De contestations judiciaires en veules démissions,
retour à la case départ d’il y a 40 ans

Richard Le Hir | Vigile.quebec
 

arton73349-b9dcaLe 26 août 1977 – il y aura donc 40 ans l’an prochain – un peu moins d’un an après avoir été porté au pouvoir pour son premier mandat, le Parti Québécois faisait adopter la Loi 101 par l’Assemblée nationale. Aussi appelée Charte de la langue française, elle déclarait le français langue officielle de la législation, de la Justice, de l’administration, des organismes parapublics, du travail, du commerce et des affaires, et de l’enseignement. Les dispositions sur l’usage exclusif du français dans la législation et l’administration de la Justice allaient être rapidement déclarées inconstitutionnelles par les tribunaux.La Charte faisait aussi du français la seule langue de communication officielle de l’État québécois et des entreprises en affaires au Québec. Ce faisant, la loi obligeait le Gouvernement du Québec, toutes les organisations parapubliques, et toutes les entreprises, à communiquer principalement en français avec les citoyens du Québec.

Pendant près de vingt-cinq ans, le français a effectivement été la langue du gouvernement et de l’administration publique. Depuis l’élection du gouvernement libéral de Jean Charest en 2002, et avec une arrivée importante de nouveaux canadiens dans les rangs de la fonction publique québécoise, des divers organismes qui en relèvent et des diverses municipalités à forte proportion de population immigrante, il ne se passe plus guère d’année sans qu’on ne découvre de nouveaux accrocs à cette règle. Les nouveaux fonctionnaires sont peu ou pas sensibilisés à la problématique de la langue au Québec et ont souvent le réflexe de justifier leur utilisation de l’anglais même avec des francophones en invoquant le caractère bilingue du… Canada ! Pour eux, la langue française est une nuisance.

Dans le secteur privé, après les premiers efforts de redressement entrepris dans la foulée de l’adoption de la loi, l’anglais a repris le terrain cédé. Ainsi, il occupe encore une place énorme dans la vie de nombreux travailleurs québécois. Les années 1990 ont vu réapparaître le bilinguisme au travail et même l’usage exclusif de l’anglais dans plusieurs nouveaux secteurs économiques qui n’existaient pas auparavant au Québec, comme celui de la haute technologie, pour ne s’en tenir qu’à celui-là.

Rien ne peut mieux confirmer la dégradation de la situation que le mémoire que présentera la semaine prochaine la Chambre de commerce du Montréal métropolitain à la commission parlementaire chargée d’examiner le projet de loi 77 modifiant la Loi québécoise sur l’immigration, et dont Le Devoir fait état aujourd’hui dans un article intitulé Priorité aux candidats bilingues, dit la CCMM. En sous-titre, Le Devoir cite une phrase du mémoire aussi provocante qu’inacceptable : « Il faut être moins pointilleux sur la connaissance du français et plus exigeant sur celle de l’anglais, estime la Chambre de commerce de Montréal ».

On se croirait revenu en 1976 où ce genre de propos était tenu non pas par la Chambre de commerce de Montréal, alors francophone, mais par ce qui était alors son pendant anglophone, le Board of Trade. Les deux organismes allaient fusionner quelques années plus tard. On découvre aujourd’hui laquelle des deux communautés a eu le dessus. La Chambre de commerce porte un nom français, mais elle sert désormais des intérêts anglais. Quarante ans de Loi 101 n’auront donc servis à rien, et nous voilà revenus au point de départ, avec l’illusion d’une protection qui dans les faits n’existe plus depuis déjà un bon moment.

Dans les années 1960-70, les principales réticences à l’apprentissage du français étaient surtout le fait des anglophones de souche, mais la montée en puissance du nationalisme québécois pendant toute cette période et l’élection du Parti Québécois en 1976 les ont fait fuir.

Aujourd’hui, comme nous le rappelle Le Devoir en citant un article qu’il publiait la semaine dernière, « 20 % de la population immigrée au Québec ne parle pas français et […] la majorité des immigrants qui ne connaissent pas le français à leur arrivée refusent de suivre les cours offerts par l’État pour l’apprendre. ». Leur argument tel que rapporté par Le Devoir la semaine dernière ? « Ils n’en sentent pas le besoin ».

Quel mépris !

Il est grand temps de rappeler aux immigrants quelques vérités essentielles que j’ai déjà eu l’occasion d’aborder sur Vigile une première fois en 2013 et de nouveau en 2015 qui sont tirées d’une série d’études réalisées il y a quelques années par le Fraser Institute, basé en Colombie-Britannique, donc au-dessus de tout soupçon de complaisance à l’endroit des points de vue des nationalistes québécois qui, aux dires calomniateurs de certains, seraient truffés de préjugés xénophobes et racistes.

L’immigration coûte 20 milliards par an au Canada !

Ainsi, au Canada, une étude récente de l’Institut Fraser, intitulée « Canada’s Immigrant Selection Policies : Recent Record, Marginal Changes, and Needed Reforms » commentée largement au Canada anglais, mais à laquelle Vigile a été le seul média au Québec à faire écho, révélait que l’immigration imposait aux contribuables canadiens un fardeau budgétaire additionnel de 20 milliards $ par an.

La somme est colossale, et pour le Québec seulement, elle s’élève au minimum à environ 4 milliards $ par an, largement de quoi remettre en question, sur sa seule base économique, le bien-fondé de nos politiques d’immigration, sans même parler des conséquences sociales, culturelles, linguistiques et politiques.

On comprend dès lors que les apôtres du multiculturalisme au Québec se soient bien gardés de diffuser une telle information dans le contexte du débat sur la Charte des valeurs, car cette étude nous place devant une conclusion à laquelle il n’y a pas moyen d’échapper : ce sont les mauvaises décisions de nos dirigeants politiques en matière d’immigration ces vingt dernières années qui sont à l’origine de ce sentiment que partagent une majorité des Québécois d’être menacés dans leur identité et dans leur survie en tant qu’entité distincte. »

Quatre milliards $ par an au Québec seulement ! De quoi construire trois CHUM à chaque année ! Si le Québec n’avait pas à supporter une telle dépense, non seulement ne serait-il pas en déficit, mais il engrangerait plutôt un confortable surplus. De quoi supporter sans peine les centres à la petite enfance, les bibliothèques de nos écoles, et apporter les améliorations nécessaires à la situation des urgences dans nos hôpitaux, pour ne parler que des cas les plus criants évoqués dans le contexte de la politique d’austérité du gouvernement Couillard.

Quatre milliards $ par an pour acheter les votes du PLQ et du PLC et rendre difficile l’affranchissement du Québec de sa tutelle fédérale et sa démarche vers l’indépendance ! « Vous n’êtes pas écoeurés de mourir, bandes de caves ? ».

Vous croyez que j’exagère ? Lisez plutôt cet extrait d’un communiqué diffusé par l’institut Fraser le 30 septembre 2009 à l’occasion du lancement d’un ouvrage collectif de son équipe de recherche intitulé « The Effects of Mass Immigration on Canadian Living Standards and Society » :

« Depuis 1990, le taux annuel d’immigration du Canada est le plus élevé au monde, menant à une hausse de la population de 3,9 millions de personnes entre 1990 et 2006. Cette immigration massive a eu des conséquences profondes sur les conditions économiques, démographiques, sociales et politiques du Canada, nuisant au bien-être des Canadiens en général, y compris les immigrants des vagues précédentes », a affirmé Herbert Grubel, senior fellow de l’Institut Fraser et co-auteur du livre.

Malheureusement, la plupart des Canadiens sont insuffisamment informés quant à ces conséquences en partie à cause d’un code de rectitude politique qui tend à associer au racisme tout examen des politiques d’immigration et également parce que le système électoral canadien récompense les politiciens qui appuient le taux élevé d’immigration actuel. »

[Mes caractères gras]

Vous avez bien compris ? « Cette immigration massive a eu des conséquences profondes sur les conditions économiques, démographiques, sociales et politiques du Canada, nuisant au bien-être des Canadiens en général, y compris les immigrants des vagues précédentes ». Difficile d’être plus clair que ça ! Et les Québécois supportent 25 % de ces conséquences négatives depuis 1990, au rythme de quelques 4 milliards $ par année.

Pour ce prix, nous avons le très masochiste privilège de voir les immigrants lever le nez sur les cours qu’on leur offre pour apprendre le français et venir nous dire en pleine face qu’« ils ne sentent pas le besoin de l’apprendre », avec le plein soutien de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain ! Et nous tolérons cela !

De deux choses l’une : ou bien nous sommes complètement anesthésiés, ou bien nous sommes tombés sur la tête !

Il faut espérer que l’opposition péquiste aura le courage, en commission parlementaire la semaine prochaine, de demander au gouvernement Couillard ce qu’il entend faire pour mettre fin à ce cirque dont nous faisons les frais au sens propre comme au sens figuré. Il serait également le temps, après 40 ans, de procéder à un examen complet de la situation du français au Québec et de mettre à jour la Loi 101 en y introduisant le concept du français langue d’État. On sortirait vite de la dérive actuelle.