André Cloutier |  Le Patriote

 

Lundi le 28 août, je me suis rendu, à leur demande, et pour plusieurs fois jusqu’à leur retour de vacances, au domicile de deux de mes ami(e)s pour recueillir leur courrier et voir si tout était en ordre.

Au retour, vers 17 h, j’ai vécu une expérience inoubliable. À une station de métro sur la ligne vers Côte-Vertu, j’entends des slogans qui sont criés très fort sur le quai par un grand rassemblement de jeunes ; il s’agit vraisemblablement d’une « initiation », car ils sont âgés de 18 à 22 ans – majoritairement des gars – qui ont le visage bariolé de gouache et portent des vêtements dépareillés. Ils entrent lentement dans chacun des wagons de la rame (c’était une nouvelle voiture Azur – donc aucune séparation entre les wagons); lorsqu’ils sont entrés, ils criaient : « On s’aime, on s’colle ! ». Les passagers étaient un peu inquiets, se demandant comment toute cette foule va pénétrer dans chaque wagon; mais ils sont tous entrés, collés les uns sur les autres. Heureusement, j’étais assis. Très polis : lorsqu’une passagère voulut sortir, ils se mirent à crier et répéter : « On laisse passer ! On laisse passer ! » Et une « haie d’honneur » s’ouvrit pour laisser sortir la passagère. Émouvant…

Certains slogans étaient plutôt rigolos, comme celui-ci : « Laissez-nous boire, sinon on fait du chahut ! ». Mais dans un des slogans, j’ai clairement entendu « ÉTS » (c.- à-d. l’École de technologie supérieure, une constituante du réseau de l’université du Québec). À un moment donné, la chauffeure de la rame de métro pris le micro pour lancer aux étudiants par les haut-parleurs : « Merci pour votre accueil ! » Des cris de joie fusèrent alors dans tous les wagons par les étudiants en liesse.

Lors des festivals rock, nous voyons des spectateurs se faire transporter par des mains audessus de la foule. Incroyable, mais vrai, des étudiants se faisaient ici transporter en l’air par des mains d’un bout à l’autre de la rame (action impossible à réaliser si cela avait été dans les anciens wagons fermés aux extrémités). J’ai même été témoin d’un « embouteillage » : un étudiant soulevé venait du sud de la rame et un autre venait du nord! Ils se sont, non pas emboutis, mais se sont accrochés ensemble se serrant plus ou moins dans les bras… Quelle scène! Ils ont dû se poser par terre, car ne pouvant plus avancer d’un côté comme de l’autre !

Majoritairement des gars, mais il y avait une jeune femme qui semblait être l’une des coordonnatrices de l’activité (une « ancienne »), car elle avait au cou un cordon avec une identification cartonnée ; elle avait aussi un chandail aux couleurs spécifiques (de l’ÉTS?) et n’avait pas le visage bariolé.

Lorsque les étudiants sont sortis des wagons à la station Mont-Royal, était restée sur un siège une jeune femme de 19-20 ans, tout sourire, qui était déjà là à leur arrivée, et qui n’arrêtait pas de leur envoyer des saluts de la main ; j’espère que c’était une jeune touriste française de passage au Québec qui rapportera chez elle ce surprenant et fascinant épisode de son voyage. Parce que j’ai vu là – comme tous les slogans étaient lancés en français – ce qui aura été aussi une belle « et forte » manifestation de la vitalité du fait français au Québec.

Et quel était leur slogan lorsqu’ils sont sortis en masse du métro : « On avance ! On avance ! On recule pas ! » •••