L’introduction du parlementarisme au Québec dès 1792, pour tout balbutiant qu’il fut, s’accompagne du développement de la presse, fille de la démocratie. Au droit d’imprimer et diffuser des imprimés s’ajoute dorénavant celui d’informer. Les premiers journaux naîtront au tournant du XIXe siècle : Le Canadien sera le tout premier à défendre les intérêts des habitants du Bas-Canada. Sous l’influence de son maître d’instruction de Verchères, le jeune Ludger Duvernay se passionne pour les journaux. Âgé d’à peine 14 ans, il est engagé comme apprenti à Montréal par Charles-Bernard Pasteur, éditeur du journal Le Spectator canadien. Il commence à fréquenter assidûment la librairie Bossange située sur la rue Saint-Vincent qui deviendra, en 1823, la célèbre librairie Fabre. À 18 ans, Ludger Duvernay devient imprimeur aux Trois-Rivières, alors qu’il lance sa propre publication, La Gazette des Trois-Rivières. En 1827, Ludger Duvernay revient à Montréal et reprend la publication du journal La Minerve. Sous sa gouverne le journal multipliera le nombre de ses abonnés, passant de 240 à plus de 1300 en 1832; la principale raison étant que La Minerve devient rapidement le grand véhicule des revendications soutenues par le Parti patriote durant cette époque d’effervescence politique.

Le 8 mars 1834, Ludger Duvernay fonde à l’hôtel Nelson une société dont le nom sera le même que celui d’une organisation secrète qui avait été au cœur du soulèvement de Paris en 1830 : « Aide-toi et le ciel t’aidera ». Le premier objectif de cette nouvelle association est la diffusion, au sein de la jeunesse canadienne, de l’écriture et du goût de la lecture. Depuis la conquête, une organisation fort discrète s’était implantée chez nous. Elle regroupait principalement l’élite marchande anglaise et des officiers militaires. Elle fêtait chaque année, le 24 juin, par un banquet, sa fondation ou plutôt sa transformation d’ordre corporatif en société spéculative. Elle était imperméable aux Canadiens. Dirigée par Mr Molson, fils, la Loge franc-maçonnique de Montréal était à la tête de l’opposition aux visées démocratiques, elle soutenait d’ailleurs les extrémistes paramilitaires du Doric Club. C’est ainsi que le 24 juin 1834, par un pied de nez magistral à toute cette oligarchie anglaise qui dominait la ville, Ludger Duvernay et ses amis convoquèrent un banquet pour fêter la nation. Vingt-cinq « Santé! » furent portés par les 60 invités, si l’on en croit le compte rendu qu’en fit La Minerve du 26 juin. Ludger Duvernay porta la première santé en l’honneur du « peuple, source de toute autorité légitime ».

Banquet de fondation

Banquet de fondation Les événements de 1837–1838 interrompirent la célébration de la fête. Recherchés par les troupes anglaises, Duvernay dut s’exiler en Nouvelle-Angleterre avec d’autres chefs patriotes. De retour à l’automne de 1842, Ludger Duvernay jette les bases de l’Association Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Le 9 juin 1843 dans une salle du marché Saint-Anne, la première assemblée générale a lieu. Denis-Benjamin Viger en est nommé le premier président.  —  Extrait de Ludger Duvernay par Denis Monière, édition Québec/Amérique, 1987

 

Réunissons-nous donc, Et à l’instar de nos frères et de la grande nation, formons des sociétés patriotiques qui soient comme le foyer d’où sortiront les lumières qui doivent guider nos compatriotes.

Que dans les cités, les vrais patriotes se rassemblent dans un local désigné; que là, dans le calme et la réflexion, on discute les meilleurs moyens de remédier aux maux que nous prévoyons; que les membres les plus éclairés se présentent, à chaque réunion, avec un discours, une pièce de vers, fruit de leurs inspirations et propre à entretenir, à ranimer le Feu Sacré de l’amour de la patrie, soit en éclairant la conduite de nos gouvernants, soit en accordant un juste tribut de louanges aux éloquents et braves défenseurs de nos droits, aux Papineau, aux Bourdage, aux Viger, etc…

Que cette patriotique association se propage dans les villages, que de nombreuses ramifications s’étendant jusque dans les campagnes, y portent la sève précieuse de l’amour de l’indépendance, et qu’en éclairant les habitants, elle leur inspire les meilleurs moyens de la conserver.

Ludger Duvernay
 la Minerve du 24 avril 1834