Maryse Potvin

Résumé de l’étude de Maryse Potvin
«Les dérapages racistes à l’égard du Québec au Canada anglais depuis 1995»  par Daniel Baril, @ Forum, Université de Montréal, 1999

[…] « Ces dérives s’étaient jusque-là limitées aux propos de quelques idéologues marginaux comme Mordecai Richler ou Howard Galganov. Mais en quelques mois, elles ont franchi plusieurs paliers du racisme. Les discours marginaux ont fait place à une opinion plus systématique et à une violence verbale suffisamment répétitive pour que le problème ne soit plus jugé secondaire », indique Mme Potvin. [..]

Depuis le référendum du 1995, l’opposition du Canada anglais au projet souverainiste québécois a commencé à déborder le domaine de l’argumentation politique pour glisser sur la dangereuse pente de l’ethnicisation de l’adversaire. «La peur de la destruction du Canada entraîne un nouveau discours où le Québec est davantage présenté comme un ennemi plutôt qu’un adversaire politique », affirme Maryse Potvin, chercheuse associée au Centre d’études ethniques de l’Université de Montréal (CEETUM). Aux yeux des membres du CEETUM, ce discours politique et médiatique comportait suffisamment de dérapages pour justifier une analyse de contenu à la lumière des modèles théoriques du racisme

Le néoracisme

Les prises de position de certains éditorialistes, les propos de certains politiciens fédéralistes, le potrait « psychanalytique » de Lucien Bouchard et l’affaire Levine sont quelques-uns des éléments marquant une progression dans une dérive qualifiée de «racisante ».

Selon la chercheuse, on peut parler de racisme même si l’on ne fait pas appel aux critères traditionnels comme la couleur de la peau. « Ce qu’on appelle l' »accusation biologique » n’est plus l’élément déterminant du racisme, explique-t-elle. Certains auteurs parlent de «néoracisme» pour désigner l’infériorisation de l’autre fondée sur les différences culturelles ou le mode de vie et motivée par la peur de l’autre. Même si ce néoracisme peut revêtir un aspect symbolique et s’exprimer par des sous-entendus, on y retrouve tous les mécanismes classiques du racisme: ethnicisation et biologisation des différences culturelles les rendant irréductibles, infériorisation et démonisation de l’autre le rendant menaçant, banalisation des préjugés, agression et légitimation politique.»

Ainsi, avec le cas du profil psychologique de Lucien Bouchard dressé à distance par le psychiatre Vivian Rakoff, « nous sommes passés de l’ethnicisation à la démonisation », estime-t-elle. À partir de ce portrait, l’ensemble des souverainistes ont été présentés comme des gens sous l’emprise d’une politics of desire caractérisée par la passion – par opposition à la raison – et fondée sur le ressentiment.

Le journaliste Lawrence Martin faisait le même type de rapprochement dans sa biographie de Lucien Bouchard, où les traits diabolisés du premier ministre deviennent des caractéristiques des francophones. Maryse Potvin range dans cette même veine de l’ethnicisation diabolique le message du Parti réformiste, au cours de la dernière élection fédérale, invitant à ne plus élire de Québécois à la tête du pays.

La chercheuse a relevé une foule d’interventions de ce genre, allant de la banalisation du racisme dans les propos de Howard Stern, diffusés un temps sur les ondes de CHOM-FM, aux déclarations guère plus réfléchies de Diane Francis qui, dans le Financial Post, met en garde le Canada contre le conspirationnisme des souverainistes.

Article de Maryse Potvin paru dans la revue Politique et Sociétés, vol. 18, n° 2, 1999, p. 101-132.

L’étude en version PDF