Christian Gagnon  / Journal METRO

 

Ces jours-ci, bien des Québécois peuvent avoir l’impression que l’Espagne est plus dure et répressive à l’endroit de la Catalogne que ne l’a été le Canada envers le Québec. Après tout, le gouvernement de Madrid refuse au peuple catalan le droit de s’exprimer par référendum sur son indépendance, ce que les Québécois ont fait deux fois.

Le gouvernement central espagnol a même emprisonné 14 élus du Parlement catalan et menace des centaines de maires et fonctionnaires du même sort, en plus d’avoir saisi un million de bulletins de vote et de charger la police de mettre les bureaux de vote sous scellés. Cette approche très juridique d’un problème politique n’est pas nouvelle au pays de Cervantès puisque les conservateurs espagnols avaient auparavant été très actifs pour faire invalider de larges pans du statut d’autonomie qui reconnaissait la Catalogne en tant que nation et qui augmentait l’autonomie de ses institutions. C’est ce que le Tribunal constitutionnel espagnol a fait en 2006. En résumé, ce que les Espagnols disent et redisent, c’est : «Vous, les Catalans, resterez non seulement dans l’Espagne, mais en plus, vous y resterez à nos conditions à nous, les Espagnols.»

Or, au Québec, au cours de la campagne référendaire de 1980, Ottawa avait promis qu’advenant la victoire du Non, il y aurait des changements constitutionnels dans le sens des aspirations nationales des Québécois. En 1981, c’est pourtant l’absolu contraire qui s’est produit lors de la tristement célèbre Nuits des longs couteaux. Le gouvernement Lévesque a crié au «coup d’État». Consultée par Ottawa, la Cour suprême du Canada a conclu que le coup de force de Trudeau était illégitime, car contraire aux conventions, mais légal. L’année suivante était adoptée sans l’accord du Québec une nouvelle constitution diminuant les pouvoirs de notre Assemblée nationale.

D’autres belles promesses de changements favorables au Québec ont été faites lors du référendum de 1995. Mais ce qui a été livré, ce sont plutôt des exigences encore plus strictes – voire infranchissables – pour parvenir à modifier cette constitution imposée. La situation actuelle est telle qu’en juin dernier, même l’ultra-fédéraliste gouvernement Couillard a dit souhaiter la reprise d’éventuelles négociations constitutionnelles au terme desquelles «les Québécois ne se sentiraient plus exilés au sein de leur propre pays». En y repensant bien, ce que les Canadiens nous ont dit et redit, c’est : «Vous, les Québécois, resterez non seulement dans le Canada, mais en plus, vous y resterez à nos conditions à nous, les Canadiens.» Au bout du compte, voilà qui ressemble beaucoup à la situation catalane.