Pierre Allard | Lettres du front

«Faut-il pleurer, faut-il en rire…
Fait-elle envie ou bien pitié…»*

Excusez cette citation très, très, très hors-contexte, mais elle va tellement bien à cette «Université de l’Ontario français» si mal nommée que je n’ai pu résister…

J’avoue. Je n’ai pas encore épluché (mais je vais le faire) le rapport complet du comité présidé par l’ex-Commissaire aux langues officielles, Dyane Adam, dont les principales conclusions semblent avoir été entérinées par le gouvernement Wynne, à Toronto.

Cependant, si les textes médiatiques que j’ai lus hier et aujourd’hui reflètent fidèlement la proposition sur la table, j’ai peine à comprendre les applaudissements – même timides – qui fusent, sauf rares exceptions, d’un peu partout.

Le projet d’université de langue française en Ontario ressurgit de temps en temps depuis un demi-siècle… Ça va vite en Ontario… La plus récente offensive remonte à 2012 avec l’apparition sur la scène publique du Regroupement étudiant franco-Ontarien (le RÉFO).

J’arrondis un peu les coins mais essentiellement, le RÉFO et ses partenaires éventuels, la FESFO (élèves du secondaire) et l’AFO (organisme parapluie de l’Ontario français), exigeaient la création d’une université pan-ontarienne qui aurait comme mandat:

*d’assurer aux Franco-Ontariens la gestion de l’ensemble des programmes post-secondaires en français, y compris ceux des universités bilingues existantes, partout en Ontario; et

*de compléter l’offre de programmes universitaires en français dans toutes les régions, et notamment dans celles où les besoins sont les plus criants.

Il était d’ailleurs ultra-clair qu’il s’agirait d’une institution de langue française, que les universités bilingues (Ottawa et Laurentienne) – vus comme des milieux d’assimilation – faisaient partie du problème, et non de la solution…

Or, en chemin, le gouvernement Wynne a détourné le projet du RÉFO, de la FESFO et de L’AFO pour n’y voir qu’un campus universitaire dans la région de Toronto, la moins bien desservie. Les médias mal informés aidant, ce campus était tout à coup devenu l’université franco-ontarienne…

À tel point qu’en mars 2017, les trois partenaires (RÉFO, FESFO, AFO) ont convoqué l’ensemble de la presse pour rappeler la véritable portée de leur projet, qui doit englober l’Université d’Ottawa et l’Université Laurentienne, où sont inscrits l’immense majorité des étudiants franco-ontariens.

Or, le gouvernement libéral a persisté avec son comité de gens du centre sud-ouest (Toronto) dont le mandat portait d’ailleurs exclusivement sur les besoins de cette région, et a continué d’appeler ce projet l’université franco-ontarienne… Nouveau silence médias…

Et voilà qu’aujourd’hui, on nous annonce un campus universitaire plus que modeste, situé uniquement dans la Ville-Reine, qui accueillera au départ à peine quelques centaines d’étudiants et d’étudiantes, nombre appelé à croître modestement au cours de la suivante décennie…

Ce campus, on a le culot de l’appeler «l’Université de l’Ontario français» et pour doubler le tort d’un affront, on apprend que l’Université d’Ottawa, une université bilingue à forte majorité anglaise où les francophones se font assimiler, servira de mentor à la future institution de langue française…

Et j’entends, sauf quelques critiques, des applaudissements dans les milieux officiels franco-ontariens.  Avec un brin de prudence, pour sauver la dignité…

L’Ontario a persécuté les francophones pendant des décennies. Cette université devrait exister depuis une cinquantaine d’années, et on ne calcule pas le nombre de milliards de dollars qu’a épargnés la province en omettant d’offrir à la minorité franco-ontarienne des services éducatifs qui s’approcheraient tant soit peu de ceux reçus par la minorité anglo-québécoise choyée…

Ce qu’on va créer à Toronto d’ici 2020 (peut-être) mérite l’appui de tous. Mais dans le cadre de l’ensemble du projet et des demandes historiques, c’est un sac de pinottes… et quelqu’un doit le faire savoir énergiquement au gouvernement Wynne…

J’espère qu’au cours des prochains jours, le RÉFO, la FESFO et l’AFO vont tempérer leur enthousiasme et relire les documents qu’ils ont brandis avec fierté, et avec raison, depuis 2012… et qu’ils diront à Mme Wynne: merci bien pour Toronto, mais où est le reste???

Et à ceux qui croient à la politique des petits pas, où à la stratégie du pied dans la porte, je répondrais: c’est trop tard. La situation est critique. Il faut agir toute de suite sur l’ensemble de l’offre universitaire, dans le sud, dans le centre, dans le nord et dans l’est de la province.

Il est facile, voire naturel, de critiquer ses ennemis… Il est bien plus difficile de critiquer, quand il le faut, ceux et celles qui se disent vos amis… mais c’est le temps!

 

 

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