Article de Christian Rioux publié dans le journal Le Devoir le 22 novembre 2012

« Ici, nous sommes indépendantistes de père en fils », dit le maire sous les arcades de sa mairie dont certaines remontent au XIIe siècle. « Vic est fière de ses origines catalanes, ce qui ne nous empêche pas d’être une ville universitaire moderne. Mais jamais je n’aurais pensé que les choses se précipiteraient ainsi. » Le maire de Vic est aujourd’hui prêt à parier que la Catalogne sera indépendante avant l’Écosse et le Québec. […]

Pour la plupart des observateurs, cette poussée indépendantiste, qui a pris tout le monde par surprise, n’est pas un épiphénomène dû à la crise. Ce n’est pas non plus simplement l’affaire des partis politiques, comme en Écosse et parfois même au Québec. Depuis 25 ans, le petit parti indépendantiste catalan Esquerra Republicana (ERC) n’était pourtant jamais parvenu à rallier plus de 10 ou 15 % de la population. Quant au grand parti nationaliste Convergencia y unio (CiU), il maintenait une ambiguïté volontaire sur le sujet, se contentant de revendiquer une augmentation de l’autonomie et un nouveau pacte fiscal.

« Jamais je n’aurais pensé pouvoir écrire un jour dans ma langue dans mon journal », dit le romancier Marius Serra, qui signe des chroniques satiriques en catalan.

« Vous savez, ici, notre langue a survécu parce qu’elle a été attaquée par des gens stupides, dit-il. L’Espagne nous a longtemps dominés, mais elle n’a jamais su nous séduire. Nous avions pourtant négocié un compromis. Onze hommes en noir en ont décidé autrement. Aujourd’hui, il est plus facile pour les Catalans de faire l’indépendance que de changer l’Espagne. Nous assistons à l’entrée en scène d’une nouvelle génération qui a grandi en catalan et qui regarde vers l’Europe. Sur le référendum, l’affrontement semble inévitable. C’est comme deux trains en marche qui se font face. »[…]

C’est aujourd’hui ou jamais ! » Josep Maria Vila Dabadall Serra a les bras et la carrure d’un sylviculteur. Il est le 25e Dabadall à occuper la maison familiale située dans un village un peu à l’extérieur de Vic, à 70 kilomètres de Barcelone. Devenu maire de la ville, il ne s’est pas fait prier pour emboîter le pas à sa voisine, Arenys de Munt, et organiser avec plusieurs centaines d’autres municipalités un référendum symbolique sur l’indépendance de la Catalogne. Le 13 décembre 2009, près d’un habitant de Vic sur deux s’est déplacé et le oui l’a emporté par 95 % ! Un signe ne trompe pas : sur la grande place, pratiquement une maison sur deux arbore les couleurs de l’Assemblée nationale catalane, une organisation indépendantiste sans affiliation politique née il y a moins d’un an et qui a réuni un million et demi de personnes à Barcelone le 11 septembre dernier derrière la bannière « La Catalogne, nouvel État européen ».

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