Article de Richard Cléroux paru dans Le Trait d’Union le 5 mars 2010.

Le vieux monsieur qui appelait le poste de radio anglophone était en colère. Furieux. Enragé. Il venait d’apprendre que dans le Discours du Trône Stephen Harper avait proposé de changer les paroles de l’hymne national Ô Canada. Sa voix tremblait de rage; il s’étouffait quasiment. Dans la version anglaise de l’hymne il y a une ligne (qui n’existe pas dans la version française.) qui dit : « True patriot love in all thy sons command. » Traduction libre : « la vraie amour patriotique de tous ses fils. »

Attendez que les messieurs anglos apprennent que le « Ô Canada» a été composé par un francophone du Québec, Calixa Lavallée, pour le compte de la Société Saint-Jean-Baptiste.

Le problème est que certaines femmes y voient une exclusion du genre féminin.

« Nous les femmes, pouvons aimer notre pays aussi bien que les hommes! »

Les femmes veulent que ça devienne « . . . in all of us command. » Ce qui serait parfaitement inclusif.

C’est la sénatrice conservatrice Nancy Ruth, qui s’affiche comme étant féministe et lesbienne, qui mène le mouvement pour le changement. Elle semble avoir l’oreille de Harper. Elle prépare une présentation pour le Sénat la semaine prochaine.

Elle n’est pas seule. Plusieurs femmes anglophones disent s’être senties exclues lorsqu’elles ont entendu (au moins 14 fois) la version « sexiste » (classique) lors des Jeux Olympiques.

Dressé contre elles il y a tout un groupe de vieux entêtés qui prennent d’assaut les lignes ouvertes à la radio et qui en ont assez de ce discours des femmes.

Pour eux, c’est un complot lesbo-féministe. Pis c’est leur hymne national, pis les femmes ne changeront pas un seul mot.

Pauvre Harper. Lui qui voulait simplement plaire à ses commettantes et éliminer un peu de discrimination dans notre société. Le voilà pris avec un paquet de trouble.

Les francophones du Canada se tordent de rire, car la version française ne parle ni de « fils » ni de « filles » mais plutôt de « fleurons glorieux » que hommes ou femmes peuvent porter sur leurs fronts à leur guise.

Et les indépendantistes se tordent encore plus de voir que les fédéralistes – hommes et femmes anglophones – s’entredéchirent pour une affaire aussi ridicule à leurs yeux.

Attendez que les messieurs anglos apprennent que le « Ô Canada» a été composé par un francophone du Québec, Calixa Lavallée, pour le compte de la Société Saint-Jean-Baptiste. Y a t-il quelque chose de plus « séparatiste» que la SSJB?

Et que les paroles ont été écrites par le Juge Routhier, un autre francophone, et que la version anglaise n’a été écrite que 28 ans plus tard?

Le complot « lesbo-féministe » deviendra un complot « separatist » des gros méchants de la SSJB avec Stephen Harper à leur tête.

Pauvre Stephen Harper, blâmé de tous bords, tous côtés. Et lui qui voulait bien faire.

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