Nous, Québécoises et Québécois d’origines diverses signataires de cette lettre, tenons à informer nos concitoyennes et concitoyens de la gravité de la situation qui prévaut actuellement en Kabylie.

Ces derniers mois, le gouvernement algérien n’a pas cessé de réprimer et d’emprisonner injustement des citoyennes et citoyens qui ont osé critiquer, pourtant pacifiquement, ses pratiques militaristes ou qui ont osé afficher ouvertement et publiquement leurs opinions politiques qui ne calquent pas sur les siennes. Et ce, dans la quasi-totale insouciance internationale.

Pourtant, la firme d’analyse britannique Economist Intelligence Unit avait quand même indiqué, dans son rapport de 2020 sur la démocratie dans le monde, que le pouvoir algérien a perdu son statut de régime hybride au profit de l’autoritarisme. Au printemps dernier, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de la personne s’est également déclaré préoccupé par la situation en Algérie, tout en demandant au gouvernement en place de mettre fin aux arrestations arbitraires et aux détentions de personnes ayant exercé leurs droits à la liberté d’opinion, d’expression et de réunion pacifique. En dépit de ces constats, la répression étatique, qui fait vivre dans la crainte de nombreuses populations, s’est fortement accentuée ces derniers mois tout en visant spécialement la Kabylie et tout en s’acharnant sur ses élites intellectuelles et politiques.

Cette région ancestrale nord-africaine — dont le peuple est distinct de la majorité par sa langue, son identité, sa culture et ses traditions laïques, nous le précisons — s’est toujours dressée contre l’autoritarisme des gouvernements qui se sont succédé à la tête de l’Algérie depuis son indépendance jusqu’à nos jours. Comme le témoignent les malheureux événements du 20 avril 1980 et 2001, dénoncés à cette époque par nombre de médias et politiciens occidentaux dont des personnalités politiques québécoises, qui ont engendré des centaines de morts et des milliers de blessés graves lors des grandes manifestations pacifiques qui ont eu lieu ces années-là et dont le seul tort des participants était d’avoir légitimement revendiqué leur droit de protéger et de défendre leurs langue, culture et identité et donc d’être eux-mêmes.

En tant que Québécoises et Québécois partisans de la liberté d’expression et du pacifisme, nous ne pouvons rester insensibles à la situation dramatique que vit actuellement la Kabylie et qui menace son avenir, voire son existence. Cette Kabylie qui est d’ailleurs un des grands bastions fournisseurs de l’immigration francophone du Québec. Une immigration triée sur le volet par les services de l’Immigration, qui s’intègre bien à notre société et qui s’ajuste à ses valeurs.

 

 

*Cette lettre est aussi signée par :

Marie-Anne Alepin, présidente de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal;
Michel Leduc, Société Nationale du Québec à Laval;
Evelyne Abitbol, cofondatrice de la Fondation Raif Badawi pour la Liberté;
Yan Bombardier, membre du CG Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal;
Sylvie Moreau, ex-candidate du Parti Québécois;
Farida Sam, ex-candidate du Parti Québécois;
Karim Akouche, écrivain et dramaturge;
Isabel Dion, présidente de la Commission de la citoyenneté du Bloc Québécois;
Monique Renaud, Société Nationale du Québec à Laval;
Benoit Lucner, membre du CG Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal;
Sylvie Bergeron, écrivaine;
Kamel Serbouh, président du Centre Amazigh de Montréal;
Tassadit Ould-Hamouda, animatrice de la troupe de danse kabyle Tafsut;
Djamel Boukhoulef, président du Centre Culturel Kabyle de Montréal;
Michèle Rousseau, Société Nationale du Québec à Laval;
Florence Racicot, Forum jeunesse du Bloc Québécois;
Michel David, Société Nationale du Québec à Laval;
Rita Richard, acadienne et membre de la Revue Veritas Acadie Internationale;
Pierre Benoît, président émérite de la Société Saint-Baptiste de Montréal à Laval;
Joanie Blier, technicienne en éducation spécialisée;
Farida Zerar, étudiante à la maîtrise en relations internationales et culturelles