Article de Daphnée Dion-Viens paru dans Le Soleil (En ligne) du 19 octobre 2009.

(Québec) Le Parti québécois ne ferme pas la porte à l’imposition du cégep en français, comme le réclame Bernard Landry, mais planche sur d’autres hypothèses pour renforcer l’usage de la langue de Molière au collégial : couper les vivres aux étudiants qui font le saut dans le réseau anglophone et rendre la maîtrise du français et de l’anglais conditionnelle à l’obtention d’un diplôme.

L’ancien premier ministre Bernard Landry a relancé un vieux débat lundi en s’associant à une campagne réclamant l’application de la loi 101 au cégep. Cette mesure aurait pour effet d’interdire l’accès au cégep en anglais pour les francophones et les allophones dont les parents n’ont pas été scolarisés en anglais, comme c’est le cas présentement pour les écoles primaires et secondaires. L’initiative est menée par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et le SPQ libre, un regroupement politique au sein du Parti québécois.

«Nous avons besoin d’immigrants, mais il faut que l’intégration soit la plus parfaite possible. Et le cégep pose un problème, a expliqué Bernard Landry au Soleil. Le cégep est un point tournant dans la vie. Que nos compatriotes choisissent d’aller au collège anglophone n’est pas conforme à nos espoirs. Camille Laurin, René Lévesque, moi-même et les autres pensions, à l’époque, que si on les envoyait aux mêmes écoles que nos enfants, ils iraient aux mêmes collèges que nos enfants. Mais ce n’est pas ça qui est arrivé, hélas. Le temps est venu de faire quelque chose.»

M. Landry s’appuie sur une étude réalisée par le professeur Charles Castonguay, expert des questions linguistiques. En suivant trois cohortes de jeunes, M. Castonguay conclut que l’usage de l’anglais domine à l’âge des études collégiales, annulant les efforts de francisation des nouveaux arrivants au primaire et au secondaire.

Des données de la Fédération des cégeps indiquent toutefois qu’une majorité d’allophones choisissent le cégep en français (60,4 % en 2006 selon les derniers chiffres disponibles), une proportion qui a augmenté au cours des dernières années.

Autres options

Au PQ, on ne ferme pas la porte à l’application de la loi 101 au cégep, tout en regardant d’autres avenues. «C’est clair qu’il faut agir au niveau du cégep. Le statu quo n’est plus acceptable. La loi 101 est à envisager mais on regarde aussi d’autres mesures», affirme Pierre Curzi, porte-parole du PQ en matière de langue et d’éducation.

Le député de Borduas travaille sur deux autres hypothèses, tout en précisant qu’aucune décision n’a encore été prise. La première consiste à rendre obligatoire la maîtrise du français et de l’anglais pour obtenir un diplôme d’études collégiales. Ainsi, les anglophones et les allophones devraient avoir une connaissance «fonctionnelle» du français alors que les francophones devraient maîtriser l’anglais comme langue seconde.

Le PQ jongle aussi avec l’idée de couper les vivres aux élèves qui font le saut dans le réseau anglophone, une fois rendus au collégial. «Peut-on cesser de payer pour les transfuges afin que ce soit les établissements qui absorbent les coûts?», se demande M. Curzi.

Les trois options seront débattues lors du congrès du Parti québécois, prévu l’an prochain.

Lire l’article dans le site Internet du Soleil