Christian Gagnon  | Le Patriote

 

Le 29 mai dernier, jour-même où Le Devoir nous faisait état de la lutte du maire de la Nouvelle- Orléans, Mitch Landrieu, pour épurer sa ville de tous ses monuments à la gloire des chefs esclavagistes du passé, le premier ministre Justin Trudeau rencontrait le pape François dans le but de lui demander les excuses de l’Église catholique pour ses torts dans le dossier des pensionnats autochtones. Sans qu’il n’y paraisse, ces deux événements ont en commun un certain déni anglo-saxon. En effet, on peut déceler dans ces deux démarches la tentative pour la majorité anglo-protestante du Canada de préserver l’image pure, voire moralement supérieure, qu’elle se fait d’elle-même.

D’abord, si la Nouvelle-Orléans a enfin mis au rancart ses monuments célébrant les généraux confédérés racistes qu’étaient Pierre Gustave Toussaint de Beauregard et Robert E. Lee, on ne devrait feindre d’ignorer qu’à Montréal se trouvait une plaque de bronze rendant hommage à Jefferson Davis, président des États confédérés. Située depuis 1957 sur le mur ouest du magasin La Baie du centre-ville, cette plaque elle aussi installée par la Société des United Daughters of the Confederacy longtemps liée au Ku Klux Klan, pouvait rappeler aux Canadiens que nul autre que le père fondateur du Canada, John A. Macdonald, était un orangiste de la première heure qui, au début de sa carrière politique, continua à pratiquer le droit privé et se mit au service des Copperheads. Ces derniers, que Macdonald reçut à sa résidence privée, étaient une petite faction au sein du parti démocrate s’opposant à l’abolition de l’esclavage des Noirs ainsi qu’à la guerre de l’Union menée par le président républicain Abraham Lincoln contre les États confédérés. Avec l’aide de Macdonald, les Copperheads (ou vipères cuivrées) déposèrent de très importantes sommes d’argent à la Banque de Montréal par le biais de laquelle ils financèrent leurs activités contre les Nordistes abolitionnistes américains et organisèrent diverses conspirations contre le gouvernement Lincoln. Alors, si la Nouvelle-Orléans fait table rase de son passé ségrégationniste, qu’attend le Canada dont on souligne les 150 ans pour admettre que son very first premier ministre n’était pas moins suprématiste ?


Ensuite, ô combien il est réconfortant pour la majorité WASP de voir son premier ministre pointer du doigt le pape au sujet du génocide culturel et des mauvais traitements subis par les autochtones dans les sordides pensionnats. Bien sûr, tout est la faute des Catholiques, s’empresserat- on de conclure dans les chaumières du Rest of Canada. Ces derniers mois, certains pointèrent même du doigt Hector-Louis Langevin, ce providentiel bouc émissaire French Canadian qui, à titre de Superintendent-General of Indian Affairs en 1868-69, joua un rôle important dans la mise en place des honteux pensionnats. Plusieurs en profitèrent même pour réclamer le changement du nom de l’édifice Langevin à Ottawa. Cela est bien pratique pour oublier que ce sont d’abord et avant tout Macdonald lui-même et tous les membres anglophones de son gouvernement qui ont fait de ces indéfendables pensionnats leur politique officielle. Et que cela dura plus d’un siècle (20 ans de plus dans l’Ouest qu’au Québec). Or outre l’Église catholique, lesdits pensionnats ont aussi été tenus par l’Église anglicane, l’Église presbytérienne et l’Église Unie du Canada. Et qui donc agit en tant que « papesse » de toutes ces autres églises? La reine Elizabeth II, chef de l’État canadien! Quand donc Justin Trudeau demandera-t-il à Sa Majesté britannique les excuses officielles de son Église pour les torts subis par les Autochtones canadiens? Jamais, au grand jamais, car la chose est politiquement impensable. Voilà ce qu’on pourrait appeler voir le pape qui est dans l’oeil du voisin mais pas la reine qui est dans le sien. •••