Roger Lalonde, ce grand patriote, aura été un témoin vivant de 93 ans d’histoire. Il est né à Saint-Henri-des-Tanneries (devenu quartier puis arrondissement à Montréal) à une époque difficile de l’histoire : la crise, le secours direct… Son frère et lui devaient ramasser les morceaux de charbon qui tombaient des locomotives pour aider à chauffer leur logement. Encore tout jeune, durant les fins de semaine, il travaillait au marché Atwater 12 heures pour un p’tit 25 cents… tout en pouvant rapporter quelques légumes défraîchis qui n’avaient pas trouvé preneur!

lalonde

Il aimait l’école, rêvait de beaux-arts et de belle littérature… peut-être de devenir architecte. Après son cours secondaire à l’école Saint-Henri, l’appel de la guerre l’amena sur les côtes du Pacifique. Bilingue, dactylographe, il fut affecté comme secrétaire du médecin de son régiment. Lucille, sa marraine de guerre à qui il écrivait régulièrement, deviendra plus tard son épouse et la mère de ses cinq enfants.

De retour au Québec, il choisit de faire l’école technique en menuiserie : ce métier lui servira toute sa vie, pas juste à construire des maisons… Avec quelques pionniers de sa paroisse, il contribua à bâtir l’église Notre-Dame-du-Sacré-Coeur. Devenu président de la Commission scolaire, il fut responsable de la construction de l’école Saint-Michel. Il a aussi fondé la première caisse d’économie et la première bibliothèque de la paroisse, installées dans le sous-sol de l’église. Le scoutisme accapara plusieurs de ses années les plus heureuses et laissa de merveilleux souvenirs à ses scouts, louveteaux et routiers.

Aussi, Roger Lalonde aura été l’un des premiers fondateurs de la fameuse Coopérative funéraire de la Rive-Sud. « Ma carte de membre porte le numéro 1 et celle de ma Lucille, le numéro 2 », lançait-il fièrement !

Cet homme et cette femme ont croisé les Fils de la Charité, hommes de foi, de justice et de réalisation. Ces prêtres ont été d’une inspiration profonde pour Roger : ils sont devenus des amis, des complices, des frères… dans l’esprit de « son grand Copain », comme se plaisait à dire Roger !

L’amour de sa langue et la conviction profonde de la nécessité de faire du Québec un pays est un volet primordial de la vie active de Roger le Patriote : du RIN au MSA au Parti Québécois, par-delà les assemblées de cuisine, les comités de citoyens, les campagnes électorales, les victoires, les espoirs et les déceptions… Son amour de l’histoire le poussa à consigner ses souvenirs dans une touchante autobiographie : Un p’tit gars de Saint- Henri se raconte.

Roger Lalonde était fier de tous les gens de ce pays qui s’affirment et qui se réalisent; il regardait désormais la jeunesse qui pousse, rassuré de l’essentiel pour l’avenir.

Son drapeau, il l’avait greffé dans le coeur ! Il a reçu la médaille de l’Assemblée nationale du Québec en hommage à la hauteur des valeurs qui l’animaient. Tous ceux et celles qui ont côtoyé cet homme élégant et de noble discours en gardent un souvenir ému. Dans la lignée des bâtisseurs, Roger Lalonde est l’un des grands !

Gisèle Belzile

D’après un hommage de François Lalonde à son père
Brossard, le 19 février 2015