Article de Louis-Mathieu Gagné paru dans Rue Frontenac le 30 octobre 2009.

La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM) réclame de la Couronne britannique des excuses officielles pour le « génocide culturel » des francophones d’Amérique à quelques jours du passage controversé du prince Charles au Québec.

Dans une lettre envoyée vendredi, la plus ancienne institution militante pour la promotion et la défense du français en Amérique demande à Charles Philip Arthur George, prince de Galles, de s’abstenir de venir dans la province à moins qu’il ne s’excuse pour les tords historiques causés au peuple issu de la Nouvelle-France.

« Cette histoire, dont vous êtes l’un des plus fidèles représentants, est celle d’un ethnocide, ou génocide culturel, qui se définit par la destruction des caractéristiques culturelles d’un groupe ethnique par un groupe plus puissant. Deux cent cinquante ans après notre Défaite originelle, le sol d’Amérique du Nord porte la vie de millions de descendants d’origine française ayant tout oublié de leurs racines, jusqu’à leur langue, conséquences des mesures racistes et violentes imposées par ceux qui ont porté ce titre que vous affichez si fièrement », peut-on lire dans cette lettre.

« Il n’est clairement pas le bienvenu ici. C’est arrogant et insensible. La Couronne britannique a participé ou s’est fait complice de l’assimilation des francophones à travers le Canada. Je sais que le passé est le passé, mais il est important d’en reconnaître les erreurs », affirme Mario Beaulieu, président de la SSJBM.

La Couronne britannique a reconnu le « drame humain de la déportation » des Acadiens via la gouverneure générale Adrienne Clarkson en 2003. Mais malheureusement, aucune excuse n’a été formulée, rappelle M. Beaulieu.

Des excuses sont aussi exigées pour les « gestes oppressifs » effectués à travers 250 ans d’histoire qui ont brimé le fait français au Québec comme dans les autres provinces canadiennes, notamment dans la langue d’enseignement.

« La Couronne britannique s’est excusée auprès des Autochtones. Pourquoi ne pas le faire envers les francophones hors Québec », propose M. Beaulieu.

Comité d’accueil

Différents groupes souverainistes tels que le Réseau de résistance du Québécois et la SSJBM préparent des événements pour dénoncer la venue du prince Charles. Il doit normalement séjourner au Canada du 2 au 12 novembre en compagnie de sa femme, Camilla Parker-Bowles, duchesse de Cornwall. Des arrêts sont prévus à Montréal, Gatineau, Ottawa, Toronto et Vancouver notamment.

Si la SSJBM laisse le soin à d’autres d’organiser des manifestations, elle a l’intention d’y prendre part tant et aussi longtemps qu’elles ne sont pas violentes.

« Nous allons plutôt utiliser cette visite à des fins pédagogiques pour diffusion de l’information sur la situation des francophones d’Amérique à l’échelle nationale et internationale », explique M. Beaulieu.

De par ses actions, la SSJBM souhaite aussi renforcer le mouvement pancanadien contre la monarchie britannique. Si la popularité de cette dernière n’a jamais été bien haute au Québec pour des raisons historiques évidentes, elle décline ailleurs au pays.

Un sondage commandé par les Amis canadiens de la famille royale et dévoilé cette semaine par Radio-Canada révèle en effet que les deux tiers des Canadiens de moins de 25 ans affirment que la monarchie britannique est dépassée.

Le 1er juillet dernier, un sondage réalisé pour le journal The Globe and Mail et le réseau CTV montrait que 65 % des Canadiens étaient contre l’actuelle monarchie constitutionnelle. Le Québec et l’Ontario se trouvait aux antipodes, avec un taux d’opposition respectif de 86 % et 58 %.

Lire l’article dans le site Internet de Rue Frontenac