par Christian Gagnon  | Le Patriote

Nous avons vécu collectivement un anniversaire qui touche droit au coeur des millions de Québécoises et de Québécois. Il y a vingt ans le 30 octobre dernier avait lieu le second référendum sur la souveraineté, longuement et minutieusement préparé par le Parti Québécois de Jacques Parizeau. Autant cet épisode de notre histoire récente a été passionnant, autant il a mis une fois de plus au jour la vraie nature des leaders fédéralistes québécois et canadiens.

En effet, trois semaines avant le début de la campagne référendaire, le gouvernement fédéral créait l’organisme Option Canada, dans le but précis de violer la Loi québécoise sur le financement des consultations populaires en dépensant illégalement près de 5 millions de dollars pendant la campagne. Le président d’Option Canada était Claude Dauphin, ex-député libéral de Marquette dans le gouvernement de Robert Bourassa. Nommé délégué général du Québec à Boston par Robert Bourassa en mai 1994, il avait été démis de ses fonctions huit mois plus tard par un Jacques Parizeau fraîchement élu premier ministre. À la commission Grenier de 2006-2007 chargée d’enquêter sur les dépenses illégales de cet organisme très discret, M. Dauphin s’en est tiré en prétendant qu’il signait aveuglément les demandes de subventions-bidons à Patrimoine Canada, sans avoir jamais su à quoi l’argent avait servi et ce, même s’il a été grassement payé par Option Canada durant toute la campagne référendaire. Il a ensuite été directeur des projets spéciaux du Conseil pour l’unité canadienne jusqu’en 1996. Aujourd’hui maire de Lachine, cet ancien membre du conseil exécutif de Montréal au moment du scandale des compteurs d’eau en 2007-2009 a reçu, en juillet dernier, la visite de l’UPAC. Voilà une enquête que nous suivrons avec grand intérêt.

La Commission Gomery nous a aussi appris qu’en 1995, le Conseil privé de Jean Chrétien a dépensé 19 millions $ sous la rubrique « unité canadienne », en plus de charger Chuck Guité d’acheter tous les panneaux-réclames du Québec à la veille du début de la campagne, pour 8 autres millions $. Il faut aussi ajouter les centaines d’avions, de trains et d’autobus offerts gratuitement ou presque, pour remplir la Place du Canada lors du mal nommé « Lovein », trois jours avant le vote. Enfin, n’oublions pas les réductions accordées par plusieurs entreprises de téléphonie du Canada anglais pour ceux qui voulaient appeler des Québécois afin de les convaincre de renoncer à la souveraineté. Le camp du NON au grand complet a donc dépensé illégalement beaucoup, beaucoup plus que les 5 millions $ permis au comité officiel du NON présidé par Daniel Johnson.

Lors du débat des chefs du 24 septembre dernier, Gilles Duceppe a demandé aux autres chefs de s’engager dès maintenant à respecter les limites de dépenses de la loi québécoise lors d’un prochain référendum. Aucun des autres chefs n’a voulu se commettre. C’est qu’encore aujourd’hui, les leaders fédéralistes partagent entièrement l’avis émis par le chef de cabinet de Jean Chrétien à l’époque du référendum de 1995. Questionné en 2008 par le journal Le Soleil sur le financement du Love-In à Montréal, Jean Pelletier a candidement répondu, Dans la guerre, on ne se demande pas si les munitions sont payées, on les tire! La conclusion que peuvent en tirer les citoyens, même les moins cyniques, c’est qu’en démocratie canadienne, on peut tricher grossièrement et même s’y faire prendre, et néanmoins demeurer le gagnant officiel de la joute.

MM. Chrétien et Trudeau ont eu beaucoup de plaisir à isoler le Québec lors des pourparlers constitutionnels de 1981 pourtant censés chercher principalement à satisfaire les Québécois qui venaient de voter Non.

MM. Chrétien et Trudeau ont eu beaucoup de plaisir à isoler le Québec lors des pourparlers constitutionnels de 1981 pourtant censés chercher principalement à satisfaire les Québécois qui venaient de voter Non.

Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi les promesses trompeuses. Après le référendum de 1980, Pierre Elliot Trudeau, qui avait mis les sièges de ses députés québécois en jeu pour ce qu’il a appelé « avoir du changement », a finalement fait exactement le contraire de ce que le Québec attendait de cette promesse, en diminuant sans notre consentement les pouvoirs de notre Assemblée nationale. Et Jean Chrétien? En pleine panique alors qu’à quelques jours du second référendum, les sondages fédéraux donnaient le OUI sept points en avance, qu’est-ce
qu’il nous a promis?

Le 24 octobre 1995, lors d’un rassemblement du NON à l’aréna de Verdun, le premier ministre du Canada a pris trois engagements solennels à l’endroit des Québécois. Premièrement, il reconnaîtrait le Québec comme société distincte au sein du Canada. Deuxièmement, il instaurerait une plus grande décentralisation du pouvoir fédéral au profit des provinces. Et troisièmement, il accorderait au Québec un droit de veto sur tout changement constitutionnel. Les plus lyriques y ont alors vu l’équivalent de trois des cinq conditions de Meech. Mais qu’en a-t-il vraiment été? Même après avoir eu une peur bleue de perdre, le Canada a vite conclu que, la menace indépendantiste étant écartée, il n’avait plus à céder quoi que ce soit d’important.

Le 12 décembre 1995 à Ottawa, le gouvernement Chrétien a donc adopté non pas un amendement constitutionnel, mais plutôt une simple résolution à la Chambre des communes affirmant que le Québec était une société distincte et qu’elle allait se laisser guider par ce principe. Mais cette résolution constituant essentiellement un voeu sans réelle contrainte juridique, tout comme celle de 2006 du gouvernement Harper, qu’en est-il résulté sur la situation québécoise ? Rien !

Puis, non pas dans la constitution mais dans son discours du Trône du 27 février 1995, le gouvernement Chrétien s’est engagé à ne plus utiliser son pouvoir de dépenser pour créer de nouveaux programmes dans des domaines de compétence provinciale sans l’assentiment d’une majorité de provinces, et de permettre aux provinces dissidentes d’obtenir un compensation financière si elles mettaient sur pied un programme équivalent. C’était le fameux « opting- out ». Le problème, c’est que cette ouverture formulée dans un simple discours du Trône ne valait que pour cette session parlementaire-là qui a pris fin onze mois plus tard. Qu’en restet- il donc vingt ans après ? Rien !

Enfin, le 2 février 1996, la Chambre des communes a adopté le projet de loi C-110 qui accordait au Québec un droit de veto sur toute modification constitutionnelle. À nouveau, pâmoison chez les fédéralistes inconditionnels. Le problème, c’est que la loi a aussi accordé ce droit de veto à l’Ontario, à la Colombie-Britannique, aux Prairies et aux provinces de l’Atlantique. La loi a donc ajouté une condition très contraignante de plus à la formule d’amendement imposée en 1982 qui rendait déjà tout changement constitutionnel intéressant très, très improbable. Toute modification significative du partage des pouvoirs entre Québec et Ottawa est donc maintenant devenue très très, très très improbable, voire impossible. Et puisqu’il ne s’agit que d’une simple loi, ce droit de veto québécois pourrait lui être retiré par n’importe quel gouvernement fédéral majoritaire. Que pouvons-nous donc en attendre? Rien !

En 2015, le Québec se retrouve donc avec la même constitution imposée et rejetée par tous les gouvernements du Québec depuis bientôt trente-cinq ans. Le Québec demeure au même point qu’après la Nuit des longs couteaux, tout autant à la merci d’un bon vouloir fédéral tout aussi rarement au rendez-vous.

Le chef du comité du OUI, Jacques Parizeau

Le chef du comité du OUI, Jacques Parizeau

Adieu, fédéralisme renouvelé de Claude Ryan. Adieu, reconnaissance constitutionnelle de la nation québécoise espérée par Robert Bourassa. Adieu, approche québécoise sur les jeunes contrevenants revendiquée par Jean Charest. Adieu, données québécoises du registre des armes à feu réclamée jusque devant les tribunaux par Philippe Couillard. Après tout cela, en plus du Plan B suivi du scandale des commandites, on peut se rendre à l’évidence : le fruit ne sera jamais mûr. C’est le limpide legs historique de ces vingt ans. Le chef du comité du OUI, Jacques Parizeau

Mais l’année 2015 a aussi été assombrie par la disparition d’un géant. Le 1er juin dernier nous a quittés l’un des plus grands hommes d’État que le Québec ait eu. Ce soir, nous pourrions en être tristes. Mais nous pouvons aussi nous réjouir d’avoir pu compter sur l’intelligence et la détermination exceptionnelles d’un si grand chef. Lui, l’artisan de plusieurs de nos plus importantes institutions, comme la Caisse de dépôt et de placement du Québec et la Société générale de financement, il est sans contredit notre plus grand bâtisseur. Lui, notre plus brillant ministre des finances dont les discours du budget étaient de véritables spectacles. Tous deux nommés par Jacques Parizeau, le ministre des finances, Jean Campeau, et le président d’Hydro- Québec, Yvon Martineau (décédé le 28 juillet dernier), ont grandement participé à la mise sur pieds du Plan O de 1995.

Lui, une fois premier ministre élu avec un mandat clair, avait habilement bâti une très large coalition du OUI. Lui ne se faisait aucune illusion sur le prétendu fair play fédéral. À la suite d’une victoire du OUI, il s’attendait à ce que l’adversaire utilise tous ses leviers économiques et monétaires pour faire s’effondrer le dollar canadien et les obligations du Québec afin d’effrayer les Québécois. Pour affronter les saboteurs, il avait donc mis en place le Plan O et avait préparé une réserve de liquidités de 37 milliards $ avec les banques Nationale et Laurentienne, le Mouvement Desjardins, le Ministère des finances et Hydro-Québec. Lui, nous a menés aux portes du pays du Québec qui ne lui a échappé que par 1 % des voix et la violation massive de nos lois par le camp fédéraliste. La grande leçon qu’il nous laisse, à nous souverainistes, c’est

Préparons-nous, pré-pa-rons-nous! Alors, pour le chemin parcouru par le Québec tout au longde votre vie et pour la voie tracée vers l’avenir : merci! Merci, Jacques Parizeau! •••