50ème ANNIVERSAIRE DE VIVE LE QUEBEC LIBRE !

 

CONFÉRENCE D’ALAIN RIPAUX
A MONTRÉAL DU 24 SEPTEMBRE 2017

 

A l’invitation de Maître Maxime Laporte, avocat et président général de la Société Saint Jean-Baptiste de Montréal, Alain Ripaux, vice-président de Frontenac-Amériques et auteur du nouveau livre « Charles de Gaulle, une certaine idée du Québec » a fait une nouvelle conférence à Montréal le 24 septembre devant une centaine de militants de la SSJB, tous défenseurs de la langue française, de la francophonie et partisans de la Souveraineté du Québec.
Le thème de la conférence était « Charles de Gaulle et le Québec, de la Révolution tranquille au Québec libre ! »

Alain Ripaux a rappelé le grand intérêt du général de Gaulle pour le Canada français et pour le Québec. Déjà le 1er août 1940, le général de Gaulle s’adressait à la BBC de Londres aux Canadiens français et retransmis sur les ondes de Radio Canada.
Le 27 août 1940, il déclarait au journal montréalais Le Devoir  » Le général de Gaulle a confiance que l’appui des Canadiens et en particulier des Canadiens français, va rendre à la rendre à la France de grands services dans la lutte pour la victoire contre l’Allemagne. Le Canada fait un formidable effort militaire. Il agit aussi comme lien entre l’Amérique et le Vieux Monde et ses opinions et ses sentiments ont une grande influence sur les Français.
Le chef de la France Libre a fait quatre voyages au Canada et au Québec en 1944, 1945, 1960 et en 1967. Lors de ses premiers voyages, il s’est rendu à Montréal, à Québec, Ottawa et Toronto. Le voyage de juillet 1967 est le plus remarquable, tant par l’accueil de la population francophone que par les nombreuses allocutions et par le célèbre discours de Montréal du 24 juillet 1967 qui s’est terminé par le fameux « Vive le Québec libre ! ».

 

Les retrouvailles franco-québécoises
Peu après son retour aux affaires, le général de Gaulle a donné une véritable impulsion à une politique de coopération culturelle, technique et politique entre le Québec et la France et sans passer par le gouvernement fédéral canadien.
En 1961, le Chef de l’Etat reçoit à l’Elysée Jean Lesage, Premier ministre du Québec et lui déclare :  » Vous êtes le Québec ! Vous êtes les Canadiens français ! Il n’ y a pas de temps écoulé qui n’ait pu effacer de l’esprit et du coeur de la France, la pensée nostalgique des enfants qu’elle a laissé là-bas, il y a bientôt deux cents ans. Nous croyons que l’équilibre général du monde ne peut gagner à la présence et à l’expansion, sur le sol du nouveau continent, d’une entité française, de souche, de culture et d’activité ».
Le 5 octobre 1961, une grande réception est organisée au Palais de l’Elysée en l’honneur du gouvernement du Québec, avec un cocktail de 1000 personnes, un spectacle, puis un dîner de gala avec trois cents invités. En pleine guerre d’Algérie, la France renoue officiellement avec le Québec et le Canada français.
Ce même jour, le Premier ministre du Québec et André Malraux, Ministre des Affaires culturelles, inaugurent la Maison du Québec qui deviendra trois ans plus tard la Délégation générale du Québec, assimilée à une représentation diplomatique avec immunité de juridiction, privilèges douaniers et fiscaux.
Du 18 au 21 mai 1967, Daniel Johnson, Premier ministre du Québec, fait une visite officielle en France, pour préparer celle du général de Gaulle et développer la coopération franco-québécoise.
Le Général accueille le Premier ministre du Québec comme un véritable chef d’Etat. Il l’appelle « Monsieur le Président » et « Mon ami Johnson » et déclare en particulier  » Peuple exemplaire et très cher, en lequel, sur la terre où il vit et dont avec courage il développe les ressources, nous voyons un rameau de notre peuple. »

En 1967, le général de Gaulle reçoit deux invitations pour visiter l’Exposition Universelle de Montréal où la France à un pavillon prestigieux, celle du gouvernement canadien et celle du gouvernement du Québec.
Mais, il est évident que Charles de Gaulle, en acceptant de se rendre au Canada, souhaite avant tout prendre contact directement avec le peuple du Québec et son gouvernement.
Ce voyage est longuement et minutieusement préparé par les proches collaborateurs de l’Elysée comme Bernard Dorin, Ambassadeur, Alain Peyrefitte, ministre de l’Education nationale, Xavier Deniau, parlementaire gaulliste, Philippe Rossillon, Haut fonctionnaire, Jean-Daniel Jurgensen, diplomate et Pierre-Louis Mallen, correspondant de l’ORTF à Montréal.
Le 15 juillet, le général de Gaulle part de Brest à bord du croiseur Colbert.
Sur le croiseur Colbert qui l’amène au Québec, le général confie à des officiers : « Messieurs, le Canada français va vivre de belles heures …. Au train où en vont les évènements, j’ai la conviction qu’avant très peu d’années, le Québec sera libre… » et aussi  » On va m’entendre là-bas. Je vais en surprendre plus d’un ».
Le 20 juillet, le Colbert fait escale à Saint-Pierre et Miquelon.
Rappelons que le 24 décembre 1941, les Forces Françaises Libres débarquent dans l’Archipel. Sur ordre du général de Gaulle, les trois corvettes Aconit, Alysse et Mimosa placées sous la marque de l’Amiral Muselier, escortées du sous-marin Surcouf s’emparent de Saint Pierre et Miquelon et affirment la présence de la France Libre.
A Saint-Pierre, le général de Gaulle déclare :  » Vous êtes ici le symbole et les artisans du fait que la France reste indépendante à l’égard de qui ce soit… La France vous aime, elle doit vous occuper de vous.

 

Le Québec accueille le général de Gaulle
Après Saint-Pierre-et-Miquelon, le Colbert se dirige vers le golfe du Saint Laurent.
Des feux de joie sont allumés, des Escoumins jusqu’à l’Ile aux Coudres, sur une longueur de 150 kilomètres en l’honneur du président de la République. A l’aube du 23 juin, quand le navire présidentiel double le Cap Tourmente, des dizaines de petites embarcations abondamment décorées se portent à l’encontre du Colbert pour l’escorter jusqu’à Québec.
Le dimanche 23 juillet, le Colbert accoste à la gare maritime de l’Anse au Foulon à Québec.
Le général porte l’uniforme. Après l’exécution de la Marseillaise, le gouverneur général, Roland Michener, souhaite la bienvenue à l’illustre visiteur. Puis, c’est le tour du Premier ministre du Québec, Daniel Johnson, qui s’adresse au général :  » A l’issue de votre souvenir au Québec, Monsieur le Président, vous pourrez dire avec fierté : voilà comment les fils de la vieille France ont bâti la Nouvelle-France ».
Le Général remercie le Gouverneur général et le Premier ministre en termes chaleureux et conclut « De la part de la France, je n’ai rien d’autre à dire que l’affection, le souvenir et l’espérance ».

Dés son arrivée à Québec, le Général est accueilli par une foule enthousiaste qui manifeste son attachement à la France et sa confiance en de Gaulle. Plusieurs fois, il prend la parole en public et exprime ses sentiments et sa pensée sur l’avenir du Québec. « Cet avenir, il faut qu’il soit le vôtre »  » On assiste ici à l’avènement d’un peuple qui, dans tous les domaines, veut disposer de lui-même ».

A l’Hôtel de Ville de Québec, le Général s’adresse depuis le perron, à la foule qui l’ovationne :  » Toute la France en en ce moment regarde par ici. Elle vous voit, elle vous entend, elle vous aime. Vive le Québec, Vive le Canada français, Vive la Nouvelle France, Vive la France ! »
Le Général et Madame de Gaulle se rendent à Sainte-Anne-de-Beaupré pour assister à la messe. Tout au long du trajet, des milliers de Québécois, agitant des drapeaux fleurdelisés et tricolores, manifestent leur joie en acclamant le Général.
A la basilique Sainte-Anne, le cardinal Roy, archevêque de Québec, accueille le Chef de l’Etat qui est applaudi par 4000 fidèles en sortant de l’Eglise.
A l’issue de la cérémonie, le Général gagne la résidence d’été du Petit Séminaire de Québec où il est l’hôte à déjeuner de Son Eminence le cardinal Maurice Roy, primat de l’Eglise canadienne et archevêque de Québec.

Un dîner au Château Frontenac, offert par le Premier ministre du Québec, termine la journée. Répondant au toast de Daniel Johnson, le Général de Gaulle précise sa pensée :  » Ce que les Français d’ici, une fois devenus maîtres d’eux-mêmes, auront à faire pour organiser avec les autres Canadiens les moyens de sauvegarder leur substance et leur indépendance au contact de l’Etat colossal qui est leur voisin, ce sont des mérites, des progrès, des espoirs, qui ne peuvent en fin de compte, que servir à tous les hommes ».

 

Le Chemin du Roy
Le lundi 24 juillet, accompagné de Daniel Johnson, le général de Gaulle quitte Québec pour se diriger vers Montréal par le « Chemin du Roy », route de grande circulation ouverte en 1735, sous le régime français. Le Général fait halte et s’adresse dans les principales localités traversées : Donnacona, Sainte-Anne de la Pérade, Trois-Rivières, Louiseville, Berthier et Repentigny.
Plusieurs millions de personnes enthousiastes sont massés le long du parcours. A Trois-Rivières, principale étape de la journée, le Général déclare à la foule en liesse : « De tout mon coeur, je remercie Trois-Rivières, sa population si émouvante, parce que voilà un témoignage vraiment magnifique. C’est ce nous voulons appeler le fait français ».

Dés le départ de Québec, le cortège présidentiel prend une allure triomphale. Dans chaque ville où il s’arrête pour prononcer une allocution et recevoir les bons voeux des élus et de la population, le général de Gaulle est écouté par une foule nombreuse, dont l’enthousiasme allait être croissant jusqu’à Montréal. Dans la métropole, on estime à un demi million le nombre de personnes massées sur les trottoirs pour acclamer le président de la République.

A partir de Repentigny, la foule borde la route sans interruption sur plusieurs rangs. Le Général demeure debout dans sa voiture durant toute cette partie du trajet. Avec plus d’une heure de retard sur l’horaire prévu, le Général arrive à l’Hôtel de Ville de Montréal où il va prononcer son célèbre discours et cela dans une atmosphère indescriptible de joie et d’enthousiasme devant une foule en délire de 15 000 personnes.

L’arrivée du président de la République à Montréal est un véritable triomphe. Une foule compacte, nerveuse, exubérante et parfois délirante se masse autour de l’Hôtel de Ville de Montréal. Lorsque la voiture présidentielle fait son apparition vers 19h30, une immense clameur monte de la foule. Sur les pancartes brandies par les militants indépendantistes on peut lire « Québec libre ! » ou « Notre Etat français, nous l’aurons ».

Dans sa conférence de presse du 27 novembre 1967, le général de Gaulle décrira lui-même cette journée historique :  » Rien ne saurait l’idée de ce que fût la vague immense de foi et d’espérance française qui souleva le peuple tout entier au passage du président de la République.
De Québec à Montréal, sur les 250 km de la route longeant le Saint Laurent et que les Français Canadiens appellent « le Chemin du Roy », des millions et des millions d’hommes, de femmes, d’enfants, s’étaient rassemblés pour crier passionnément « Vive la France ! ».

Le 24 juillet 1967, après un parcours triomphal de Québec à Montréal, le général de Gaulle se sent obligé de répondre au nom de la France, à l’accueil magnifique du peuple québécois et de « réparer la dette de Louis XV ».
Acclamé frénétiquement par la foule, estimée à 15 000 personnes placées autour de l’Hôtel de Ville, le général de Gaulle prononce le discours suivant :

 

« C’est une immense émotion qui remplit mon cœur en voyant devant moi la ville de Montréal française. Au nom du vieux pays, au nom de la France, je vous salue de tout mon cœur. Je vais vous confier un secret que vous ne répéterez pas. Ce soir, ici et tout le long de ma route, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération. Outre cela, j’ai constaté quel immense effort vous accomplissiez ici de progrès, de développement et par conséquent d’affranchissement. Et c’est à Montréal, qu’il faut que je le dise, car s’il y au monde une ville exemplaire pour ses réussites modernes, c’est la vôtre, et je me permets d’ajouter, c’est la nôtre. Si vous saviez quelle confiance la France réveillée vous apporte et quelle affection elle commence à porter pour les Français du Canada. Elle se sent obligée à concourir à votre marche en avant et à votre progrès. Nous avons signé des accords avec mon ami Daniel Johnson pour que des Français de part et d’autre de l’Atlantique, travaillent à une même œuvre française. Ce concours, la France est prête à vous l’accorder un peu tous les jours. Elle sait qu’il lui sera rendu. Les progrès du Canada français feront l’étonnement de tous et lui permettront un jour d’aider la France.
Voilà ce que je suis venu vous dire ce soir. J’emporte de cette réunion inouïe, un souvenir inoubliable. La France entière sait, voit et entend ce qui se passe ici et je puis vous dire qu’elle en vaudra mieux.
Vive Montréal ! Vive le Québec !
Vive le Québec libre ! Vive le Canada français !
Vive la France !

Charles de Gaulle

 

 

Un tonnerre d’applaudissements et d’acclamations accueille le « Vive le Québec libre ! » du général de Gaulle. Ensuite, le Général pénètre à l’intérieur de l’Hôtel de Ville, accompagné de M. Daniel Johnson, Premier ministre du Québec, de M. Jean Drapeau, Maire de Montréal, tandis que la foule continue de crier « On veut De Gaulle ! On veut De Gaulle ! »
Les journalistes sont stupéfaits par le discours du Général et du « Vive le Québec libre ! »
Les journalistes anglophones ne peuvent en croire leurs oreilles et s’empressent de vérifier auprès de leurs confrères francophones le sens exact des paroles du Général.
Sur la terrasse de l’ Hôtel de Ville, le général de Gaulle s’adresse à M. Jean Drapeau, maire de Montréal et à six cents invités et notables de la ville :

 » Montréal est une ville rayonnante, pourquoi voulez-vous que je ne me félicite pas que cette ville rayonnante, cette ville qui réussit soit la deuxième ville française du monde. Je m’en félicite et c’est bien naturel. La France porte sur Montréal une attention de premier ordre, et c’est en grande partie à vous que cela est dû. Vive Montréal !

 

Le destin du peuple canadien français
Le mardi 25 juillet est réservé à une rencontre avec la colonie française et surtout à la visite de l’Exposition universelle de Montréal et du pavillon de France. Résultat de la coopération économique franco-québécoise, le métro de Montréal reçoit la visite du Chef de l’Etat le mercredi 26 juillet puis c’est l’Université de Montréal. L’amphithéâtre est complet et les étudiants qui n’ont pu y prendre place suivront la cérémonie par un circuit intérieur de télévision. A son entrée dans la salle, le Général de Gaulle est accueilli par un tonnerre interminable d’applaudissements. A l’Hôtel de Ville de Montréal, a lieu une réception en son honneur.
Le Général déclare en particulier : » Ensemble, nous avons été au fond des choses et nous recueillons les uns et les autres des leçons capitales. Nous les emportons pour agir. Et je voudrais que, quand je vous aurais quittés avec ceux qui m’accompagnent, vous ayez gardé l’idée de la présence en quelques jours du Général de Gaulle dans ce Québec en pleine évolution. Ce Québec qui se prend, ce Québec qui se décide, ce Québec qui devient maître de lui-même, mon voyage dis-je, aura pu contribuer à votre élan. C’est tout naturel. »

 

Le retour en France
Le discours de Montréal provoque une vive émotion dans les milieux gouvernementaux d’Ottawa et le Conseil des ministres canadien dans un communiqué fait savoir qu’il le juge inacceptable. Dans ces conditions, le général de Gaulle décide d’annuler son voyage à Ottawa et rentre directement à Paris.
Le Président de la République et ses collaborateurs prennent dans l’aprés-midi l’avion d’Air France pour Paris. A 4 heures du matin, le Général et sa suite arrivent à l’aéroport d’Orly. Ils sont accueillis par M. Georges Pompidou, Premier ministre, entouré de 16 ministres du gouvernement français.
Le 31 juillet, à l’issue du Conseil des ministres, l’Elysée communique une déclaration du Président de la République sur son voyage au Québec. Dans ce communiqué, le Chef de l’Etat renouvelle son appui au Québec :
 » Le général de Gaulle a constaté l’immense ferveur française manifestée partout à son passage. Il a noté chez les Français Canadiens la conviction unanime qu’après le siècle d’oppression qui suivit pour eux la conquête anglaise, le second siècle écoulé sous le système défini par « l’Acte de L’Amérique du Nord britannique » de 1867, ne leur avait pas assuré, dans leur propre pays, la liberté, l’égalité et la fraternité.
Il a été amené à mesurer leur volonté de parvenir, grâce, si possible, à l’évolution qu’accomplirait éventuellement l’ensemble des Canadiens, à disposer d’eux-mêmes à tous égards, et en particulier, à devenir maîtres de leur propre progrès.
Il va de soi, a conclu le président de la République, que la France n’a aucune visée de direction, ni à fortiori, de souveraineté, sur tout au partie du Canada d’aujourd’hui.
Mais, étant donné qu’elle fondé le Canada, qu’elle l’a seule, pendant deux siècles et demi, administré, peuplé, mis en valeur, qu’elle y constate l’existence et l’ardente personnalité d’une communauté française comprenant six millions et demi d’habitants, dont quatre millions et demi dans le Québec, elle ne saurait, à coup sûr, ni se désintéresser du sort présent et futur d’une population venue de son propre peuple et admirablement fidèle à sa patrie d’origine, ni considérer le Canada comme un pays qui lui serait étranger au même titre qu’un autre. »

Conférence de presse du 27 novembre 1967
Le 27 novembre, le président de la République a tenu une importante conférence de presse dans les salons de l’Elysée et à fait un brillant exposé sur son voyage au Québec et aussi sur la situation des Canadiens français, de la fondation par la France du Canada à la conquête anglaise de 1760, de l’occupation britannique et du régime de la Confédération canadienne de 1867.
Le général de Gaulle a déclaré en particulier :  » Eh bien ! par ce qu’il faut appeler un miracle de vitalité, d’énergie et de fidélité, le fait est qu’une nation française – morceau de notre peuple – se manifeste aujourd’hui au Canada et prétend être reconnue et traitée comme telle . Les 60 000 Français laissés là-bas jadis sont devenus de 6 000 000 et ils demeurent plus Français que jamais. Au Québec même, ils sont plus de 4 500 000, c’est à dire l’immense majorité de la population de cette province.
Que le Québec soit libre, c’est en effet, ce dont il s’agit, au point où en sont les choses, dans la situation irréversible qu’a démontré et accéléré le sentiment national lors de mon voyage.
Il est évident que le mouvement national des Canadiens français et aussi l’équilibre et la paix de l’ensemble canadien, et encore l’avenir des relations de notre pays avec les autres communautés de ce vaste territoire, et même la conscience mondiale désormais éclairée, tout cela exige que la solution soit résolue. Il faut deux conditions. La première implique un changement complet de l’actuelle structure canadienne, telle que résulte de l’Acte octroyé il y a cent ans par la reine d’Angleterre et qui créa la Fédération. Cela aboutira, à mon avis, à l’avènement du Québec au rang d’Etat souverain, maître de son existence nationale, comme le sont par le monde tant et tant d’autres Etats, qui ne sont pourtant pas si valables ni même peuplés que ne le serait celui-là. »

 

Les réactions de la presse et de la classe politique
La visite du général de Gaulle au Québec et le « Vive le Québec libre ! » va soulever dans la presse internationale les commentaires les plus réprobateurs. En France, la presse et les milieux politiques de droite, du centre et de gauche condamnent les prises de position du président de la République.
Il faudra attendre de nombreuses années pour que les médias et les partis politiques reconnaissent « une fois de plus, le général de Gaulle avait vu juste et loin ».
Au Canada, la presse est divisée en deux blocs, d’une part, la presse anglophone, d’une rare violence, et certains journaux francophones plutôt modérés dans leurs commentaires. D’autre part, la majorité de la presse du Québec est plutôt favorable aux discours et au cri de Montréal du général de Gaulle appelant à plus de liberté pour la province francophone.
A la suite d’une séance du cabinet provincial qui a duré plus de deux heures, le Premier ministre du Québec, M. Daniel Johnson, a fait savoir qu’il appuyait sans réserve les déclarations faites par le général de Gaulle au Québec.
Un sondage effectué deux semaines plus tard montre que l’opinion québécoise, approuve sans réserve les déclarations du général de Gaulle sur le Québec.

 

Cinquante ans après
Cinquante après le voyage historique du général de Gaulle au Québec et le cri de Montréal « Vive le Québec libre ! », les mentalités ont bien évolué à droite et à gauche, dans l’opinion française, dans les partis politiques et les médias.
Le Québec est aujourd’hui le pays le plus populaire en France. De nombreux livres, études, articles, conférences, reportages, sont consacrés à la Belle province. Des dizaines de milliers de Français de France sont venus tenter leur en Amérique française. Dans le cadre des échanges franco-québécois, des milliers d’étudiants, de chercheurs, de scientifiques, de cadres, d’artistes, Français et Québécois, ont fait des stages enrichissants des deux côtés de l’Atlantique. Après deux siècles d’oubli et d’abandon, la France a renoué des liens directs et privilégiés avec le Québec.

Après deux cent cinquante ans d’occupation britannique, le Canada et le Québec sont toujours sous le contrôle des intérêts politique, économique et culturel des anglo-saxons et des anglo-canadiens. La reine d’Angleterre est toujours la souveraine du Canada. Un gouverneur général et des lieutenants gouverneurs la représentent à Ottawa et dans les provinces canadiennes. Les institutions et les symboles de la Grande Bretagne sont toujours présents au niveau fédéral et provincial. La monnaie, l’armée, les affaires étrangères, les ressources naturelles, l’immigration, les finances et bien d’autres secteurs sont toujours sous le contrôle du pouvoir anglo-canadien.
Il est grand temps que les choses changent et que le peuple du Québec prenne en mains son destin national et devienne un pays à part entière.

Par deux fois, le peuple du Québec s’est prononcé par référendum sur la question de son avenir politique. Lors du deuxième référendum de 1995, le projet proposé par le gouvernement souverainiste de Jacques Parizeau a été refusé par une infime majorité de « non ». Les forces de l’argent, le pouvoir anglophone et anglo-canadien ont fait pression sur le Québec pour l’échec du projet souverainiste.
Mais, la grande majorité de la nation canadienne française du Québec a voté majoritairement pour la souveraineté nationale de la province francophone. Au Québec, la question nationale reste posée.

De toute façon, quelque soit le choix des Québécois, le peuple du Québec a réussi à s’affirmer sur le plan politique, linguistique, culturel et économique face au colonialisme anglo-saxon et à l’impérialisme américain qui domine le monde.

Une fois de plus, le général de Gaulle avait vu juste et loin. Il avait compris que le peuple du Québec avait droit, lui aussi, comme tout autre peuple, a une pleine souveraineté dans l’ensemble canadien. Le Québec revendique également d’être reconnu au niveau international.

Mais, depuis ces dernières années, nous regrettons le peu d’enthousiasme et le manque de volonté politique au niveau des gouvernements français et québécois.
Pour des raisons budgétaires, en France et au Québec, les gouvernements respectifs ont jugé utile de remettre en cause certains accords de coopération signés à l’époque du général de Gaulle, de Jean Lesage et de Daniel Johnson.

Au niveau de l’Etat, en France et au Québec, il est nécessaire qu’une véritable volonté politique permette de relancer la coopération politique, culturelle et économique des deux côtés de l’Atlantique.
Il faut aussi dynamiser la coopération francophone internationale et avoir une politique audacieuse pour défendre la langue et la culture française qui se trouvent aujourd’hui particulièrement menacées par l’invasion de la langue anglaise et de la culture anglo-saxonne.
Actuellement, nous sommes envahis par la langue anglaise qui s’impose dans de nombreux domaines : les médias, la presse, la télévision, Internet, la publicité, l’enseignement supérieur,
les institutions européennes, etc…
Chaque jour, de nouveaux mots anglais sont imposés par les médias et le lobby anglo-saxon. Les jeunes générations ne savent plus rédiger de courriers en français classique et utilisent quotidiennement de nombreux anglicismes pour envoyer des courriels, des « texto » et communiquer avec leurs correspondants. Les médias et les publicistes sont particulièrement responsables de cette situation.

La loi Toubon, votée le 4 août 1994, devait défendre la langue française. Mais, avec la complicité du pouvoir socialiste et de certains groupes de pression anglophiles et pro-américains, cette loi n’a jamais été appliquée. Dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, nous sommes trahis par nos élites qui rêvent d’un monde dominé par l’impérialisme culturel, linguistique et économique anglo-américain.
N’oublions pas que la langue française est « la langue de la République » comme le précise l’article 2 de notre Constitution de 1958.

Au Québec, la Charte de la langue française, appelée aussi Loi 101, proposée par le Parti Québécois et votée le 26 août 1977 par l’Assemblée nationale du Québec, a permis de donner un statut officiel au français et de protéger notre langue dans les secteurs de la toponymie, de la publicité, de l’enseignement, de l’affichage et du travail. Cette loi protège aussi la forte minorité anglophone qui dispose de droits reconnus et possède des médias et des grandes universités.

Le Conseil supérieur de la langue française contrôle la bonne application de cette loi et encourage les initiatives pour défendre et promouvoir la langue de Molière. Malgré tout, à Montréal, avec l’arrivée permanente de milliers d’immigrants anglophones, dans certains quartiers de l’Ouest de la métropole, il devient difficile de s’exprimer en français. De nombreux immigrants refusent encore de parler la langue officielle de la province francophone. Des statistiques canadiennes prévoient une forte baisse de la majorité francophone dans vingt ans.

Il devient urgent de résister politiquement et culturellement à l’Empire américain et de susciter un véritable sursaut national, de relancer la coopération avec le Québec et les peuples de langue française ainsi que d’encourager une grande solidarité francophone internationale. Dans notre univers multiculturel, il n’est pas normal que la langue anglaise et la culture anglo-saxonne dominent la plupart des pays de la planète et imposent un véritable colonialisme culturel, économique et économique.
Suite à la sortie de la Grande Bretagne de l’Union Européenne, il est important que la langue anglaise ne soit plus la langue dominante de l’Europe, mais une langue parmi d’autres.

N’oublions pas que la langue française est présente dans plus de 50 pays et communautés francophones des cinq continents, ce qui représente un ensemble de plus de 275 millions de locuteurs qui contribuent au rayonnement de la langue de Molière.

La langue française est encore bien présente et dynamique en Belgique, en Wallonie, en Suisse, au Québec, dans de nombreuses provinces canadiennes, en Louisiane, en Amérique française, à Haïti, dans les Antilles, dans l’Océan Indien, dans les îles Maurice, de la Réunion, des Seychelles, de Mayotte, au Liban, au Magreb, dans une vingtaine de pays africains et malgache ainsi que dans les départements et territoires de la République française. Notre langue est toujours enseignée et largement parlée dans de nombreux pays non francophones.

L’Organisation internationale de la francophonie (OIF) qui regroupe 86 pays et communautés francophones et partiellement francophones contribue largement au rayonnement de la langue et de la culture française. Les Sommets de la Francophonie permettent à de nombreux chefs d’Etat et gouvernements de se concerter sur les enjeux culturels, économiques, écologique et politiques de notre planète.

Avec une véritable ambition politique, la France peut encore jouer un rôle important en Europe, en Amérique et dans le monde d’aujourd’hui et rester fidèle à l’action du général du Général de Gaulle.

Enfin, à mon retour en France, avec le soutien de nombreux amis Français et Québécois, je vais fonder une nouvelle association franco-québécoise pour la défense de la langue française et la promotion de la francophonie. Cette association pourra avoir des sections au Québec, dans les provinces francophones du Canada ainsi que dans les principaux pays et communautés francophones. En particulier, elle soutiendra des actions culturelles et de communication : conférences, colloques, expositions, salons du livre, démarches auprès des élus et des pouvoirs publics, édition de livres et de brochures, etc…

Vive le Québec !
Vive le Québec libre !
Vive l’Amérique française !
Vive le Canada français !
Vive la France !

Alain RIPAUX

 

 

 

DE LA GRANDEUR FRANCAISE EN AMERIQUE

Maître Maxime Laporte, président général de la Société Saint-Jean-Baptiste, a félicité le conférencier et a notamment déclaré :  » Il nous avait compris le vieux général.
Mieux que nous-mêmes, lui savait, voyait, entendait qu’il y avait ici de la grandeur à fabriquer. Refoulée par deux siècles d’anglitude, cette grandeur toute française qui, ayant épousé ce vaste continent, habite au creux de notre âme, cette était enfin appelée à éclore.
Il fallait tirer ce peuple des limbes de l’Histoire, en invitant par la même occasion ses habitants à déguédiner. Il fallait rendre notre sort et rendre à la Francophonie ce qui lui appartient.
C’est ce que de Gaulle voulut faire, un certain mois de juillet 1967, lui qui sans détour, nous reconnut une faculté de liberté et d’envergure et plus encore ; une stature digne d’un authentique statut de Nation et d’Etat.
La plupart adorèrent. Après Jean le Baptiste, l’homme ferait figure de nouveau saint patron pour les Français du Canada, eux dont les patrons ordinaires, n’avaient jamais été que des boss parlant tout autrement… Jamais n’avions-nous vu un sauveur si proche, véritable miracle en chair et en os, saluant triomphalement la foule depuis sa Lincoln décapotable, tel un Pape.
D’autres abhorrèrent. On cria à l’immixtion dans nos affaires de la part d’un chef d’Etat étranger – pourtant pas étranger que ça. C’était là oublier que nos affaires n’ont jamais été nos affaires.

Comme disait René Lévesque, il s’agit d’un peuple qui, pendant longtemps, s’est contenté, pour ainsi dire, de se faire oublier pour survivre. Depuis le XVIIe siècle, les Canadiens, devenus Canadiens français puis Québécois seront demeurés sans discontinuer les simples sujets de puissances tierces, fussent-elles française, anglaise, vaticane, canadienne, américaine… Qu’un monarque venu de la vieille mère-patrie invite à ce que notre voix se fasse verbe en ce pays, voilà qui n’est pas banal.
Décidément, De Gaulle entretenait une certaine idée du Québec. Il avait constaté le caractère artificiel, illégitime et non historique du régime d’Ottawa. Visionnaire, il avait forcément prévu que sur ce sous-continent appelé Canada, des pays naturels, le Québec en premier chef, verraient le jour et s’imposeraient de plus en plus sur l’échiquier politique, économique, international, face à un Etat central canadien plutôt fragile tout compte fait.
Vive le Québec libre ! Vive la République ! Vive la France !

Maître Maxime Laporte
Président général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal

 

 

 

 

UNE NOUVELLE ASSOCIATION FRANCO-QUEBECOISE POUR LA DEFENSE DE LA LANGUE FRANCAISE ET DE LA FRANCOPHONIE

Après la conférence, les nombreux membres de la Société Saint Jean-Baptiste présents se sont levés et ont fait une longue ovation à Alain Ripaux. Ensuite, l’auteur du livre « Charles de Gaulle, une certaine idée du Québec » a fait de nombreuses dédicaces de son nouveau livre.
Pendant son séjour au Québec, Alain Ripaux a pris de nombreux contacts avec les militants de la Francophonie et du Parti Québécois, en particulier Gilbert Lévesque, François Gauthier, Richard Morel et le Centre de la Francophonie des Amériques.
A l’occasion de sa conférence du 24 septembre à Montréal, Alain Ripaux a annoncé qu’il allait bientôt jeter les bases d’une nouvelle association franco-québécoise pour la défense de la langue française et la promotion de la Francophonie en Europe, en Amérique et en Outremer.
Cette nouvelle association francophone pourrait avoir des sections en France, Belgique, Suisse, Québec, Acadie, Canada, Louisiane et dans les principaux pays et communautés francophones.
Elle soutiendra des actions culturelles et de communication : conférences, colloques, expositions, salons du livre, édition de livres et de brochures, démarches auprès des pouvoirs publics, des élus et des médias, etc…
Les Français, les Québécois et d’autres francophones intéressés par ce projet peuvent contacter Alain Ripaux par courriel : alain.ripaux@laposte.net ou ripauxalain@gmail.com