Josée Legault | Journal de Montréal

 

Jean Chrétien a toujours eu du front tout le tour de la tête. Quand il a refusé d’envoyer les troupes canadiennes en Irak, c’était pour le meilleur. Quand il a lancé certaines règles démocratiques aux orties pour gagner le référendum de 1995, c’était pour le pire.

Ce qui, semble-t-il, ne l’empêche pas de donner des leçons de démocratie à l’Espagne aux prises avec un référendum en Catalogne qu’elle tente de bloquer.

En mêlée de presse, Jean Chrétien s’est en effet permis de se réjouir qu’au Canada, « on a donné l’exemple » en 1995. « Pour qu’une démocratie fonctionne bien, ajoute-t-il, il faut le respect de la loi. » Vraiment ? Si seulement c’était vrai dans son cas, on l’applaudirait.

Au diable les règles !

Or, à l’automne 1995, le même Jean Chrétien s’en est pas mal foutu du « respect de la loi ». Je parle ici de la loi québécoise sur les consultations populaires et les limites de dépenses qu’elle impose aux camps du Non et du Oui.

En septembre 2014, dans une entrevue avec le Sunday Post, M. Chrétien s’est d’ailleurs fait une fierté de résumer l’organisation du très coûteux « love-in » fédéraliste tenu à Montréal à quelques jours du référendum en ces termes non équivoques : « Au diable les règles ! ».

On repassera

« Dans les derniers neuf jours, racontait-il sans broncher, j’ai dit au diable les règles et organisé une énorme rencontre à Montréal où des milliers de personnes sont venues de partout pour envoyer le message à l’effet que nous voulions que le Québec reste avec nous. »

Cette même culture du « au diable les règles ! », elle sévira aussi sous le scandale des commandites. Idem pour sa loi dite sur la clarté. Une loi outrancière dont la seule fin est de tenter de placer sous tutelle fédérale le droit du Québec à l’autodétermination.

Alors, pour ce qui est des leçons de démocratie, on repassera…

 

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