Gilles Proulx | Journal de Montréal

 

 

L’année 1833 a marqué un changement de taille à Montréal: la ville aura désormais un maire. Celui-ci n’était cependant pas élu. N’attendez pas des autorités britanniques qu’elles se montrent exagérément démocratiques! C’est le conseil municipal qui est élu. Ensuite, celui-ci nommait son maire. Le nom du premier maire de Montréal vous dit sans doute quel­que chose: Jacques Viger. On se souvient de lui en raison du fameux square nommé en son honneur en 1860 et qui a longtemps été un lieu champêtre voué à la musique classi­que en plein air, avant que, un siècle plus tard, la construction de l’autoroute Ville-Marie ne le réduise à un rectangle de béton hideux mouillé par l’urine des clochards…

Mais revenons à Jacques Viger: il ne sera maire que pendant trois ans. Après les émois de la révolte des Patriotes, les autorités abolirent son poste. On se méfiait de lui parce qu’on le jugeait trop proche de Louis-Joseph Papineau. Néanmoins, Montréal a eu son premier maire et y a pris goût. Le poste de maire fut rétabli dès 1840. Au début, les mandats duraient deux ans et il y avait alternance entre francophones et anglophones. Rapidement, des personnalités colorées et inten­ses accèdèrent au poste.

En plus d’avoir été le premier maire de l’histoire de Montréal, Jacques Viger fut également le premier président de l’histoire de la Société Saint-Jean-Baptiste.

 

En 1849, ce fut Édouard-Raymond Fabre, le premier librai­re de Montréal, qui connaissait donc toute l’intelligentsia canadienne-française qui fréquentait son commerce. En 1852, Charles Wilson, un anglophone, fut le premier maire choisi directement par les électeurs. En 1854, Wolfred Nelson, l’ancien Patriote, qui a été incarcéré pendant sept mois à la prison du Pied-du-Courant, accéda à la mairie et se préoccupa d’hygiène, de salubrité, d’eaux usées et des chômeurs. Il suggéra de créer une route faisant le tour du mont Royal ainsi qu’un parc à son sommet. Bonne idée, n’est-ce pas?

Les maires plus colorés

Mais les plus colorés restaient à venir. Quelques années après l’érection, en 1885, du splendide hôtel de ville de style Beaux-Arts au coût alors exorbitant d’un demi-million de dollars, Honoré Beaugrand, un ex-militaire qui s’était battu au Mexique dans la Légion française, journaliste, propriétaire du journal La Patrie et écrivain (il a, entre autres, publié le conte La chasse-galerie), devint le 18e maire de Montréal. Cet adversaire du clergé aimait si peu l’Église qu’il demandera à se faire enterrer dans le cimetière juif pour éviter la sépulture catholique, ce qui en dit long sur son tempérament! Beaugrand poursuivit l’œuvre d’assainissement de Nelson, car les maladies pullulaient dans cette ville où les curés besognaient davantage que les médecins! Plus tard, il y aura aussi Camillien Houde, qui fera lui aussi de la prison (pour s’être opposé à la conscription), et Jean Drapeau, qui sera maire durant près de 30 ans.

Dès le début, le poste de maire de Montréal est devenu une fonction politique attirante pour les passionnés de la chose publique, fonction qui leur procure la possibilité de faire changer les choses tout en restant proches du peuple et en se confrontant aux réalités loca­les. Pour en revenir au premier maire de Montréal, Jacques Viger, devinez quel fut son programme pour séduire autant les siens que les Anglais? Développer le port et favoriser le commerce avec l’Angleterre pour rattraper la ville de Québec, qui dominait encore, alors, le Canada!

 

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