Philippe Jean Poirier | La Relève

 

À la veille de la Journée nationale des patriotes, La Relève a tenu une rencontre avec l’ancien premier ministre Bernard Landry à sa résidence de Verchères pour savoir comment il voit l’évolution de ce jour férié qu’il a instauré en 2002.
Pour constater l’attachement profond de Bernard Landry envers la patrie québécoise, il suffit de passer quelques instants à sa résidence riveraine située sur la route Marie-Victorin. Un fleurdelisé flotte devant une maison historique de facture paysanne. Des ouvrages politiques couvrent la table du salon. Une magnifique ceinture fléchée orne une commode.
Ce n’est donc pas une surprise d’apprendre que la Journée nationale des patriotes ait été instaurée sous son gouvernement. Quel était l’objectif au départ?
« D’abord, l’idée était de rendre hommage à des gens qui ont été emprisonnés, pendus ou exilés. Ensuite, la pédagogie : si chaque année les élèves se font dire qu’il y a un jour de congé… les professeurs, par devoir et par métier, vont parler des patriotes. Alors, ça fait renaître l’idée! »
Des débuts difficiles
La première Journée nationale des patriotes a été soulignée en mai 2003, quelques semaines après l’entrée au pouvoir des libéraux. Jean Charest a ignoré cette journée pendant dix ans, en lui refusant tout financement. Que penser de cela?
« Je n’ai pas trouvé cela correct. Par la suite, j’ai toujours mis cette fête de l’avant, chaque fois que je pouvais avoir de l’influence sur la question. Enfin… la marque de commerce des libéraux n’est pas le patriotisme, c’est le moins qu’on puisse dire! »
Depuis l’arrivée au pouvoir de Philippe Couillard, on constate un changement de ton. En mai 2016, l’actuel premier ministre du Québec a rappelé en Chambre l’importance de commémorer « les sacrifices faits par les patriotes, des gens déterminés à se battre pour qu’une véritable démocratie soit instaurée. »
« C’est tout à son honneur, concède Bernard Landry, en lisant la transcription. Il a fait ses devoirs. Mais ce n’est pas le hasard. Il y a une loi, après tout. »
Aujourd’hui, c’est toute la classe politique qui reconnaît l’importance de saluer la lutte des patriotes, la CAQ et QS y compris. Pourtant, une large partie de la population continue d’ignorer la raison d’être de cette journée. Faut-il s’en inquiéter?
« Nous n’avons pas la même tradition que les Américains, par rapport à la promotion de notre histoire. Ça va finir par se faire, tranquillement. J’ai confiance que les nouvelles générations s’approprient cette fête. »
Quel sens donner à la Journée nationale des patriotes ?
Tous ne s’entendent pas sur le sens à donner à la lutte des patriotes. Que faut-il retenir, selon vous ? Est-ce le combat pour la démocratie, pour l’indépendance?
« C’est les deux. La démocratie, et l’indépendance. Quand Chevalier de Lorimier, quelques heures avant sa pendaison, a dit : « Vive la Liberté, Vive l’indépendance », ça correspond exactement à mon idéal pour le destin du Québec. »

Philippe Jean Poirier (Collaboration spéciale)