Article de Charles Castonguay paru dans L’Aut’Journal le 26 novembre 2009.

Dans Le Devoir du 24 novembre, Bernard Descôteaux juge l’idée d’étendre la loi 101 au cégep « mal appuyée sur le plan argumentaire ». Il aurait pu trouver de bons arguments en faveur de cette mesure dans des textes que son journal a choisi de ne pas publier.

Comme au primaire et au secondaire avant la loi 101, la domination écrasante de l’anglais au cégep est inacceptable. À moins d’accepter la défrancisation tranquille du Québec.


Dans un texte intitulé « Contrainte ou libre choix » que j’ai offert au Devoir en février 2009 puis, en version encore plus concise, en mars 2009, je montre à quel point la situation au cégep ressemble à celle qui régnait au primaire et au secondaire avant la loi 101.

Le régime du libre choix ne profitait alors qu’à l’école anglaise. À l’époque, la majorité francophone avait jugé cette domination de l’anglais inacceptable.

C’est pareil aujourd’hui au cégep où 9 % des cégépiens sont de langue maternelle anglaise et 81 % de langue maternelle française alors que 18 % étudient au cégep anglais contre 82 % au cégep français.

De façon globale, le libre choix de la langue des études collégiales profite ainsi à peu près exclusivement à l’anglais. « Par rapport au ratio de 9 à 1 entre les clientèles francophone et anglophone naturelles, les excédents respectifs sont carrément aux antipodes, peut-on lire dans ce texte que Le Devoir n’a jamais publié. Un maigre point de pourcentage supplémentaire pour le cégep français contre neuf pour le cégep anglais. Le monde à l’envers, quoi ! »

En effet, si chaque réseau comptait sa juste part d’étudiants additionnels, 90 % des cégépiens étudieraient en français et 10 %, en anglais. Faire respecter la prépondérance du français au Québec n’est cependant pas, pour la page Idées du Devoir, un argument de poids.

Comme au primaire et au secondaire avant la loi 101, la domination écrasante de l’anglais au cégep est inacceptable. À moins d’accepter la défrancisation tranquille du Québec.

Car « l’hypertrophie excessive du réseau collégial anglais pousse à l’anglicisation démesurée du monde du travail, ai-je écrit, laquelle, à son tour, conduit au Québec de moins en moins français et de plus en plus anglais que nous a révélé le recensement de 2006. Étudier en anglais prépare en effet à travailler en anglais. En outre, Emploi-Québec estime que 70 % des emplois qui seront créés d’ici 2016 exigeront au minimum une formation collégiale. Autrement dit, le cégep joue aujourd’hui le rôle de l’école secondaire d’hier. »

Mais pour Le Devoir, franciser la langue des études collégiales afin de franciser la langue de travail n’est pas un argument sérieux.

Dans un autre texte intitulé « Il faut voir plus loin que l’école », sur lequel Le Devoir est assis depuis plus d’un mois, je démontre on ne peut plus solidement « que le libre choix de la langue d’enseignement au cégep, qui se répercute sur la langue des études universitaires ou du premier emploi, met en échec l’élan donné à la francisation par les dispositions scolaires de la loi 101 ».

J’y emploie en effet les résultats des recensements de 1991 à 2006 pour montrer que sur le plan de l’assimilation linguistique « le français se défend assez bien vis-à-vis de l’anglais au primaire et au secondaire mais qu’à la fin du secondaire, à l’âge des études collégiales et tout de suite après, l’anglais domine nettement, durant la période 1991-1996, et sans partage durant 1996-2001 et 2001-2006. Si bien qu’au total l’anglicisation se déploie chez les jeunes davantage que la francisation. »

Mais Le Devoir préfère ne pas exposer ses lecteurs à ce genre d’argument. Et je me doute que quantité d’autres arguments touchant la situation inacceptable du français au niveau collégial pourrissent avec les miens dans ses oubliettes. Il existe heureusement d’autres moyens de contribuer au débat public que par les augustes pages de ce journal.

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