CHRISTIAN B. RIVARD et MAXIME LAPORTE | MQF et SSJB | 13/10/2014 | (CBR)

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─ Le premier ministre Philippe Couillard erre lorsque qu’il prétend qu’il est impossible de protéger le français sur le web. Il faut dénoncer les termes défaitistes employés par le Premier ministre et notamment cette analogie démesurée: «C’est comme si on vous disait qu’il faut se mettre dans le Saint-Laurentpour essayer d’arrêter le flot». Philippe Couillard se montre décidément fataliste lorsqu’il dit, par ailleurs: «c’est un phénomène irréversible», ou lorsqu’il évoque qu’il y aurait eu «un changement de civilisation». Monsieur Couillard, dont un des rôles consiste à défendre les intérêts du Québec en protégeant et en travaillant à l’épanouissement de notre langue française, aurait-il perdu le sens des réalités, sinon des responsabilités ?

L’article 52 de la Charte de la langue française impose l’utilisation du français pour toutes documentations publicitaires publiées par une entreprise ayant un établissement au Québec. Ça ne prend pas la tête à Papineau : les consommateurs québécois ont le droit d’être servi en français et d’avoir accès à de l’information commerciale dans la langue commune et officielle, y compris sur internet. La manière d’appliquer cette règle sur la toile nous paraît beaucoup plus simple que ne le laisse entendre monsieur Couillard. Il existe dans la loi des sanctions et des amendes, qu’il suffit d’appliquer. Les outils sont déjà là. Il est vrai, cela dit, que l’Office québécois de la langue française manque de ressources pour mener à bien son mandat, dû aux multiples coupures effectuées au fil du temps… Il y aurait là matière à réflexion pour améliorer cette situation.

On dirait que Philippe Couillard a une tendance naturelle à la résignation, aussi bien en ce qui a trait à la Constitution canadienne qu’il disait vouloir signer tout bonnement, qu’à l’égard de la situation linguistique, où il fait plus souvent qu’autrement figure d’aplaventriste, entre autre lorsqu’il se dit satisfait de « l’équilibre linguistique » que le Québec aurait supposément atteint…

En tout cas, cet équilibre linguistique auquel réfère monsieur Couillard n’a rien de vraiment équilibré… Il ressemble plutôt à la tour de Pise. Alors que le Québec s’est donné une Charte québécoise de la langue en 1977, le gouvernement Couillard regarde, « impuissant », le terrain s’enfoncer sous le poids des enjeux linguistiques au Québec… Ce fameux « équilibre », en réalité, penche à terme vers l’anglicisation tous azimuts.

Alors que sa députation va jusqu’à s’amuser, arrogante, à parler en anglais aux journalistes francophones de l’Assemblée nationale du Québec, personne dans ce gouvernement ne semble se soucier du présent et de l’avenir de la langue française, comme en témoignent ne serait-ce que l’assermentation des députés ou la lecture du budget en « bilingue », et c’est sans parler, pour ne prendre qu’un autre exemple, d’Hydro-Québec qui sous-traite à des entreprises unilingues anglaises où les travailleurs ne peuvent travailler dans leur langue…

En matière de publication numérique, Philippe Couillard se ferme purement les yeux, prétextant n’avoir aucune solution possible. Or, des solutions, il y en a! Soyons optimistes. Après tout, le Québec est un terreau fertile à la créativité, à l’ingéniosité et à l’intelligence sous toutes ses formes. Rêvons à des conquêtes sur internet semblables à nos conquêtes culturelles présentes dans la réalité. Nos succès mondiaux sont nombreux. Il y a plus de 200 millions de francophones dans le monde. Comment cela ne pourrait-il pas nous donner espoir en ce que la francophonie sur internet a un bel avenir devant elle? Pourquoi alors se contenter des marchés québécois et franco-canadiens qui rejoignent à peine quelques millions de personnes? Avoir un plan à moyen et long terme, encourager les marchés économiques, culturels et éducatifs en collaboration avec les pays membres de la Francophonie, qu’est-ce qu’il y a d’«impossible» là-dedans, monsieur le premier ministre?

Ensuite, simplement, il est possible d’offrir à la langue française la place qui lui revient dans les services gouvernementaux en construisant des sites web affichant seulement en français, comme le veut le principe du français, langue de l’administration. Le français est la langue commune au Québec, il est alors tout à fait normal que les pages web du gouvernement soient en français, que seules les publications numériques puissent être téléchargées en version anglaise. Si les services publics sont systématiquement offerts en anglais, comment voulez-vous que les nouveaux citoyens se convainquent de l’utilité et de la nécessite de bien connaître la langue française? Comme disait jadis Pierre Bourgault, l’anglais reste, en 2014, la véritable « langue utile ».

Enfin, le Mouvement Québec français aimerait obtenir de Philippe Couillard des explications à propos de ce commentaire: «[…] ce serait une grave erreur de tenter de limiter l’accès à certains médias». De quelles limites s’agit-il? En quoi exiger la traduction d’un site internet en faisant ainsi rayonner la langue française, constituerait une volonté d’en limiter l’accès?

Des solutions, il en existe. Où sont celles que propose le gouvernement de Couillard? Nous serons heureux de les attendre.

Christian B. Rivard, président intérimaire, Mouvement Québec français
Maxime Laporte, président directeur général, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal

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