Article de Lise Payette dans Le Devoir du 22 octobre 2010

C’est le rôle des souvenirs de remonter à la surface quand les événements font en sorte qu’on se retrouve devant des situations qu’on a déjà vécues. C’est ce qui m’est arrivé au début de cette semaine. Je me suis souvenu que nous pensions avoir si bien travaillé en 1977 en préparant la loi 101 que nous étions convaincus que la langue française, quoique fragile, ne risquerait plus jamais de disparaître. Grave erreur.

Avec l’épreuve du temps, des pans complets de la loi 101 sont tombés, emportés par des jugements qui nous obligent à nous repositionner avec ce qui est sauvé pour le moment. D’assouplissement en assouplissement, certains Québécois semblent s’être donné pour mission de donner raison à mon père, qui disait que le combat était perdu d’avance. Comme lui, ils ont abdiqué.

Nous savons tous que la «louisianisation» du Québec n’aura pas lieu demain matin d’un coup sec. Ça va se faire lentement, rue par rue, à Montréal d’abord. Quelqu’un a dit cette semaine que l’assimilation était rendue bien à l’est du boulevard Saint-Laurent, qui a été la ligne de séparation entre l’anglais et le français pendant longtemps. Le français ne serait en bonne santé qu’à partir de Saint-Denis maintenant. L’ouest de Montréal est perdu. Si ça ne vous empêche pas de dormir, vous avez de la chance.

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