Josée Legault  |  Journal de Montréal

 

En démocratie, le combat pour l’indépendance est le plus exigeant d’entre tous. Il commande droiture, courage, audace, résilience, convictions, abnégation, intelligence stratégique et passion. Beaucoup de passion.

Au Québec, Jacques Parizeau en était l’incarnation même. Ce que l’on sait moins est qu’un immense respect pour l’ancien premier ministre et chef du Oui en 1995 transcende aussi largement nos frontières.

Les yeux rivés sur le 1er octobre, date du référendum sur l’indépendance de la Catalogne, un hommage lui sera rendu aujourd’hui même à Barcelone en présence de son épouse et veuve, Lisette Lapointe.

Dans la foulée du lancement de la campagne référendaire catalane, on y diffusera la version intégrale du « discours de la victoire » qu’aurait prononcé Jacques Parizeau le soir du 30 octobre 1995 si le Oui l’avait emporté.

Cette demande faite à Mme Lapointe vient des associations civiles souverainistes catalanes elles-mêmes. C’est dire à quel point Jacques Parizeau, décédé le 1er juin 2015, demeure une puissante source d’inspiration. Et ce, jusqu’en Catalogne.

Moment très touchant

En entrevue, Lisette Lapointe me confiait que « ce sera un moment très touchant – se remémorer la campagne de 1995, l’espoir, la confiance que nous avions que ça pouvait enfin se faire ».

Aux souverainistes catalans, elle leur « souhaite de réussir », ajoutant qu’« ils sont un modèle de persistance et de courage pour tous les souverainistes ». Cette persistance, les Catalans en ont grandement besoin.

Face aux menaces fusant de Madrid en vue d’un référendum jugé « illégal », comme si la démocratie pouvait être hors-la-loi, leur chemin vers le 1er octobre prend des allures de chemin de croix.

À Barcelone, au cours de l’hommage rendu à son mari, Mme Lapointe prononcera aujourd’hui un discours en catalan. Elle parlera de la longue amitié liant leur couple aux indépendantistes catalans. « La dernière visite de Jacques Parizeau en novembre 2014, leur dira-t-elle, fut aussi son dernier voyage. »

Elle leur rappellera que le 30 octobre 1995 « n’était pas un vote ordinaire », ni « une joute électorale pour le pouvoir », mais portait sur la création d’un pays.

Corps et âme

À propos de Jacques Parizeau et de la politique, elle résumera l’essentiel en ces mots : « Il s’y est engagé corps et âme dès le moment où il a cru que le Québec, non seulement pouvait, mais devait devenir un pays à part entière afin d’être maître de son développement culturel, social et économique. »

« Malgré la défaite, dira-t-elle, il n’a jamais renoncé à son rêve. » Enfin, elle soulignera que « lors de l’un de ses derniers grands discours sur la souveraineté, prononcé en 2013 devant un millier de jeunes Québécois réunis pour l’écouter, il a livré son ultime message : N’ayez pas peur. N’ayez pas peur de vos rêves ; n’ayez pas peur de vos ambitions. N’ayez pas peur des obstacles que vous trouverez sur votre route. N’ayez pas peur de rêver. »

En cette année où le Québec est déjà happé par une « joute électorale » dont le projet souverainiste est évacué, les paroles de Jacques Parizeau résonnent plus fort que jamais.

 

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