JOSÉE LEGAULT | LE JOURNAL DE MONTRÉAL | 22/09/2014

«Au diable les règles»… difficile d’être plus clair. L’homme en est même fier…

Pour ceux qui douteraient encore du manque absolu de respect des règles démocratiques les plus élémentaires dans la «stratégie» fédérale déployée pendant la campagne référendaire de 1995, la vérité sort aujourd’hui de la bouche de son ultime architecte.

Dans une entrevue accordée au Sunday Post […], l’ex-premier ministre libéral Jean Chrétien y va d’un aveu tout à fait candide sur l’organisation du fameux «love-in» fédéraliste tenu à Montréal quelques jours avant le référendum du 30 octobre 1995 en pleine remontée du Oui.

Un «love-in» qui, comme on le sait, avait coûté une fortune en frais réels et en rabais accordés aux participants par des compagnies privées. Un «love-in» qui avait vu déferler des milliers de Canadiens anglais en plein centre-ville de Montréal venus déclarer leur «amour» soudain pour les Québécois.

Rappelant la remontée du Oui en fin de campagne en 1995 […], Jean Chrétien raconte sa réaction de l’époque au Sunday Post:

«[…]Dans les derniers neuf jours, j’ai dit au diable les règles et organisé une énorme rencontre à Montréal où des milliers de personnes sont venues de partout pour envoyer le message à l’effet que nous voulions que le Québec reste avec nous.»

«Au diable les règles»… difficile d’être plus clair. L’homme en est même fier…

[…] Ce «au diable les règles» confirme que :

  • En politique, la fin justifie souvent les moyens. Surtout, lorsqu’un pays est face à sa possible dislocation. Que les souverainistes se le tiennent pour dit.
  • La loi québécoise sur les consultations populaires et les «règles» couvrant entre autres le financement et les dépenses permises par les camps du Oui et du Non pendant une campagne référendaire, est vue comme une véritable farce à Ottawa. En fait, le Canada étant une fédération, aucun gouvernement fédéral n’y est soumis. Contrairement au gouvernement fédéral,  le camp officiel du Non au Québec, lui, y est soumis.

[…] Ce même «au diable les règles», comme l’ont démontré les auteurs Robin Philpot et Normand Lester, on le retrouvera aussi chez Option Canada. Un organisme bidon créé par le gouvernement Chrétien pour faire transiger un «financement parallèle» du Non à hauteur de près de 5 millions de dollars en fonds publics au moment où les dépenses officielles totales des camps du Oui et du Non étaient plafonnées à 5 millions de dollars chacun.

[…] Ce même «au diables les règles», on le retrouvera également après le référendum.

Il sera au cœur même du modus operandi du scandale des commandites – une vaste opération de propagande pro-unité nationale qui, dans les faits, servait à détourner des fonds publics pour financer illégalement le PLC tout en donnant de généreux contrats de publicité à des firmes «amies».

[…]

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