CATHERINE FOURNIER | JOURNAL LE PATRIOTE | JANVIER 2015

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@ inconnu ─ Bernard Landry et Catherine Fournier

La mondialisation effrénée des dernières décennies amène avec elle son lot de questionnements partout sur la planète. Ses chantres se font d’ailleurs de moins en moins nombreux depuis quelques années. Bien qu’on lui ait passablement chanté la pomme, l’heure est aujourd’hui à la remise en cause. Peu de gens s’inscrivent toutefois véritablement en faux devant l’ensemble de ses effets, la mondialisation comportant certes des avantages incontestables, notamment en ce qui a trait au partage des connaissances ou à la croissance économique. Malgré tout, çà et là, on se demande si ce processus vaut la peine d’être poursuivi ou, s’il ne vaudrait pas mieux revenir en arrière, ou, à tout le moins, veiller à contenir sa progression.

Les dérives de la mondialisation sont en effet fort nombreuses. D’abord, sur le plan culturel, la marchandisation entraînée par la globalisation uniformise le monde, placé sous l’hégémonie de l’Oncle Sam. Tant les richesses culturelles que linguistiques de l’humanité en subissent les menaces et finissent par en payer le prix. Ensuite, sur le plan économique, la mondialisation remet le pouvoir décisionnel aux plus hautes instances supranationales en donnant le plus souvent la priorité aux valeurs matérielles vis-à-vis des valeurs humaines.

La question se pose dès lors : de quel Québec voulons-nous pour le futur ? Quel héritage désirons-nous laisser à nos enfants et aux générations qui les suivront ? Puisque le monde est à l’heure des choix, j’avance que le Québec doit, lui aussi, pouvoir faire ces choix. C’est pourquoi je crois que la réponse se trouve dans un débat bien connu des Québécois : la question nationale. Car si on veut que le Québec puisse faire ses propres choix, en lui-même et pour lui-même, il devra accéder à l’universel en devenant un pays indépendant. C’est là une décision inéluctable, nécessaire au développement « normal » du Québec.

En 2012, l’Organisation des Nations Unies (ONU) reconnaissait l’existence de pas moins de 197 États dans le monde. C’est un nombre pour le moins imposant. Il semble clair que ces pays participent bien davantage au « monde » que les nations dépourvues de leur indépendance. Certains argueront alors que c’est la mondialisation qui appelle plutôt à la formation d’États supranationaux et, pour les plus utopistes d’entre eux, à l’abolition pure et simple des frontières étatiques. De ce fait, les États-nations seraient appelés à disparaître dans un futur pas si lointain. Malgré la beauté du discours d’une « Terre qui devrait être sans frontières », ce dernier ne résiste pas à l’analyse politique fondamentale. En effet, les avancées actuelles en science politique confirment que les États-nations sont loin d’être à l’orée de la disparition, leur marge d’action économique et sociale étant toujours fort importante et résistante au temps. Cela est d’autant plus vrai que dorénavant, l’État est le seul véritable protecteur du citoyen vis-à-vis des dérives qu’entraîne justement la mondialisation. La solidarité reste de surcroît l’apanage des États en ce sens qu’e ces derniers permettent aux individus de se retrouver, de s’assurer qu’une structure est responsable de leur bien-être et de leur protection. Pensons entre autres à une catastrophe comme celle de Lac-Mégantic et à ses répercussions. Les autres formes de rapports politiques possibles, dans l’époque qui est la nôtre, sont en ce sens bien difficilement envisageables en raison de l’ancrage des pays dans l’organisation des relations politiques. Les États-nations sont donc là pour rester, du moins pour les décennies à venir.

À cela, il faut rappeler le rôle joué actuellement par ces États dans le partage d’un héritage universaliste, dans la défense du pluralisme et surtout, dans l’enrichissement du patrimoine de l’humanité. Car c’est surtout de cela dont il est question. Ainsi, l’arrivée imminente du Québec au sein du concert des nations indépendantes, tout comme celle de l’Écosse ou de la Catalogne, servirait de rempart à l’américanisation du monde. Le Québec, en tant que pays membre des Nations Unies, sera plutôt un symbole fort en faveur de la diversité culturelle. De ce fait, l’accession à l’indépendance est même, en quelque sorte, un devoir que les Québécois se doivent d’accomplir, surtout à l’heure de la mondialisation.

Prenons l’exemple loquace de l’environnement. Il va sans dire que jamais un Québec indépendant ne se serait retiré de l’accord de Kyoto, puisque celui-ci fait largement consensus au sein de la société québécoise. Cet accord, entré en vigueur le 16 février 2005, visait à faire en sorte qu’entre 2008 et 2012, les 37 pays les plus industrialisés ayant signé le protocole diminuent leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) de 5,2 % par rapport à leurs émissions de 1990. Le Canada était l’un des pays signataires du protocole, l’ayant même ratifié. Cependant, il est vite apparu que le pays ne pourrait remplir les objectifs, ayant au contraire augmenté ses émissions polluantes, en raison notamment du développement de l’industrie des sables bitumineux. Ainsi, le gouvernement conservateur a officiellement annoncé le retrait du Canada du Protocole de Kyoto à la fin de l’année 2012, sans surprise, la chose ayant été préalablement annoncée l’année précédente. Même si le Québec a réagi à cet affront du Canada en assurant qu’il allait quant à lui respecter les objectifs du programme, rien n’y fait. Se retirer de Kyoto était une décision unilatérale du gouvernement du Canada.

Le Québec, en tant que province au sein de la fédération canadienne, ne pouvait alors trouver un quelconque écho auprès de la communauté internationale. Après tout, qui s’intéresse à une simple province ? D’abord, qui la connaît ? Poser la question, c’est y répondre, et ce, même si les programmes québécois destinés à réduire les émissions de gaz à effet de serre, de concert avec ceux de la Californie et de la Nouvelle- Angleterre, avaient été auparavant qualifiés d’avant-gardistes. Le Québec n’avait, en ce sens, aucun autre choix que celui d’accepter la décision du gouvernement canadien concernant Kyoto, même si cela nuisait à ses intérêts économiques propres et salissait du même coup sa réputation à l’échelle internationale par son appartenance au Canada.

Il ne s’agit pas de dire que les Canadiens sont de « moins bonnes personnes » ou « sont moins responsables ». Simplement, l’économie de leurs provinces respectives interfère dans leur processus de rationalité. Au Québec, le calcul est facile, car on ne produit presque pas d’énergies fossiles, le type d’énergie le plus polluant en raison des émissions de gaz à effet de serre que sa production entraîne. La situation n’est pas la même à Terre-Neuve ou en Alberta par exemple, où l’économie repose presque essentiellement sur cette production : celleci est même à la base de leur enrichissement collectif.

En ce sens, il n’est pas surprenant d’apprendre que les autres Canadiens sont beaucoup moins enclins à appuyer l’idée d’une taxe sur le carbone, à dénoncer les conséquences de l’exploitation des sables bitumineux ou encore, simplement, à désirer que des normes environnementales plus sévères soient établies (1). Bref, le Canada ne peut tout simplement pas mettre un frein à l’exploitation des ressources polluantes sans freiner du même coup – et de manière assez draconienne – sa croissance économique.

Pour ces raisons, peu importe le gouvernement en place à Ottawa, qu’il soit conservateur, libéral ou encore néodémocrate, l’environnement ne pourra que demeurer un enjeu de second ordre au Canada, que le Québec en fasse partie ou pas. En termes d’appui et de popularité, le cuisant échec du « plan vert » porté par Stéphane Dion lors de la campagne électorale fédérale de 2008, alors qu’il était chef du Parti libéral du Canada (PLC), en témoigne également.

Revenons, pour terminer, à la prémisse de départ voulant que la mondialisation appelle la formation d’un pays québécois. Ce dernier serait sans conteste un atout pour la communauté internationale. En effet, tant au niveau de la préservation de la diversité culturelle mondiale que pour la prise de décision dans des secteurs aussi stratégiques pour l’avenir que l’environnement, les Québécois ont une expertise à apporter au monde. Leur opinion ne vaut pas plus que l’opinion des autres nations, mais elle mérite néanmoins d’être entendue et défendue dans les plus grands forums internationaux. Après tout, plus l’intégration économique se poursuivra et que la mondialisation gagnera du terrain, plus les décisions importantes se prendront aux niveaux supranational mondial, supranational régional et national, ce qui marginalisera à terme encore davantage le palier provincial. Le Québec et les Québécois ont cependant quelque chose à apporter au monde et cela ne peut être fait – ou de façon somme toute extrêmement limitée – en demeurant confiné à ce statut. L’indépendance, voilà donc ce à quoi nous devons aspirer en tant que nation et collectivité. •••

(1) Ces démonstrations ont été faites dans le cadre de l’exercice de la « boussole électorale » par Radio-Canada lors des élections fédérales de 2011. Les résultats sont toujours disponibles en ligne sur boussoleelectorale.ca/resultats/federales.