Claude Villeneuve | Journal de Montréal
 
 
Ça vous a peut-être échappé, mais une nouvelle significative sur l’avenir du français au Québec a été rapportée dans votre Journal, ces derniers jours.

Benoit Dumais a placardé les murs de l’établissement d’images humoristiques qui expliquent 13 erreurs orthographiques courantes.

Je ne parle pas de l’affaire de la boutique Adidas, ni des statistiques inquiétantes sur l’usage du français au travail ni du débat un peu lancinant sur le bonjour/hi. Ça, ça n’a échappé à personne.

Je parle plutôt de Benoit Dumais, cet enseignant au cégep de Rivière-du-Loup qui, exaspéré des « sa va » que s’envoyaient ses étudiants par textos, a pris le taureau par les cornes. Il a placardé les murs de l’établissement d’images humoristiques qui expliquent 13 erreurs orthographiques courantes.

On en raffole

Là où ça devient une grosse nouvelle, c’est quand on apprend que ses étudiants l’ont applaudi en classe pour son initiative ; que ses affichettes ont été reprises dans des dizaines d’écoles au Québec et même dans certains milieux francophones des autres provinces ; que le site internet du Cégep de Rivière-du-Loup connaît un achalandage record depuis.

Bref, les gens raffolent de l’approche ludique proposée par M. Dumais, qui pourrait sans doute être encore développée davantage. Même les jeunes, qui n’aiment habituellement pas se faire reprendre, rappellent que c’est beaucoup plus facile d’apprendre quand on s’amuse.

Douloureux

Évidemment, cette idée ne règle pas tous les problèmes et ne nous donne pas l’assurance qu’on parlera encore français au Québec dans 200 ans. Elle vient toutefois nous rappeler quelque chose d’important sur le rapport que nous entretenons avec notre langue.

Défendre le français et le réaffirmer constamment, c’est fatigant à la longue. Le comportement du gérant de la boutique Adidas est symptomatique de ce que pensent beaucoup de jeunes.

C’est douloureux de constamment se rappeler qu’on est minoritaire et de devoir refaire sempiternellement un combat dont on a le sentiment qu’il ne sera jamais terminé. « Quoi, le français, menacé ? Je pensais qu’on avait tout réglé ça avec la loi 101 ! »

Eh bien non, ça ne sera jamais acquis. Dans l’océan anglo-saxon d’Amérique du Nord, le statut du français est précaire. C’est dans son essence et c’est ce qui le rend si précieux.

Un étendard

À la fin, la plus grande menace au français, elle ne vient pas de l’anglais ni de l’immigrant qui veut juste trouver sa place ici. Elle vient des majoritaires ici qui, oubliant qu’ils sont minoritaires sur ce continent, sont portés à baisser les bras plutôt que de brandir l’étendard. De ces gens pour qui protéger le français est une corvée.

C’est pour cette raison qu’un jeune qu’on encourage à éviter les anglicismes aura l’impression qu’on cherche à le priver d’un moyen de s’exprimer, alors qu’on veut plutôt l’inciter à découvrir toutes les nuances de la formidable palette de couleurs que lui offre le français.

C’est pourquoi il faut saluer des initiatives comme celle de M. Dumais, car elles viennent nous rappeler qu’avec le français, on peut avoir du plaisir et même de la fierté.

 

 

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