Présenté à l’occasion d’une consultation du bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) par  la section Pierre-Le-Gardeur – SSJB Montréal

 

 

Terrebonne, le 11 mai 2016

 

« Lorsque la dernière goutte d’eau sera polluée, le dernier animal chassé et le dernier arbre coupé, l’homme blanc comprendra que l’argent ne se mange pas. »

Taureau assis, « Sitting Bull » (1831-1890). Chef sioux Hunkpapa

 

La SSJB œuvre depuis 1834 à la promotion des intérêts nationaux du Peuple québécois, de son histoire et de notre langue commune, le français. Nous constituons le legs permanent que les Patriotes de 1837 ont laissé à l’Amérique française.

La section Pierre-Le-Gardeur, quant à elle, a été fondée en 1963. Notre territoire d’action regroupe essentiellement la MRC de L’Assomption et notre siège social se trouve dans la ville de Repentigny.

Dans cet avis concernant le projet d’oléoduc Énergie Est, vous ne trouverez pas de statistiques, et peu de chiffres. D’autres organisations s’en chargeront bien mieux que nous.

Vous ne découvrirez ici que les réflexions de citoyens inquiets, mais résolus à ne pas se laisser marcher dessus… ou plutôt enterrer dessous un sournois et vil pipeline nauséabond.

Ce projet constitue un danger pour notre présent et pour notre avenir.

Présentement, il s’agit, ni plus, ni moins, d’une question d’intégrité du territoire national québécois. Ai-je besoin de souligner le nombre de villes, 71, le nombre de cours d’eau, 830, dont le fleuve St-Laurent, qui seraient traversés par l’odieux pipeline. Il n’est pas acceptable que le gouvernement québécois n’ait pas un droit de veto sur ce projet, alors que seulement une infime partie de ce pétrole sera consommé au Québec?

Pour l’avenir, il représente un risque écologique énorme. En ce qui nous concerne, le pipeline passera par la réserve écologique de la tourbière de Lanoraie.  On voudrait bien nous faire croire que ce sera un oléoduc au-dessus de tout soupçon… et de tout accident. Mais c’est impossible. La question n’est pas de savoir s’il y aura un jour un déversement, mais bien de savoir QUAND? Où?  Et de quelle ampleur?

En juillet 2010, un pipeline d’Endbridge a déversé 3,2 millions de litres de bitume dans la rivière Kalamazoo au Michigan. Une facture 800 millions pour tout nettoyer! À ses origines, lorsque l’industrie nucléaire nous vanta ses bienfaits, elle nous fit toujours valoir sa grande fiabilité. Pourtant, Three Miles Island, Tchernobyl et Fukushima sont arrivés!

Et il ne faudrait pas oublier ce qui transiterait par ce pipeline infâme : du pétrole en provenance des sables bitumineux!  Ce produit représente déjà une catastrophe écologique à lui seul. Son extraction du sol nécessite une quantité phénoménale d’eau potable, il dévaste des territoires grands comme l’Angleterre et, comble de l’absurde, nécessite une grande consommation de pétrole… pour produire du pétrole!

On essaye de nous vendre l’avantage économique de ce projet alors qu’il ne créera que 1600 emplois directs et indirects durant la construction et moins de 400 pendant les 40 années d’exploitation.

Les provinces de l’Ouest nous font même le chantage de la péréquation. Elles nous accusent de cracher sur une industrie payante qui, en bout de ligne, financerait nos généreux programmes sociaux. Bien, rassurons-les, le gouvernement Couillard actuel travaille très fort pour que nous ayons beaucoup moins d’occasions de gaspiller leur argent.

Le gouvernement fédéral pourrait-il, au moins, nous offrir le choix entre recevoir leur péréquation ou arrêter de contribuer aux subventions de l’industrie pétrolière et aux mesures environnementales qui seront un jour nécessaires pour remettre en ordre leur territoire dévasté?

Imaginons…
Mais, pendant un instant, faisons mine d’oublier toutes ces basses considérations environnementales. Imaginons que nous ayons, soudainement, un gouvernement qui ne soit pas uniquement à la solde du Canada et des intérêts économiques. Un Premier ministre un tant soit peu sérieux et cohérent, doté d’une colonne vertébrale, devrait avoir au moins quatre exigences avant d’envisager de négocier le projet de Énergie Est. Un Premier ministre qui ferait davantage que de qualifier le pétrole d’énergie du passé, mais qui agirait vraiment en ce sens.

– Il n’est pas question que nous soyons les seuls à porter l’odieux d’empêcher nos voisins, partenaires de cette merveilleuse fédération canadienne, de s’enrichir en exportant leur pétrole sale. Ainsi, pas question d’une moindre pelletée de terre en sol québécois avant qu’il y en ait une pour un des trois autres projets d’oléoduc.

– Les documents doivent être tous fournis dans la langue nationale et commune des Québécois : le FRANÇAIS !

– Nous devons évaluer les coûts qu’engendrerait le pire scénario qui puisse arriver. Un déversement majeur en plein hiver qui pollue le fleuve Saint –Laurent  à partir du lac des Deux-Montagnes.  Ce scénario pourrait affecter l’accès à l’eau potable de près de cinq millions de Québécois. La compagnie devrait alors remettre la dite somme dans un compte fiduciaire administré par le gouvernement québécois. 50 % de ses revenus retourneraient à l’oléoduc Énergie Est et l’autre moitié reviendrait à l’État en compensation pour le droit de passage sur le territoire. En cas de catastrophe, nous aurions déjà à notre disposition les sommes voulues pour réparer rapidement les dégâts. On évite ainsi d’avoir à poursuivre une compagnie qui menacerait de faire faillite pour fuir ses responsabilités. Pensons simplement aux problèmes survenus suite à la catastrophe de Lac-Mégantic.

– On argumente également que l’utilisation du pétrole de l’Ouest, à défaut d’être propre, est au moins éthique car il ne provient pas d’une dictature pétrolière. Si le gouvernement fédéral croit sérieusement à cette affirmation, il se doit, par souci de cohérence, de renoncer à la vente des blindés à l’Arabie saoudite. S’ils ne sont pas dignes qu’on leur achète leur pétrole, ils le sont encore moins pour leur vendre des armes.

CONCLUSION
Mais ce scénario des quatre conditions demeure un essai intellectuel où nous nous imaginons à la place d’un gouvernement minimalement responsable. Cependant, la section Pierre-Le-Gardeur ne peut se résoudre à oublier les considérants environnementaux.

C’est ainsi que, pour toutes les raisons évoquées précédemment, nous ne pouvons terminer la rédaction de cette opinion qu’en paraphrasant une égérie de la République espagnole, Dolorès Ibarruri. Celle-ci lança en 1936, à la veille de la guerre civile, face aux forces fascistes du futur dictateur Franco, ce célèbre cri que nous reprenons face au projet d’oléoduc Énergie Est :
 

¡ NO PASARÁN !

 

ILS  NE PASSERONT PAS !