Montréal, le 13 novembre 2011 – « On offre de payer jusqu’à 50,000 $ aux entreprises pour qu’elles respectent la loi 101! Est-ce qu’on va dédommager les entreprises qui ont déjà décidé de respecter la loi?» se sont insurgé Denis Trudel, porte-parole du Mouvement Montréal français (MMF), et Mario Beaulieu, président du Mouvement Québec français (MQF).

Les organisateurs de la manifestation tenue il y a une semaine au centre-ville de Montréal pour réclamer le français dans l’affichage et les commerces ont transmis une lettre à la ministre Christine St-Pierre (ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine et ministre responsable de l’application de la loi 101) en réaction à l’annonce de la nouvelle campagne de sensibilisation ( doublée d’un nouveau programme de subvention) pour le respect de la loi 101 dans l’affichage annoncée ce matin par l’Office québécois de la langue française.

Voici le contenu intégral de la lettre :

Le 13 novembre 2011

Mme Christine St-Pierre
Ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine
Assemblée nationale
Québec (Québec)

Madame la Ministre,

La présente est pour dénoncer la mise sur pied d’une campagne de sensibilisation doublée d’un nouveau programme de subvention aux entreprises ne respectant pas la Charte de la langue française comme l’a annoncée votre présidente de l’Office québécois de la langue française, Mme Louise Marchand, dans une lettre reçue vendredi dernier.

Est-ce vraiment la volonté de votre gouvernement d’offrir jusqu’à 50 000 $ aux entreprises pour se conformer à la Loi ? Cela nous apparaît inacceptable pour dire le moins et odieux pour traduire véritablement notre pensée. Ces entreprises qui violent la loi et font preuve de mépris envers notre langue devraient payer l’amende (pouvant atteindre 20 000$) et non pas se voir récompenser d’une subvention pouvant aller jusqu’à 50 000 $. Ces commerces devraient plutôt garnir les coffres du gouvernement au lieu de les dégarnir en recevant une subvention aussi généreuse et inusitée.

D’autres questions surgissent : combien ce programme coûtera-t-il ? Et d’où prendrez-vous cette cagnotte ? Qui sera privé de quoi pour supplier à genoux les commerçants de nous respecter comme Nation ?

Votre gouvernement nous offre encore des mesures lénifiantes de sensibilisation, des mesures incitatives qui repoussent l’action. Les exigences contenues dans la Loi sont minimalistes, particulièrement celles où les Québécois doivent accepter un nom d’une entreprise lorsque le générique est en français. Ce générique devrait à tout le moins respecter le principe de la nette prédominance du français.

Comble de laxisme, les entreprises qui sont supposées détenir leur certificat de francisation, celles de 50 employés et plus, sont invitées à communiquer avec un employé de l’Office pour négocier un délai indéterminé «raisonnable» pour respecter la loi. Quels sont ces délais? Des mois? Une année? Des années? La loi 101 a été adoptée en 1977, il nous semble que le délai de 34 ans pour se conformer était une échéance plus que raisonnable.

La présidente de l’OQLF annonce que, cet hiver, elle va entreprendre une tournée régionale avec la Fédération des chambres de commerce composée de la très bilingue Chambre de commerce/Board of trade (http://www.btmm.qc.ca/en/index.aspx?u=) pour rencontrer les gens d’affaires partout au Québec. La Chambre de commerce devrait commencer par se rencontrer elle-même, elle qui affiche un logo Chambre de commerce du Montréal métropolitain / Board of Trade of Metropolitan Montreal qui ne respecte pas la prédominance du français ! Est-ce que la Chambre de commerce de Montréal aura aussi droit à votre subvention de 50 000 $ ? Pourquoi faire une tournée québécoise ? Les plus grands commerces ont leur siège social à Toronto et aux États-Unis. Ce sont ces entreprises qu’il faut d’abord viser.

S’il faut constater que notre manifestation de la semaine dernière a eu un certain impact (une annonce de l’Office huit jours plus tard…), il faut aussi constater qu’il y a encore beaucoup à faire pour obliger votre gouvernement à se tenir debout et à exiger qu’on respecte notre Nation et sa langue. Nous ne pouvons que conclure qu’il nous reste encore plusieurs manifestations à faire, plusieurs actions contestataires à accomplir, plusieurs gestes revendicateurs à poser afin d’obtenir que le gouvernement, vous, à titre de Ministre responsable de l’application de la loi 101, et l’Office dont vous êtes la tutrice, agissent avec fermeté et appliquent la loi et la renforcent au lieu de s’aplatventrer en distribuant généreusement notre argent à des commerçants qui devraient plutôt payer l’amende.

En attendant, nous vous demandons formellement d’entreprendre les procédures judiciaires à l’encontre des entreprises dont les bannières sont non conformes et de réclamer les amendes dès qu’elles seront exigibles. De notre part, nous poursuivrons également notre campagne auprès des consommateurs et consommatrices pour les inciter à magasiner en français là où les bannières respectent notre langue (et non pas juste la Loi) et où le service à la clientèle se fait d’abord en français.

Tout reste encore à faire et encore plus qu’il y a huit jours, puisque vous venez de nous démontrer que chaque fois que le gouvernement et son Office agissent, c’est pour reculer.

Veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de mes sentiments respectueux.

Le président du Mouvement Québec français, Mario Beaulieu
Le président du Mouvement Montréal français, Denis Trudel

Copie : Mme Louise Marchand, présidente, Office québécois de la langue française
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