Article paru dans le site Internet de Radio-Canada le 19 septembre 2010.

Regroupés en coalition, 35 organismes opposés au projet de loi 103 sur les écoles passerelles ont tenu samedi soir à Montréal un rassemblement pour la sauvegarde du français nommé Notre langue n’a pas de prix – La loi 101 n’est pas à vendre.

Le spectacle, animé par le comédien Denis Trudel, a notamment mis en vedette Daniel Boucher, Michel Rivard, Marie-Denise Pelletier, Luc Picard, Loco Locass et les Zapartistes. Étaient aussi présents de nombreux élus souverainistes, dont la chef du Parti québécois Pauline Marois, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe et le député de Québec Solidaire, Amir Khadir.

Selon les organisateurs, le Centre Pierre Charbonneau, qui peut accueillir 3000 personnes, était rempli à pleine capacité. Il a aussi été nécessaire de refuser l’entrée à des centaines de personnes.

La soirée a notamment été marquée par la lecture, par le député péquiste Pierre Curzi, du poème Speak White, de Michèle Lalonde. Le texte, présenté lors du spectacle sur un arrière-plan d’images des batailles linguistiques qui ont secoué le Québec, fait le portrait de l’état du français au Québec, à l’aube des années 1970.

Plus tôt en soirée, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Mario Beaulieu, a parlé de la nécessité de renouer avec la défense de la langue française.

« On commence à être sérieusement tanné par ceux qui jouent à l’autruche avec l’avenir du français. On a fini de faire les bonasses et de se laisser culpabiliser. À partir de maintenant, c’est en avant pour le français », a-t-il affirmé.

Pour inclure tous les citoyens sans exception, ça prend une langue commune.
— Mario Beaulieu, président de la SSJBM

En marge du spectacle, la chef du Parti québécois a estimé qu’il y a « des reculs majeurs de la langue française à Montréal, et qu’il faut envoyer un signal très clair que c’est en français que ça se passe au Québec ».

La soirée a aussi été l’occasion de faire lecture d’une déclaration commune, qui a réuni sur scène des représentants de tous les groupes impliqués dans la coalition, dont Pauline Marois, Gilles Duceppe, Françoise David, Amir Khadir, le néo-démocrate Thomas Mulcair ainsi que de nombreux leaders syndicaux.

Nous ne pourrons survivre et nous épanouir comme société francophone que si nous sommes solidaires, et c’est solidaires qu’aujourd’hui nous demandons au gouvernement du Québec de soustraire le Québec à cette décision injuste et illégitime de la Cour suprême du Canada qui se croit au-dessus de la volonté du peuple québécois.
— Extrait de la déclaration commune

La coalition exige que la loi 101 soit appliquée aux écoles privées non subventionnées pour couper l’herbe sous le pied aux parents francophones ou allophones qui veulent envoyer leurs enfants dans des écoles anglaises.

Ses membres estiment que le projet de loi 103 ne peut que contribuer à l’érosion du français. Il « rouvre la brèche permettant à des gens fortunés de contourner la Charte de la langue française en passant par des écoles passerelles ».

Les organisateurs soutiennent qu’il s’agit du plus important rassemblement pour le français depuis 1993. Cette année-là, un événement avait été tenu pour contester la loi 86. Ils ajoutent qu’il s’agit du « début d’une vaste mobilisation pour le français à travers le Québec.

L’an dernier, la Cour suprême du Canada avait invalidé des dispositions législatives visant à restreindre l’accès à l’école anglaise que le gouvernement du Québec avait adoptées en 2002 pour colmater une brèche dans la loi 101.

Faisant référence à ce jugement, le député du Parti québécois Pierre Curzi considère qu’il faut « remettre les choses à leur bonne place ».

L’application stricte de la loi 101, c’est une décision à laquelle on est obligés d’arriver parce que la décision de la Cour suprême, c’est une sacrée mauvaise décision, c’est une des pires qu’ils n’aient jamais prises.
— Pierre Curzi

Pour sa part, la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, reconnaît que si la solution proposée par le gouvernement de Jean Charest avec le projet de loi 103 n’est pas « parfaite », elle « ne va pas jusqu’à suspendre les libertés individuelles ».

Il y a une dizaine de jours, elle avait repoussé du revers de la main la proposition de la coalition qui demande à Québec de recourir à la clause dérogatoire afin de se prémunir d’éventuelles contestations judiciaires.

Je ne crois pas que les Québécois veulent que le gouvernement du Québec suspende les libertés individuelles de qui que ce soit en matière linguistique.
— Christine St-Pierre

Lire l’article dans le site Internet de Radio-Canada