux et les belles paroles, mais les bottines ne suivent pas les babines.

Le combat de Pierre Demers doit à tout prix être poursuivi, car la dégringolade de la langue de Pasteur est plus abrupte que jamais. Comme le rapportait récemment Vincent Larivière, expert de la question des transformations dans la communication savante, la proportion des publications internationales en français réalisées par des chercheurs québécois oeuvrant dans le domaine des sciences naturelles et médicales, est de seulement 0,5%, pour ne prendre que cet exemple! Madame Pauline Marois qui a piloté une consultation en profondeur sur ce sujet alors qu’elle était au pouvoir, a déjà souligné qu’il en va à la fois de la diversité des pensées, en recherche, et de la survie de la langue française et des peuples qui la portent et qui la vivent. Plusieurs observateurs ont déjà déploré que le gouvernement actuel se traîne les pieds en cette matière.

Si notre langue n’est pas au cœur des activités de pointe, elle finira lentement mais sûrement par n’être plus qu’une langue folklorique comme on l’observe dans de nombreux endroits en Amérique du Nord.

Le français, en tant que langue des sciences et de la philosophie, a été jusqu’ici un outil extraordinaire de développement du savoir et de la pensée moderne. La précision, la grâce de cet idiome riche et puissant imposent le respect. Pourtant, la langue française ne cesse de reculer dans les publications scientifiques au profit de l’anglais. La langue anglaise est en voie de devenir parfaitement hégémonique en ce domaine comme en plusieurs autres domaines.

On ne pense pas le monde de la même façon selon la langue qu’on habite. Opposons donc à la domination tous azimuts de la langue anglaise et de la pensée anglaise, la résistance et la diversité de l’ensemble des civilisations qui parlent et pensent autrement! Comme pour les instruments de l’orchestre, toutes les langues du monde doivent faire entendre leur voix dans le concert des peuples. Sinon, les tambours battants de l’impérialisme culturel anglo-saxon, enterreront fatalement tout le reste, appauvrissant le patrimoine de l’humanité pour la suite du monde. Et au diable la musique et l’universalité! Pour emprunter le langage des progressistes dont je suis, ce n’est pas ça, faire du développement durable. Et ce n’est pas équitable non plus.

Alors, longue vie au Comité Pierre-Demers, vive la langue française
et vive la recherche scientifique en français !

Signature Maxime Laporte
Maxime Laporte,
avocat
Président, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal