Article de Carl Bergeron publié dans la Revue Causeur le 1er février 2012

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L’heure est grave, mais tout n’est pas perdu pour les souverainistes. Il est possible, voire certain que la mise à l’écart de la question nationale- sur laquelle prospère la CAQ- ne soit que temporaire. Avec le recul visible du français à Montréal et les crises identitaires qui ne manqueront pas d’éclater ici et là dans le sillage de ce qu’on a eu coutume d’appeler les accommodements raisonnables, la conjoncture politique paraît plus imprévisible et volatile que jamais. La CAQ, mouvement de coalition, pourrait également connaître des tensions dans le cadre d’un jeu politique où la variable nationale serait plus affirmée. Cette situation serait bien évidemment plus favorable au PQ.

Enfin, les souverainistes peuvent compter sur un drôle d’allié en la personne du gouvernement conservateur canadien d’Ottawa. Sous la direction du premier ministre Stephen Harper, le Canada anglais opère en effet un véritable repositionnement identitaire. C’est sous l’air interloqué de ses voisins américains et québécois que le Canada anglais renoue avec son folklore monarchiste, retire ses tableaux d’art moderne du ministère des Affaires étrangères pour les remplacer par des portraits de la Reine et rebaptise la marine canadienne la « Royal Canadian Navy ». Le Canada conservateur rompt avec l’utopie multiculturaliste de Trudeau pour mieux se vautrer dans une réappropriation désespérée de son héritage britannique.

L’Histoire devrait donc revenir tôt ou tard. Bien malin cependant celui qui pourra prédire le destin des acteurs politiques et la place du souverainisme québécois dans le débat public. Si une cohabitation post-électorale CAQ/PQ est peut-être envisageable à court terme, ce scénario paraît peu probable à plus longue échéance. Des deux adversaires politiques, il n’en restera qu’un.

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