RObert Dutrisac | LeDevoir

 

Dans son dernier rapport, la vérificatrice générale (VG) du Québec, Guylaine Leclerc, a constaté le dysfonctionnement du programme de francisation des immigrants dont est chargé le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI). Cette déplorable situation est pourtant connue depuis des années, et le gouvernement n’a rien fait. Quand il est question de la langue française, sa posture, c’est l’apathie ; tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, répète-t-il.

Dans son audit portant sur la francisation des immigrants par le MIDI, la VG établit que seulement le tiers des nouveaux arrivants qui ne connaissaient pas le français ont suivi un cours de français offert par le ministère. Parmi ceux qui s’inscrivent aux cours du MIDI, une poignée seulement réussit à atteindre le niveau de compétence en français jugé nécessaire pour occuper un emploi ou poursuivre des études postsecondaires.

L’an dernier, Le Devoir avait révélé que seulement 40 % des immigrants qui ne connaissaient pas le français s’inscrivaient à un cours de français, tandis que, huit ans plus tôt, cette proportion était de 60 %. Que se passait-il ? Le MIDI, entretenant d’oiseuses conjectures, n’en savait rien.

Pourtant, comme le souligne la VG, en présentant leur demande de certificat de sélection, les candidats à l’immigration choisis par Québec signent une déclaration dans laquelle ils s’engagent à respecter les valeurs communes de la société québécoise et à apprendre le français s’ils ne le connaissent pas déjà.

Or, le MIDI n’effectue aucun suivi individuel de ces nouveaux arrivants qui choisissent de ne pas participer aux cours de français du ministère. On ne sait pas si c’est parce qu’ils ont trouvé du travail et, si c’est le cas, dans quelle langue ils travaillent.

On peut se demander à quoi sert cette déclaration s’il ne s’agit pas d’un engagement à tout le moins moral. Désinvolte, le MIDI a manifestement décidé qu’il ne voulait rien dire.

Quand il est question de la langue française, le gouvernement Couillard répète qu’il n’y a pas de problème. Vendredi, la nouvelle ministre de la Culture et des Communications et responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, Marie Montpetit, a réagi sur les ondes de LCN à ce gérant de la nouvelle boutique Adidas au centre-ville de Montréal pour qui la langue française doit être « accommodée » tandis que la langue qui prime, c’est l’anglais. Citant une étude, rendue publique jeudi par l’Office québécois de la langue française, Marie Montpetit affirmait que le français connaissait une « progression » comme langue d’usage au travail.

Ce n’est aucunement ce que montre cette étude. « Il n’y a pas de différence significative quant à l’usage du français au travail […] entre 2016 et 2010 », écrit l’auteur de l’étude, Charles-Étienne Olivier. Et il ajoute : « Il y a donc une apparente stabilisation de l’usage du français au travail depuis près de 20 ans. » Tout au plus pouvons-nous constater que les milieux de travail sont de plus en plus bilingues dans la grande région de Montréal : moins de francophones travaillent exclusivement en français tandis qu’anglophones et allophones travaillent plus souvent en français.

Peut-on y voir un réel progrès ? Seulement si l’on fait preuve de mauvaise foi en mettant de côté les conclusions du chercheur. Plutôt que de se réjouir d’un progrès imaginaire, le gouvernement libéral aurait avantage à s’en tenir aux faits et à reconnaître les ratés de la francisation. Surtout quand on sait que Philippe Couillard a l’intention de hausser substantiellement le nombre d’immigrants admis tandis qu’ils sont de moins en moins nombreux à connaître le français à leur arrivée.

 

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