Article de Robert Dutrisac paru dans Le Devoir du 9 octobre 2010.

«Ce sont des traîtres!» C’est ainsi que la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJB-M) a stigmatisé, en gros caractères dans une pleine page de publicité publiée par Le Devoir le 4 décembre 1981, les 70 députés fédéraux du Québec qui avaient voté, deux jours plus tôt, en faveur de la résolution constitutionnelle intervenue sans l’accord du Québec, prélude au rapatriement de la Constitution canadienne l’année suivante.

Cette virulente dénonciation de la SSJB-M a suscité une controverse des plus vives qui a secoué le Québec pendant des semaines. Ce placard fut à l’origine d’une saga juridique qui a duré plus de 20 ans et qui a abouti en Cour suprême, créant une jurisprudence en matière de liberté d’expression que l’on enseigne aujourd’hui dans les facultés de droit.

«J’étais fier de mon texte», dit aujourd’hui Guy Bouthillier, alors président du comité de prise de position politique de l’organisme qui était présidé par Gilles Rhéaume. C’est à l’unanimité que le conseil de la SSJB-M a approuvé ce texte après quelques retouches mineures.

Dans ce placard, la SSJB-M, qui s’était déclarée indépendantiste en 1968, n’y allait pas de main morte. Les noms des 70 élus fédéraux y figuraient avec la mention «représentant d’Ottawa», dans leurs circonscriptions respectives, au lieu de celle de député. Ces «traîtres» étaient aussi des «collaborateurs», des «agents actifs d’Ottawa et du Canada anglais dans nos villes et nos campagnes». S’adressant au lecteur, la SSJB-M écrivait: «Souviens-toi de chacun et de chacune d’entre eux: ces sont des traîtres. À considérer comme tels. Aujourd’hui, ils ont le verbe haut, mais, demain, tu seras là, et tu leur feras payer leur trahison.»

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