Christian Gagnon  |  Le Patriote

 

Elle existait sans doute déjà avant la montée de Donald Trump aux États-Unis et de Marine Le Pen en France, mais elle se tapissait dans l’ombre, honteuse. Voilà qu’elle émerge et recrute. L’extrême-droite sévit au Québec par le biais d’une poignée de groupuscules, comme La Meute, les Soldats d’Odin et Atalante-Québec. Leurs adhérents refusent de voir l’évidente différence entre les cas exceptionnels d’intégristes attirés par le djihad et l’immense majorité des Musulmans du Québec, pacifiques et n’aspirant qu’à une vie paisible.

Avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, on a senti dans les médias sociaux la résurgence d’un certain discours intransigeant et sans nuances. Mais c’est surtout le passage de Marine Le Pen au Québec en mars 2016 qui semble avoir le plus décomplexé les partisans québécois d’un programme politique radicalement anti-immigration. Le point d’orgues de cette nuée de sorties de placard d’extrême-droite a sans doute été l’entrevue de la présidente du Front national avec la journaliste Anne-Marie Dussault sur RDI, le 23 mars 2016. Bien des téléspectateurs québécois ne sont pas familiers avec la technique habituelle de Madame Le Pen consistant à se poser en victime et à crier au militantisme journalistique – voire au déni de démocratie – dès qu’un journaliste la confronte sur les faussetés factuelles qui parsèment son message. Voilà un petit numéro auquel bien des Français ne se laissent plus prendre, mais qui a manifestement eu son effet chez certains Québécois et même quelques chroniqueurs.

Mais au Québec, plusieurs actes d’intimidation et autres incidents beaucoup plus graves, dont le dramatique attentat terroriste du 29 janvier dernier contre la grande mosquée de Québec, font actuellement vivre à la communauté musulmane de Québec un inadmissible climat de peur. Cette succession de crimes nous forcent toutes et tous à réagir pour contrecarrer le populisme xénophobe propagé par certains bruyants groupuscules et ainsi assainir le légitime débat que tout état démocratique doit pouvoir tenir sereinement sur des sujets tels l’immigration et l’intégration.

De son côté, la SSJB a maintes fois et clairement démontré l’incompatibilité de ce discours avec ses propres prises de position. Par exemple, par leur communiqué du 24 novembre 2015, la SSJB et le Mouvement Québec français s’étaient déjà déclarés « tout à fait favorables à ce que le Québec, société riche, fasse sa part du devoir humanitaire de l’Occident en accueillant des milliers de réfugiés syriens », ce qui est aux antipodes du programme du FN. Lors de la 183e assemblée générale annuelle des 9 et 10 mars derniers, la partie du discours de réélection de Maxime Laporte ayant été la plus applaudie est justement celle où il réaffirmait le rejet intégral par la SSJB de tout discours de haine, d’exclusion et de stigmatisation de quelque groupe que ce soit. Par son communiqué du 4 mars dernier, la SSJB a de nouveau dénoncé vigoureusement toute forme de discours haineux, raciste, anti-immigrant ou stigmatisant à l’égard notamment des personnes de confession musulmane.

 


Le 23 avril dernier avait lieu au centre-ville de Montréal une manifestation organisée pas divers groupuscules d’extrême-droite revendiquant la « destitution » du gouvernement de Philippe Couillard. Or plusieurs participants mobilisés via Facebook se sont sentis floués lorsqu’ils ont compris que c’est à des militants d’extrême-droite, tout de noir vêtus, qu’ils avaient affaire. De la même façon, l’emploi des affiches du OUI de 1995, du fleurdelisé et du drapeau des Patriotes de 1837-1838 par ces xénophobes est une imposture.

Il demeure que le détournement de certains éléments du vocabulaire des indépendantistes québécois par les groupuscules d’extrême-droite est particulièrement désagréable. En effet, lorsqu’un individu ou un site Internet d’extrême-droite parle de souverainisme, se prétend Québécois et patriote ou critique le multiculturalisme, il le fait en relayant le discours antiimmigration de l’extrême-droite française, néerlandaise ou autrichienne, en quête d’homogénéité ethnique. Or c’est sous la présidence du chef du parti Patriote Louis-Joseph Papineau qu’en 1832, l’Assemblée législative du Bas-Canada a voté la pleine émancipation politique de nos concitoyens juifs, 27 ans avant que ne le fasse l’Angleterre et tout autre entité de l’Empire britannique. Et lorsque qu’au cours des années 1960, les francophones du Québec se sont progressivement désignés comme Québécois plutôt que comme Canadiensfrançais, c’était pour pouvoir inclure à leur identité collective les nouveaux citoyens de toutes origines qui n’auraient jamais pu changer d’arbre généalogique pour joindre le groupe ethnique canadienfrançais. C’est pour la même raison qu’en 1977, sous le gouvernement de René Lévesque, la très catholique Saint-Jean-Baptiste est devenue la Fête nationale du Québec. La voilà, l’inclusive définition indépendantiste du peuple québécois! Or, des décennies plus tard, l’ineffable Jean Chrétien soutenait encore que les immigrants du Québec n’ont pas d’affaire à fêter la Saint- Jean-Baptiste parce que c’est la fête des Canadiens-français. Le voilà, le cloisonnement ethnique des francophones par multiculturalisme interposé que prônent les fédéralistes canadiens!

Le 25 mars dernier à la Maison Ludger-Duvernay, siège de la SSJB, l’organisme de francisation et d’intégration Say ça ! recevait, en collaboration avec la nouvelle Fondation pour la langue française (FLF), plusieurs familles de réfugiés syriens tout juste arrivées au Québec. Le président général Maxime Laporte (debout au centre) s’est dit « ému et impressionné de voir à quel point ces gens, ces enfants malmenés par la guerre et l’injustice parviennent malgré tout à s’amuser, à rire. » « À travers leur sourire, s’exprime une part de notre humanité qui sait encore résister aux appels à la haine et au désespoir, et qui nous projette dans le beau », a-t-il poursuivi.

Le fondateur du Parti Québécois savait trop bien à quelles dérives peut mener le nationalisme racial exacerbé, lui qui, en avril 1945 avec l’armée américaine, entra avec horreur dans le camp d’extermination nazi de Dachau, en Allemagne. Or il fallait un culot du diable pour Florian Philippot, jusqu’à tout récemment vice-président d’un Front national fondé par d’anciens collaborateurs avec l’occupant nazi, pour aller chaque 9 novembre, date anniversaire du décès de Charles De Gaulle, se recueillir à grands renforts médiatiques sur la tombe de celui-là même qui appela la France à résister à la barbarie hitlérienne. De plus, au moment du référendum québécois de 1995, le parapluie du OUI regroupait des souverainistes tels le chef péquiste Jacques Parizeau, qui fonda famille avec une Polonaise, le chef bloquiste Lucien Bouchard, marié à une Américaine, le président de la CSN Gérald Larose, ayant pour conjointe une Haïtienne, et le président de la SSJB Jean Dorion, dont l’épouse est Japonaise.

Dans le grand public, la confusion potentielle entre le courant indépendantiste principal et ces organisations racistes est un tel don du Ciel pour les fédéralistes qu’il est permis de se demander si ces groupuscules ne sont pas massivement infiltrés par des agitateurs à la solde d’Ottawa. Mais qu’on ne s’y méprenne pas : tout progressistes qu’ils sont, les indépendantistes québécois savent trop bien qu’on ne bâtit pas sa confiance en soi-même en craignant les autres. Tout comme Louis-Joseph Papineau et Jean-Olivier Chénier rêvaient d’une république du Bas-Canada avec Robert et Wolfred Nelson, leurs héritiers contemporains de la cause indépendantiste mèneront bataille avec et au nom des Québécois de tous les horizons.