par Christian Gagnon | Le Patriote

S’il est un dossier qui a démontré à quel point la SSJB est essentielle, c’est bien celui-là. Voilà plus de trois ans que les Conservateurs de Stephen Harper avaient laissé savoir que dans le cadre d’un crescendo aboutissant au 150e anniversaire de la Confédération en 2017, le gouvernement fédéral célébrerait en grande pompe en 2015 le bicentenaire de John A. Macdonald, premier détenteur du titre de premier ministre du Canada. Cette stratégie de « nation building » de longue haleine nous avait déjà valu le détournement des fêtes du 400e anniversaire de Québec en 2008.

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N’eut été de la vigilance de plusieurs, on aurait pu aussi se farcir l’année suivante, les célébrations de la défaite des Plaines d’Abraham, heureusement abandonnées. Les Québécois ont néanmoins dû subir en 2012 le jubilé de diamant d’Elizabeth II et le bicentenaire de la guerre de 1812. Les Conservateurs ont grossièrement instrumentalisé ces commémorations pour saturer les Canadiens – et particulièrement les Québécois – de propagande d’unité nationale et de monarchisme britannique.

Lorsqu’approcha en août dernier le bicentenaire de George-Étienne Cartier, que Harper comptait bien souligner à Québec le 6 septembre, la SSJB était prête. Le président Maxime Laporte administra dans Le Soleil du 6 août une raclée en règle à Cartier, révélant sa profonde nature de « vire-capot », passé de patriote à ultraloyaliste, et de « corrompu » extrême ayant accepté en 1872 un pot-de-vin de 85 000$ (1,7 million en dollars de 2015) de la part du président de la Canadian Pacific Railways Company. George-Étienne Cartier a aussi milité contre la démocratie, a enfin affirmé M. Laporte, citant en preuve une déclaration incriminante du politicien. Nous travaillons à notre tour à fonder ici une grande confédération, mais notre objet n’est point de le faire par la création d’ institutions démocratiques; non, c’est plutôt d’aider l’ élément monarchique à prendre parmi nous de plus profondes racines, a dit Cartier à Montréal en 1864.

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Stephen Harper a lui-même lancé à Kingston les célébrations du bicentenaire de John A. Macdonald qui ont débuté par un garde-à-vous au son des hymnes nationaux
Ô Canada et… God Save The Queen!

Mais le vrai jour J était le 11 janvier dernier, jour-même du 200e anniversaire de naissance de John A. Macdonald où Stephen Harper lancerait lui-même l’année de célébrations du « père de la Confédération » à Kingston, ville d’origine du sombre personnage et berceau de l’orangisme canadien. Fourbissant ses armes depuis des mois, la SSJB fut ce jour-là la seule organisation québécoise à opposer un contre-discours à la propagande conservatrice, mettant en ligne l’exhaustif site Internet sinistrejohna2015.ca. Le nom du site a été délibérément choisi pour narguer la « Sir John A. Macdonald Bicentennial Commission » (sirjohna2015.ca), organisation basée à Kingston et financée par Patrimoine Canada pour produire les célébrations fédérales. Par le biais d’un cinglant communiqué repris par la plupart des quotidiens québécois, Maxime Laporte reprocha à Stephen Harper d’être demeuré insensible aux nombreuses protestations de citoyens dont les communautés ont été victimes du suprémacisme anglo-saxon de Macdonald. De plus en plus présent dans les médias sociaux, le site sinistrejohna2015.ca produit par la SSJB fait savoir aux Québécois que, devenu membre de la loge orangiste de Kingston dès 1840, Macdonald a été à la tête de la répression sanglante des Métis du Nord-Ouest en vue de l’occupation des terres de l’Assiniboine par des blancs anglosaxons. Hargneux, le premier ministre fondateur du Canada déclara, ces sang-mêlé impulsifs ont été gâtés par leur émeute [de 1870], et doivent être maîtrisés par une main forte jusqu’ à ce qu’ ils soient inondés par un afflux de colons. Macdonald fit exécuter leur chef Louis Riel à la suite de ce qui est aujourd’hui considéré comme un honteux simulacre de justice, affirmant que Louis Riel sera pendu même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur.

Macdonald fut également complice des gouvernements provinciaux ayant l’un après l’autre interdit les écoles françaises, lui qui refusa d’utiliser son pouvoir de désaveu de ces lois orangistes, alors que le gouvernement fédéral le fit pourtant 65 fois entre 1867 et 1896, pour des questions autrement moins fondamentales que les droits scolaires des Canadiens français. Comme nous l’a révélé le professeur James Daschuck dans son livre Clearing The Plains (University of Regina Press, 2013), l’idole de Stephen Harper a aussi été aux commandes du génocide par la famine des Autochtones des Prairies afin de dégager la voie du chemin de fer, déclarant sans ambiguïté vouloir convaincre l’ homme rouge que c’est l’ homme blanc qui gouverne.

john a Ce 11 janvier, M. Harper n’a fait aucune mention de l’exorbitante taxe d’entrée imposée en 1885 par Macdonald aux immigrants chinois qu’il considérait comme une menace au caractère aryen de l’avenir de l’Amérique britannique. La même année, le premier ministre Macdonald leur retira aussi le droit de vote pour le même motif raciste. Alors qu’au nom du gouvernement fédéral en 2006, Stephen Harper a lui-même présenté ses excuses aux Sino-Canadiens pour les traitements discriminatoires leur ayant été imposés, le premier ministre demande aujourd’ hui à ces mêmes victimes du racisme de Macdonald de célébrer leur bourreau, s’est étonné Maxime Laporte. Et comme le démontre bien le professeur Stephen Azzi (Université Carleton), le racisme de Macdonald n’ était pas davantage acceptable au 19e siècle puisque le deuxième premier ministre du Canada, Alexander Mackenzie, avait rejeté ces mesures anti-immigration chinoise, les qualifiant de « dangereuses et contraires à la loi des nations et aux politiques en vigueur au Canada », a souligné Maxime Laporte.

Dans les années 1860, Macdonald collabora même avec les Copperheads, Sudistes américains opposés à l’abolition de l’esclavage de Noirs.

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Bernard Landry prend la parole lors de la Journée Louis-Riel soulignée par la SSJB.

Le 16 février dernier, Journée Louis- Riel au Manitoba, l’ex-premier ministre Bernard Landry s’est joint à la SSJB pour affirmer « qu’il n’y a rien à fêter », soulignant notamment les ravages historiques pour l’économie québécoise du protectionnisme de Macdonald, qui a été l’une des causes directes de l’exode de très nombreuses familles québécoises en Nouvelle-Angleterre. Jean Jolicoeur, fondateur de l’Union métisse Est-Ouest, a évoqué les politiques « catastrophiques » de Macdonald à l’égard des premiers peuples. Josiane Lavallée, historienne et conseillère générale à la SSJB, a notamment rappelé les propos du Premier ministre du Québec d’alors, Honoré Mercier, qui considérait la pendaison de Louis Riel comme un « meurtre légal ». Elle a aussi souligné que Macdonald a touché un pot-de-vin de 45 000 $ (un million $ en dollars de 2015) dans ce que l’histoire a retenu sous le nom de « scandale du Pacifique ».

De son côté, le président Maxime Laporte a affirmé que contrairement à ce que soutient le fédéral par le biais de ses entreprises de mystification et de propagande fantasmagorique, la fondation du Canada ne poursuivait pas d’objectifs vertueux à proprement dit. D’ailleurs, Macdonald, le politicien le plus corrompu de toute l’ histoire du Canada, de même que plusieurs Pères fondateurs étaient explicitement contre la démocratie. Le Canada repose sur des bases néocoloniales, sanglantes, antidémocratiques, et Harper devrait avoir honte d’utiliser nos taxes pour tenter de nous faire croire le contraire. Nous ne sommes pas dupes. La vidéo de l’événement est disponible à ssjb. com/lancement-de-sinistrejohna2015-ca/.

La prochaine grande tentative du gouvernement Harper de tenter de convaincre les Québécois que Macdonald était un grand homme surviendra lors de la fête du Canada du 1er juillet prochain. La SSJB s’y prépare déjà ! •••