Robert Dutrisac  |  Le Devoir

 

Dans un échange à l’Assemblée nationale au sujet de la situation explosive en Catalogne, le premier ministre Philippe Couillard a affirmé que l’intégralité territoriale du Québec ne serait pas assurée dans un Québec souverain parce que les nations autochtones pourraient exercer leur droit à l’autodétermination, entraînant la partition d’« au moins la moitié du Québec ». Cette salve partisane est indigne de la fonction qu’il occupe.

En mars 2007, en pleine campagne électorale, Jean Charest avait commis un malheureux lapsus en répondant à un journaliste anglophone : « Je ne crois pas que le Québec serait indivisible. » Or il voulait dire exactement le contraire. Embarrassé, il s’était corrigé dans un communiqué publié en catastrophe : « Je réitère, comme premier ministre et comme chef du Parti libéral, que le territoire du Québec est indivisible. »

Certes, dans ce communiqué, il poursuivait en évoquant le « trou noir » qui suivrait une déclaration d’indépendance et l’éventualité que des gens soulèvent la possibilité de la partition du Québec. « Je ne souhaite pas la partition du territoire québécois », insistait-il toutefois. Pourquoi une telle réaction alors qu’aujourd’hui, Philippe Couillard se permet, lui, de mettre en doute ce principe fondamental ? C’est que Jean Charest reconnaissait qu’en tant que premier ministre du Québec, il était de son indéfectible devoir de défendre l’intégralité du territoire québécois, quelles que soient les circonstances.

C’est donc avec beaucoup de légèreté que Philippe Couillard a tenté, de façon bassement partisane, de marquer des points. Comme sens de l’État, on a déjà vu mieux.

En outre, Philippe Couillard induit les Québécois en erreur en mélangeant deux concepts constitutionnels. On reconnaît aux autochtones un droit d’autodétermination interne, c’est-à-dire à l’intérieur du Canada, qui s’exerce sur des territoires par le truchement de conseils de bande et sous forme de droits sur l’exploitation des ressources naturelles, par exemple. Mais les autochtones ne jouissent pas d’un droit d’autodétermination externe au sens du droit international qui leur permettrait de se séparer d’un Québec indépendant. Si c’était le cas, il en découlerait qu’ils pourraient également se séparer du Canada. Philippe Couillard est bien léger également quand il concède aux autochtones un droit sur « au moins la moitié du Québec » où s’élèvent la presque totalité des barrages d’Hydro-Québec.

Quand il aborde la question de l’indépendance du Québec, avec tout le mépris qu’il exsude à l’égard des « séparatistes », Philippe Couillard est moins un premier ministre qu’un chef du camp du Non distribuant les coups dans une bataille référendaire imaginaire.

 

 

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