La contribution extraordinaire de la SSJB à notre métropole

 

Montréal, 17 mai 2017
Déclaration du Président général, Me Maxime Laporte

Aujourd’hui marque le 375e anniversaire de la fondation de Ville-Marie par Paul Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance.
L’occasion est belle pour rappeler la contribution extraordinaire de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, fondée par le Patriote Ludger Duvernay, à l’essor et au développement de notre métropole française des Amériques, deuxième ville francophone du monde.

 

Les Présidents-Maires
Depuis le banquet inaugural de la Fête nationale en 1834, l’histoire de la SSJB a toujours été intimement liée à celle de Montréal.

Rappelons que notre premier Président, Jacques Viger, fut aussi le premier maire de la ville. En 183 ans d’existence, plusieurs autres officiers de la Société accéderont également aux plus hauts échelons municipaux. Ce fut notamment le cas de l’Honorable Joseph Bourret (1848-49, – à l’origine du Marché Bonsecours), d’Edouard-Raymond Fabre (1850, – a combattu l’insurrection des Tories qui ont mis le feu au Parlement de Montréal), de l’Honorable Charles-Joseph Coursol (1872-73, – organisateur du rassemblement des francophones d’Amérique en 1874 ; à l’origine des Parcs Lafontaine et du Mont-Royal) et de Sir Hormidas Laporte (1905-06, – a combattu la corruption). Tous exercèrent en même temps les deux fonctions. D’autres, comme Charles-Séraphin Rodier, Jacques Grenier et Charles Duquette occuperont ces postes à quelques années d’intervalle.

Soulignons que l’incomparable Jean Drapeau fut lui aussi dans sa jeune carrière, un militant actif et membre de la direction de la Société.

Même s’ils ne sont pas devenus Maires, d’autres grands Montréalais s’étant illustrés à la SSJB, ont réalisé de grandes choses pour cette ville. La liste est très longue, mais parmi ceux-là, mentionnons l’ancien Président général Dr Emmanuel Persillier Lachapelle qui, en tant que secrétaire de l’Université Laval de Montréal, fonda l’Hôpital Notre-Dame en 1880. Par ailleurs, comment oublier le parcours hors du commun, aussi bien à l’échelle montréalaise, que nationale et internationale, des anciens Présidents George-Étienne Cartier, Pierre-Jean-Olivier Chauveau, Antoine-Aimé Dorion, Olivar Asselin, François-Albert Angers, Gilles Rhéaume, Jean Dorion, Nicole Boudreau, et j’en passe… Aujourd’hui, l’ancienne ministre et ancienne chef de l’Opposition officielle à Montréal, Louise Harel, agit comme vice-présidente du Comité de la Fête nationale.

Le 24 juin de chaque année, le Maire de Montréal et le Président général de la Société convient l’élite montréalaise à se rassembler dans le cadre de la traditionnelle réception protocolaire de la Saint-Jean. Depuis plusieurs années, l’événement se déroule au matin de la Fête nationale sur la terrasse de l’Hôtel-de-ville, qui surplombe le Champ-de-Mars.

 

La Messe de Montréal
Alors que tout le gratin prenait part ce matin à la messe annuelle en l’honneur de notre ville à la Basilique Notre-Dame, il n’est pas inutile d’indiquer que c’est un autre de nos anciens Présidents généraux, Me Victor Morin, bien connu pour son fameux Code de procédure des assemblées délibérantes, qui a créé cette tradition il y a 100 ans. Nous tenons à remercier monsieur le Maire Denis Coderre qui a eu la délicatesse de rappeler ce fait lors de son discours.

 

La Croix du Mont-Royal
Parmi les contributions les plus notoires de la SSJB à la métropole, il y a certes l’incontournable Croix du Mont-Royal. Érigée en 1924, nous en avons officiellement fait cadeau aux autorités municipales au début des années 2000. Visible à plusieurs kilomètres à la ronde, ce monument rappelle que le 6 janvier 1643, Maisonneuve fit planter une croix au sommet de la montagne pour rendre grâce, après que Montréal fut miraculeusement épargnée d’une importante crue des eaux, – fait historique qui résonne drôlement dans notre actualité…

Au-delà de ses origines éminemment religieuses, l’actuelle Croix du Mont-Royal, orientée vers l’Est, symbolise surtout la reconquête par les francophones de leur ville, – cela dit sans ignorer d’aucune façon la présence hexa-millénaire de nos frères et sœurs des Premières nations, ni ignorer l’apport de la communauté historique d’expression anglaise à notre métropole.

 

Un apport inestimable
Au cours de son histoire, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, une institution citoyenne, non-partisane et officiellement laïque depuis les années 80, a joué un rôle majeur dans l’avancement des intérêts du peuple québécois et de la civilisation française d’Amérique. Entêtée d’avenir, elle a su honorer sa devise originelle, « rendre le peuple meilleur », en générant toujours plus d’avancement collectif, cela au bénéfice des citoyens et citoyennes de toutes origines pour qui elle prend chaque jour fait et cause. Montréal fut de tout temps le carrefour de nos destinées et le foyer de nos plus brillants combats.

C’est à partir de Montréal que germèrent les extraordinaires réalisations collectives dont nous sommes si fiers. C’est ici que fut mise au monde notre Fête nationale, en appui aux 92 Résolutions des Patriotes et pour rassembler le peuple du Bas-Canada.

C’est à partir d’ici que furent lancées les grandes campagnes ayant mené à la constitution de Sociétés nationales à travers le continent.

C’est sur la rue Saint-Laurent que la Société érigea le Monument national, son premier siège social ; un lieu quasi-mythique qui pendant des décennies, joua à la fois le rôle d’une véritable « Place des Arts » et d’une université populaire.

C’est là que furent jetées les bases de nos premières caisses d’épargne ; de nos premières mutuelles d’assurance ; de notre première école technique ; de l’école des Hautes études commerciales ; de la Chambre de commerce de Montréal ; de la Société nationale de fiducie ; de la Société nationale de colonisation ; de la première école de théâtre ; de l’école des Beaux-Arts ; de la première association féministe francophone ; des fameuses campagnes du Sou de la pensée française contre le Règlement 17 en Ontario ; de la Fondation du Prêt d’honneur ; de plusieurs statues et monuments historiques ; sans oublier les Grands prix de la SSJB (médaille Bene Merenti de Patria), comme le Patriote de l’année, le Prix de littérature Ludger-Duvernay, le Prix des sports Maurice-Richard, le Prix de musique Calixa-Lavallée, le Prix de journalisme Olivar-Asselin, etc.

Au tournant des années 70, la Société a déménagé au 82 Ouest, rue Sherbrooke, une adresse bien connue qui marque l’emplacement de la Maison Ludger-Duvernay, grouillante de vie citoyenne, culturelle et intellectuelle. C’est dans ces lieux que furent notamment mis en œuvre l’actuel Comité de la Fête nationale ; la Fondation Ludger-Duvernay ; la Fondation Langelier (aujourd’hui Fondation pour la langue française) ; les Prix du Mérite en histoire ; le Comité Passeport-Québec ; la Cérémonie québécoise du Jour du Souvenir ; les grandes commémorations de la Journée nationale des Patriotes ; la Coalition pour l’histoire ; les Partenaires pour un Québec français ; le réseau Cap sur l’indépendance ; les Productions Duvernay ; le projet culturel La Minerve, la délégation en Haïti, et j’en passe…

 

« Une chance que la SSJB est là »
Au-delà de son aspect institutionnel, la Société a toujours affiché une dimension militante assumée, dans l’esprit humaniste et universaliste de ses fondateurs, les Patriotes. C’est que le combat émancipatoire du peuple québécois ne saurait par définition se comparer à un « long fleuve tranquille ». Affirmer le contraire, – croire qu’on peut arriver à quelque chose en n’allant nulle part, c’est faire preuve d’hypocrisie.

Nos victoires, nombreuses, ont toujours été le fruit de notre entêtement. L’indifférence, la complaisance face à l’injustice, la soumission à l’ordre établi seront toujours radicalement contraires à nos principes les plus fondamentaux. Quitte à déranger quelques bien-pensants et autres petits chouayens qui souffrent de carences en dignité, nous préférons payer le prix de nos résolutions que celui de l’asservissement… Noble posture, n’est-ce pas ?

D’ailleurs, combien de fois entendons-nous, même de la part d’adversaires politiques, « une chance que la SSJB est là… », surtout en ces temps de sclérose sociale et politique.

C’est ainsi, par exemple, que nous avons si obstinément promu, pendant des générations, l’adoption d’un drapeau national pour le Québec, le Fleurdelisé, en remplacement de l’Union Jack.

C’est ainsi que depuis très, très longtemps, nous nous sommes faits les chiens de garde de la pérennisation de notre langue française, laquelle s’avère toujours en proie au déclin, et que nous avons par conséquent présidé à tous les grands mouvements citoyens et fronts communs historiques pour imposer enfin le respect de notre langue nationale.

Combats contre l’assimilation ; contre l’interdiction du français dans les écoles du Canada anglais ; contre l’anglicisation de nos institutions francophones comme l’Hôpital Montfort ; contre le bilinguisme institutionnel anglicisant ; pour le droit de vivre ; de travailler, d’être instruit, d’être soigné, d’être servi en français ; pour un environnement commercial français ; pour l’intégration et la francisation des immigrants ; pour une meilleure maîtrise de la langue écrite et parlée ; pour une culture québécoise rayonnante ; pour une Charte de la langue française ; pour une restauration de cette Charte à la suite du massacre à la tronçonneuse judiciaire dont elle a été l’objet ; pour une métropole française ; pour un Québec français…

Nous nous sommes aussi toujours battus pour l’accès des francophones au monde des affaires, aux banques, au savoir, au pouvoir, à la réussite, au succès dans tous les domaines, et à l’international.

Nous nous sommes démenés pour l’instauration d’un système d’éducation gratuit, laïque et universel jusqu’au doctorat ; et notamment pour une meilleure connaissance de l’histoire nationale.

Enfin, nous avons pris des positions affirmées en faveur d’un Québec fort ; contre les diktats d’Ottawa ; contre le carcan constitutionnel canadien qui s’est imposé à nous malgré notre opposition ; pour la reconnaissance formelle du peuple québécois et de ses droits consacrés à l’autodétermination ; pour le respect du principe de l’égalité entre les peuples ; pour que nous soyons véritablement maîtres chez nous ; pour une démocratie digne de ce nom ; pour le parachèvement de cette grande aventure de quatre siècles qui est la nôtre, en faisant de la province de Québec, une république libre et indépendante, ayant sa propre voix au sein du concert des Nations. D’ailleurs, l’indépendance redonnera assurément à Montréal son statut de métropole internationale, elle qui, hélas, se fait de plus en plus damer le pion par Toronto…

 

Pluralisme et présence autochtone
Tous et toutes sont conviés à prendre part à ces combats rassembleurs et porteurs d’avenir. Dans le respect des origines de chacun, l’idée consiste à se demander où nous voulons aller, tous ensemble. Surtout, il nous faudra bien un jour répondre à cette interrogation, à cette question nationale.

Le Québec est un pays à la fois singulier et pluriel. Notre salut se trouve dans la juste adéquation de cette singularité et de cette pluralité. Voilà ce qui nous permettra de converger vers la réalisation de nos idéaux.

À cet égard, j’ai une pensée toute particulière pour nos amis des Premières nations qui ont foulé ce sol bien avant l’arrivée des premiers sujets du Roi de France, lesquels étaient majoritairement d’origine normande. Je suis heureux que le Maire de Montréal renoue, d’une certaine façon, avec l’esprit de la Grande Paix de 1701. Certes, cela ne suffira pas pour corriger les traumatismes du passé, mais c’est un pas dans la bonne direction.

À la SSJB, on travaille fort à tisser des liens avec les communautés autochtones, que ce soit par le biais de rencontres, de conférences, d’événements culturels ou de la Mission de paix en rabaska sur le fleuve (organisation du drapeau de la Famille) qui célèbre cette année ses dix ans d’existence.

Face aux pétrocrates d’Ottawa et de l’Ouest canadien qui, pour quelques dollars de plus, sont prêts à empoisonner nos terres, nos rivières et notre fleuve, dont nous sommes composés à environ 65%, il me semble que nos puissantes alliances du passé mériteraient d’être ravivées, cela dans le respect du droit à l’autodétermination de ces peuples à qui nous devons tant. Il nous faut entrevoir une suite à ce monde, et ça commence par là.

 

Le drapeau de Montréal
D’ailleurs, l’idée d’ajouter un symbole autochtone au drapeau montréalais est intéressante ; encore faudrait-il en profiter pour remplacer la Saint George’s cross (croix de couleur rouge) par une croix bleue afin d’affirmer l’appartenance de Montréal à la francophonie plutôt qu’à l’Empire anglais… Cela n’enlèverait rien à la reconnaissance des communautés anglaise, écossaise et irlandaise qui y sont déjà représentées par leurs symboles respectifs.

N’est-ce pas là une sacrée bonne idée ? D’autant qu’on sait bien que le statut de Montréal en tant que métropole de langue française, tel qu’inscrit à l’article premier de la Charte de la ville, se révèle extrêmement fragile.

 

La métropole et non la nécropole française des Amériques
Sur l’ile, les individus qui parlent français à la maison sont en voie de passer sous la barre des 50%. Montréal s’anglicise à vitesse grand V. Statistique Canada prévoit que dans moins de 20 ans, en 2036, les francophones ne seront plus que 40%.

Face à ces constats inquiétants, qui s’ajoutent à tant d’autres, nous exhortons nos élus municipaux à agir immédiatement et de manière concrète afin de renverser la tendance ! Il faut impérativement mettre fin au bilinguisme institutionnel dans les services municipaux. Il faut refinancer de façon significative nos programmes de francisation. Il faut prendre toutes les mesures nécessaires pour que le visage de notre ville demeure français.

 

Chose certaine, la SSJB continuera à se battre pour que ce soit le cas. Jamais nous n’abandonnerons. Jamais nous ne plierons.

Car, nous sommes Montréal. Et Montréal est Montréal. Pas Ottawa. Ni Saint-Jean au Nouveau-Brunswick… Nous sommes Montréal, métropole française des Amériques. À nous de veiller à ce que dans 375 ans, nous soyons encore et toujours, Montréal.

Bon 375e !

 

Signature Maxime Laporte

Me Maxime Laporte
Président général
Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal