L’afflux de demandeurs d’asile haïtiens à Montréal ces derniers temps a suscité de nombreuses réactions mal avisées. D’aucuns se sont élevés contre ces migrants dits « illégaux » venus des États-Unis. D’autres ont même profité de l’occasion pour plaider contre l’existence des frontières, prenant sans doute au mot la chanson « Imagine » de John Lennon.

Hélas, comme souvent en ces matières, le débat s’est envenimé, les uns traitant les autres de racistes, et les autres traitant les uns d’anarchistes anti-québécois, etc.

Si vous voulez bien, calmons-nous le pompon rien qu’un peu, et revenons à la raison !

Afin d’éviter ce genre de querelles stériles et hystériques qui ne servent qu’à alimenter les tensions sociales au Québec – au grand plaisir de ceux qui s’obsèdent à nous diviser, il me semble que certains points méritent d’être clarifiés.

S’il est vrai que de nombreux individus se risquent présentement à traverser la frontière de façon irrégulière, cette information ne suffit guère à elle seule pour en tirer une conclusion simpliste du genre : « ce sont des illégaux ».

En fait, ce sont des personnes ; des êtres humains. D’abord et avant tout. Ça tombe bien, car nous aussi ! Autrement dit, ce sont nos semblables.

Et si l’on partait de cette prémisse ?

Il faut savoir que dès leur arrivée, ces gens sont mis en état d’arrestation. Ils devront s’identifier et se prêter à une vérification de leurs antécédents criminels. Après avoir rempli une série de formulaires attestant entre autres de leur qualité de demandeurs d’asile, ils seront dirigés vers des centres où leurs besoins humanitaires de base seront pris en charge.

Rappelons qu’en vertu de toutes les grandes conventions internationales relatives aux droits de la personne, adoptées après les horreurs de la Seconde guerre mondiale, nul ne saurait laisser un être humain dans la merde, d’où qu’il vienne et quoi qu’il ait fait. À moins d’aspirer à revenir au Moyen-âge, tel est normalement la manière dont une société libre et démocratique devrait se comporter. Même les plus grands criminels doivent recevoir un traitement juste, civilisé et conforme aux principes inhérents à la dignité humaine…

En l’occurrence, la manière juste, humaniste et civilisée de traiter les demandeurs d’asile découle de différents instruments juridiques, notamment la Convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés. Signée le 4 juin 1969 par le Canada, cette entente internationale lie Ottawa et Québec qui ont donc l’obligation de la respecter, au même titre que tant d’autres états parties. En vertu des règles légitimes applicables, on ne peut refouler de notre territoire national des gens, des familles qui ne demandent qu’à ce que nous leur venions en aide. S’ils en sont là, c’est forcément parce qu’ils sont mal pris, du moins rien ne permet à ce stade de présumer du contraire.

C’est ainsi qu’ils auront droit à une protection minimale de même qu’à certains services limités fournis par l’État, dont un accompagnement juridique afin qu’ils puissent compléter toutes les formalités utiles et leur préparation en vue de leur audience devant la Commission du statut de réfugié.

Or, le processus censé mener à l’obtention de ce statut se révèle long et incertain. Les exigences sont précises et les critères, difficiles à remplir.

Une piètre condition sociale ou économique ne suffit pas. Après avoir entendu le plaidoyer du demandeur et étudié son dossier en profondeur, la Commission devra déterminer s’il y a des motifs raisonnables de craindre qu’en cas de retour dans son pays, celui-ci subira une persécution de nature à mettre en danger sa vie et ses libertés fondamentales.

Pas étonnant qu’une bonne proportion de ceux qui souhaitent ainsi devenir citoyens canadiens échouent dans leurs tentatives. Outre les recours en révision et en appel, ils seront généralement contraints à retourner chez eux. Alors bref, non, ils ne l’auront pas facile, et certainement pas plus facile que les immigrants qui procèdent par les voies habituelles.

C’est donc à tort qu’on désigne les migrants arrivés récemment au Québec comme des « réfugiés », sachant qu’ils risquent fort de ne jamais le devenir.

« Oui, mais pendant que ces « illégaux » bénéficient des « faveurs » de l’État, des citoyens, des immigrants en règle, des autochtones, des pauvres, des itinérants, des patients en attente de traitements ne reçoivent pas les services qui leur sont dus. C’est injuste ! »

Combien de fois ai-je lu cette objection sur les réseaux dans la foulée de la polémique…

C’est comme si, dans un élan de vertu paradoxale, certains s’étaient soudainement mis à se préoccuper de toutes ces gens…

Il s’agit là d’un faux dilemme. Être responsable vis-à-vis des uns n’exclut pas de l’être aussi vis-à-vis des autres. Certes, le statut de citoyen confère des droits et des privilèges additionnels, mais est-ce à dire que le statut de personne humaine n’en confère aucun ?

« Oui, mais on n’a pas les moyens de les accueillir. Ça ne fera que compliquer davantage nos problématiques liées l’immigration. »

Au stade où nous sommes, réitérons que les migrants haïtiens ne jouissent encore d’aucun statut en ce pays, sinon la qualité de demandeurs d’asile. Ils ne sont ni des réfugiés, ni des résidents permanents, ni des immigrants. Pour l’instant, tout ce qui importe, ce sont les considérations humanitaires. Or, il serait drôlement cheap de notre part, – c’est le moins qu’on puisse dire, de ne pas veiller à nos obligations naturelles et juridiques les plus élémentaires à l’égard de ces personnes qui en bénéficieront temporairement…

Certes, il est évident que plus le fédéral tarde à traiter les dossiers des demandeurs d’asile, plus la facture sera élevée pour le Québec qui se trouve à assumer la plupart des coûts… Cela dit, si on est capable de se payer un pont illuminé à 40 millions de dollars, je pense qu’on peut se permettre de nourrir ces enfants, ces mères et ces pères de famille…

Quant aux questions relatives à l’intégration et au soutien aux nouveaux arrivants, elles relèvent d’un tout autre débat qui n’en est pas moins essentiel. Investissons-nous suffisamment en francisation ? Non. Parvenons-nous à harmoniser d’une façon satisfaisante les relations entre gens de toutes origines au Québec ? Pas tout à fait. Qu’en est-il de l’intégration des immigrants au marché du travail ? Ouf.

Autant de problèmes auxquels je suggère que nous nous penchions de façon sereine et responsable, en évitant les invectives de part et d’autre. De grâce, apportons les nuances nécessaires : « demandeurs d’asile », « réfugiés », « personnes immigrantes » et « politiques d’immigration » sont des notions distinctes, lesquelles commandent d’être comprises comme il se doit.

Je l’ai déjà écrit : être québécois, c’est notre façon d’être humains.
J’insiste pour que dans tout ce débat, nous le soyons de notre mieux.

 

 

Signature Maxime Laporte

Maxime Laporte
Président général, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal