Je laisse ici mes notes pour l’entrevue que j’ai donnée à Vice  au sujet de la vente de St-Hubert…

 

Ça vaut mieux que de lire l’article (évidemment) ridicule qui en a découlé, intitulé « Quebec nationalists are freaking out that a chicken chain was gobbled by Swiss Chalet’s owner » et où nous traite de « Quebec’s national identity-obsessives »…

 

Franchement… Personne ne « freak out »… Et être sensible à l’avenir économique du Québec, ce n’est pas souffrir d’un trouble obsessionnel concernant notre identité nationale…
Il y a de ces journalistes, parfois…

 

Voici donc ce que j’avais à dire :

 

Force est de constater que dans la transaction de St-Hubert, comme dans celle de Rona, on n’a pas l’impression que ni le gouvernement libéral, ni le milieu des affaires québécois font preuve de beaucoup d’audace ou de vision…

On dirait qu’un bon nombre de nos élites trouvent plus ou moins banal le fait qu’on devienne des gérants, des succursales, des locataires…

Dans une économie de gérance, les retombées sont passagères…

Or, dans une économie fondée sur le développement social et national, on peut maintenir le contrôle sur nos entreprises dans le temps.

Il n’y a pas d’avantage à être locataires chez soi.
C’est préoccupant de voir que le Québec inc. essaie de se consoler en se disant qu’il sera un locataire bien traité.

Y a-t-il une véritable volonté du Québec inc. de jouer dans les ligues majeures?

Cela rappelle une phrase que répétait souvent Pierre Péladeau, père : à propos du Québec inc., il disait à peu près dans ces mots: « on peut bien être contents de quelques-uns de nos succès, mais on n’a encore pris la place de personne »…

 

bbq

Siège social
Quand on mentionne que le siège social de St-Hubert restera au Québec, c’est comme un prix de consolation illusoire…   Quand on perd le contrôle, on perd le contrôle.

Avec un huard à 70 cents, Cara s’expose elle-même à se faire acheter potentiellement par une multinationale américaine…

Dans le secteur de la restauration et de la transformation alimentaire, le marché est compétitif à l’échelle du continent…

Rien ne nous permet de penser que Cara est à l’abris de se faire lui-même acheter.

 

Responsabilité du gouvernement?
Où se trouve la politique du Gouvernement du Québec en ces matières? St-Hubert, c’est pas seulement St-Hubert…

C’est toute la chaîne d’approvisionnement, ce qui veut dire notamment : la filière agricole…

Et pour cette filière, dans la production de poulet, St-Hubert est un gros joueur, un gros acheteur…

La firme ontarienne continuera-t-elle de s’approvisionner au Québec ou ailleurs? Les récentes concessions consenties par notre gouvernement dans la gestion de l’offre, risquent d’affecter la chaîne d’approvisionnement, au détriment des intérêts des producteurs d’ici…

Outils d’intervention : la Caisse de dépôt, le Fonds de solidarité ou Investissement Québec auraient pu agir ou faire mieux qu’ils l’ont fait, soit pour faciliter l’acquisition par un nouveau propriétaire québécois, soit pour redéfinir la structure de la propriété…

En faisant par exemple de St-Hubert une société à capital ouvert pour permettre à des actionnaires québécois d’intervenir… Pourquoi ne l’ont-ils pas fait?

On ne peut pas continuer de brader simplement nos succès économiques

 

« Plus prédateurs que proies? »
Lorsqu’elle affirme cela, que la ministre Anglade nous fournisse les chiffres, par secteurs et par régions… On ne va pas se laisser mystifier…

Couche-tard peut bien faire des acquisitions, par exemple, mais à quel point le milieu des affaires québécois y gagnent…

Qu’est-ce qu’on leur apprend aujourd’hui aux HEC, – dont la SSJB est d’ailleurs à l’origine? À être des intendants dociles?

On leur apprend à faire des calculs de ratio et à nous arriver avec des justifications du genre… Or, c’est pas compliqué : t’es le boss ou pas.

 

Inévitable?
Rona aussi c’était « inévitable »…

Ce l’est toujours, quand on exclut d’emblée l’option que nous prenions nous-mêmes l’initiative, et que dans les critères de relai, on ne considère pas comme un critère déterminant le fait que ça doit rester au Québec.

 

Facteurs nuisant à notre économie
Plusieurs facteurs nuisent à nos entreprises dont un en particulier : la difficulté pour la classe d’affaires québécoise à s’internationaliser…

Faiblesse de volonté? Faiblesse des compétences? En dépit de plusieurs succès notables (CGI, Couche-tard…), on sait que Jean Coutu s’est cassé la gueule dans ses tentatives d’expansion aux US… St-Hubert a eu de la difficulté à percer le marché canadien…

Plein d’entreprises québécoises, au stade de l’internationalisation, échouent. Il faut se demander pourquoi? Vendre, c’est sans doute une solution de facilité… »