Article de Mario Beaulieu, président de la SSJBM, paru dans Le Devoir du samedi et dimanche 24 et 25 juillet 2010.

Étant aux prises avec une pluie de courriels et d’appels téléphoniques, la Ville de Bathurst, au Nouveau-Brunswick, s’est ravisée et ne permettra pas que le drapeau de l’organisme francophobe Anglo Society flotte sur l’hôtel de ville. On se rappelle que le conseil municipal de Bathurst avait récemment décidé de hisser «l’Anglo flag» lors de la «Fête des Anglais», le 18 septembre, date correspondant à la capitulation de la ville de Québec en 1759 et à la fin de la Nouvelle-France. Bravo aux Acadiens et à tous ceux qui se sont mobilisés!

Mais la bataille est loin d’être terminée. L’Anglo Society a fait la demande d’arborer «l’Anglo flag» à plusieurs villes et continue sa bataille contre le français. Ce groupe est connu pour ses manifestations au cours desquelles le drapeau acadien est traité avec le plus grand mépris. Le groupe organise justement une de ces manifestations à Fredericton le 15 août, jour de la Fête nationale de l’Acadie.

Il faut dénoncer encore plus énergiquement les préjugés véhiculés au Canada anglais qui donnent lieu à ce genre de dérapage. Dans son site Internet, l’Anglo Society émet une série de faussetés sur le mode d’aménagement linguistique au Québec. On présente la loi 101 comme excluant tout service en anglais, alors que dès sa conception elle garantissait des services en anglais pour les anglophones partout où ils se trouvent. Elle visait à éviter que les services et les institutions anglophones ne servent à angliciser les nouveaux arrivants. Et dans les faits, les quelque 200 modifications que la Charte de la langue française a subies ont réintroduit les services en anglais généralisés pour les allophones et les francophones. Même les entreprises établies au Québec reçoivent des services gouvernementaux en anglais, car l’article 16 de la loi 101 n’est pas en vigueur.

Selon son président, Matthew Glenn, l’Anglo Society veut simplement protéger la langue anglaise au Nouveau-Brunswick. Comme si c’était l’anglais qui était menacé! Le taux de transfert linguistique des francophones vers l’anglais y est en augmentation à 11,2 % (ce taux est de 39,3 % pour l’ensemble des francophones au Canada hormis le Québec).

M. Glenn pousse l’arrogance jusqu’à accuser le Québec d’avoir procédé au nettoyage ethnique des anglophones. C’est plutôt l’inverse qui est vrai. L’histoire du Canada anglais est jalonnée de mesures ethnocidaires ouvertement préconisées par les loyalistes et les orangistes, qui croyaient à la supériorité de «la race anglaise» et à la nécessité d’assimiler les Canadiens français. Hormis au Québec, ils ont imposé l’interdiction des écoles publiques françaises et de tout enseignement du français même comme langue seconde, sur une centaine d’années, soit jusque dans les années 1960.

Alors que le bilinguisme institutionnel a entraîné la disparition des langues minoritaires partout où il a été utilisé à travers le monde, le gouvernement Trudeau a néanmoins mis en place une politique de bilinguisme officiel. L’échec de cette politique était facilement prévisible. Chaque recensement démontre en effet un taux effarant d’assimilation des francophones hors Québec. L’étude des modes d’aménagement linguistique à travers le monde montre que la seule façon de contrer cette assimilation serait d’établir le français comme seule langue officielle dans certains territoires où il y a encore un nombre d’individus suffisant qui l’utilisent. C’est justement ce que la loi 101 visait à faire démocratiquement pour le Québec. Or, les revendications de ce type au Canada anglais se sont toujours heurtées à un mur, alors qu’au Québec, le gouvernement fédéral a réussi à décapiter la loi 101.

Les communautés francophones et acadiennes du reste du Canada revendiquent le bilinguisme dans l’objectif d’obtenir un minimum de services en français. La Loi fédérale sur les langues officielles prescrit des services en français seulement là où une partie substantielle de la population est francophone. Étant donné que les francophones hors Québec ne constituent plus que 4,1 % de la population selon la langue maternelle (et seulement 2,5 % selon la langue parlée à la maison), et qu’ils sont éparpillés sur un énorme territoire, une grande partie d’entre eux ne reçoivent pratiquement aucun service en français. Mais, pour des groupes haineux comme Anglo Society, c’est encore trop.

Il ne faut plus tolérer que le Québec français et la loi 101 soient dénigrés au Canada anglais alors même que nos compatriotes francophones s’y font assimiler et mépriser.

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Mario Beaulieu – Président général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal

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