Christian Dufour | La Presse

La vision qu’a Philippe Couillard du rôle du seul gouvernement contrôlé par une majorité francophone en Amérique du Nord est bien différente de celle de son prédécesseur Robert Bourassa dans l’accord du lac Meech.

Ce dernier voulait que le Québec ait la responsabilité de faire la promotion d’une société distincte essentiellement définie par le fait qu’elle abrite une majorité francophone. Philippe Couillard estime au contraire que le gouvernement du Québec doit faire la promotion non pas du français, mais bien de l’anglais au Québec.

Depuis sa troublante remarque sur les ouvriers d’usine qui devaient apprendre l’anglais au cas où se pointeraient des clients anglophones de leur patron, le premier ministre manifeste à intervalles réguliers son goût pour l’anglais, de même que ce qu’il faut bien appeler son obsession pour la promotion d’une communauté anglophone pourtant inassimilable, ne serait-ce que parce qu’elle parle la nouvelle lingua franca de la planète.

 

Adidas

De façon révélatrice, il s’est révélé incapable la semaine dernière de dénoncer le mépris du français au centre-ville de Montréal par Adidas sans se sentir obligé de rappeler dans la même phrase que l’anglais était une langue très importante au Québec.

On connaît son préjugé tous azimuts en faveur de seuils toujours plus élevés d’une immigration totalement idéalisée, alors que son administration se révèle incapable de la franciser, selon un récent rapport de la Vérificatrice générale.

Au cœur de l’administration québécoise, le gouvernement Couillard vient de créer un Secrétariat aux anglophones rattaché au ministère du Conseil exécutif. Mais la vraie nouvelle est qu’on a l’intention d’exiger désormais que tous les mémoires des ministères aboutissant au Conseil des ministres aient systématiquement passé au préalable le test des intérêts des anglophones, tel qu’évalués par les fonctionnaires du nouveau Secrétariat aux anglophones.

Attendez-vous à des histoires d’horreurs sur des anglophones maltraités au Québec !

C’est véritablement une première : le seul gouvernement contrôlé par une majorité francophone au pays a décidé de se castrer institutionnellement lui-même, au détriment de la claire prédominance du français, dans un contexte où les droits individuels sont de plus en plus sacralisés.

Rappelons que, considérée sous le seul angle des droits individuels, la simple prédominance du français au Québec est discriminatoire, car elle implique qu’un francophone est supérieur à un anglophone.

 

Aspects institutionnels

Certains diront qu’il ne s’agit que d’une mesure conjoncturelle sans grande importance – les autochtones n’ont-ils pas aussi leur Secrétariat ? –, le gouvernement Couillard voulant simplement consolider son emprise sur les Anglo-Québécois en vue du prochain scrutin.

C’est oublier que les anglophones ne sont pas les autochtones, dont le Secrétariat n’est pas connecté institutionnellement au Conseil des ministres. C’est oublier surtout que, si les politiciens passent, les institutions, elles, restent, en particulier quand elles correspondent à une culture de revendication généralisée où les anglophones, comme les autres, ont intérêt à jouer les victimes.

Une fois un Secrétariat aux anglophones créé, quel gouvernement osera l’abolir sans se faire traiter de tous les noms ?

François Legault a mis la main dans le tordeur en affirmant qu’il le maintiendrait, quitte à abolir la clause obligeant le gouvernement à vérifier systématiquement l’impact de ses décisions sur les anglophones.

La vision qu’a Philippe Couillard du rôle du seul gouvernement contrôlé par une majorité francophone en Amérique du Nord est bien différente de celle de son prédécesseur Robert Bourassa dans l’accord du lac Meech.

Mon travail au Secrétariat aux Affaires intergouvernementales canadiennes m’a permis de constater le pouvoir que vous avez, au sein de la machine administrative, quand les préoccupations de votre secteur doivent être systématiquement considérées par le Conseil des ministres avant qu’une décision ne soit prise. De quelle efficace poignée vous disposez quand on vous informe à l’avance des projets de mémoires, en vous invitant à soumettre vos remarques et observations !

Ce qui est ressorti plus largement des discussions du congrès libéral de la semaine dernière, c’est que certaines franges du PLQ remettent carrément en question la claire prédominance du français sans exclusion de l’anglais au Québec, au bénéfice du bilinguisme et du multiculturalisme canadiens. Robert Bourassa doit se retourner dans sa tombe.

 

 

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