Article d’Ouhgo publié dans Tribune libre de Vigile le 16 décembre 2011

LES ANNÉES ’30, DE BOURASSA, GROULX, LAURENDEAU, O’LEARY
La première grande poussée indépendantiste s’est échouée sur le récif Duplessis
Celle des années ’70 s’écrase sur quoi ???

On ne sait pas toujours que Henri Bourassa, petit-fils de Louis-Joseph Papineau, grand défenseur de la foi et de la langue de sa race, détourné par Action nationale, en vint à professer que le nationalisme était un péché.

Le chanoine Lionel Groulx, qui réclama longtemps son pays français en Amérique, finit par expliquer que ce qu’il voulait dire, c’était « à l’intérieur de la Confédération ».

Très admiré par De Saint-Denys Garneau, André Laurendeau, tout comme Pierre Dansereau très jeune, se gargarisaient de nationalisme, voire de fascisme servi par un gouvernement totalitaire à l’italienne pour affronter l’unilinguisme anglais du gouvernement fédéral. C’était avant l’émancipation par voyages en Europe où la montée de Mussolini et Hitler commençaient à inspirer des doutes. La formule « Notre nationalisme » de Laurendeau s’étendit à « l’internationalisme » (interculturalisme ?).

Pour Claude Hurtubise, de la revue LaRelève, le nationalisme devint inacceptable.

Les mouvements Action catholique, Action française, Action nationale (Groulx), face aux expressions comme « éducation nationale » exercèrent une rupture avec le « national » : qualificatif « humain » plutôt que « national », l’état humain de la nation puisque ce mot sépare… Vinrent Guy Frégault et l’abbé Jean-Marie Parent (revue LesIdées) qui répudièrent les mots race, sol, terre, sang… On parle de nation « spirituelle », qui donne accès à l’universel (comme nous verrons nationalisme civique après 1995). Jean-Charles Harvey, journaliste économiste, dira : l’humain est essentiel, le national est secondaire. Laurendeau, après son expérience en Alsace, sentit l’urgence de dissocier le catholicisme de la droite nationaliste. On entendit bien les noms de Jacques Maritain, influent dans les mouvements JOC, JEC (être d’abord, c’est l’individu avant la nation)… Henri Daniel Rops, Emmanuel Mounier, fort présent par la revue Esprit, sans être jamais venu au Québec.

L’Action française de Montréal (1917-1928), dirigée et animée par l’abbé Groulx à compter de 1920, avait pris le relais du nationalisme donnant d’ailleurs voix, pour la première fois tout au long de l’année 1921, à une « enquête » où se formule un projet tout préventif d’indépendantisme. Cette enquête de 1921 sera le référant par excellence autant d’un André Laurendeau que d’un Dostaler O’Leary. Une conscience historique de l’indépendantisme se construit alors des balises. Les Jeunesses Patriotes en vinrent à rejeter le projet du chanoine Goulx, d’une Laurentie qui couvre une partie de l’Ontario et de l’Acadie, mais en comptant sur des députés fédéraux qui feraient respecter les minorités françaises dans la Confédération de 1867. Leur idée fut carrément de promouvoir l’indépendance (du Québec) par un gouvernement énergique.

Aux ecclésiastiques impliqués en politique déjà nommés, on peut ajouter le dominicain Georges-Henri Lévesque, le frère Marie-Victorin, le père Émile Legeault, puis le jésuite Rodolphe Dubé, qui écrivit sous le pseudonyme François Hertel : « Le beau risque »… qu’on croyait original à René Lévesque. D’ailleurs, de la même façon, le « Maître chez nous » qu’on attribue à Jean Lesage remonte aux « Jeune-Canada » des années ’30. Les ecclésiastiques étant encore parmi les plus éduqués du Canada français, et la séparation Église/État n’étant pas faite, ils occupaient allègrement le champ politique.

Comment l’effervescence nationaliste (laurentienne ou indépendantiste) fit-elle long feu ? C’est qu’elle ne se trouva pas de chef !!

Lionel Groulx, comme prêtre, voulant mettre la pédale douce, souffla le chaud et le froid, étapiste, il fit glisser l’État français vers l’autonomie provinciale (gouvernance souverainiste ?)

André Laurendeau, trop jeune et dubitatif après son séjour en France.

Paul Gouin, à l’Action libérale nationale et Maurice Duplessis, à l’Union nationale, s’étaient présentés comme les chefs de deux nouveaux partis porteurs des attentes des jeunes nationalistes. Gouin auquel les Jeune-Canada avaient accordé leur confiance plus qu’à son parti s’est finalement fait flouer par Duplessis. Rapidement, par son abandon des revendications nationalistes en matière de nationalisation des pouvoirs hydro-électriques, par la mise à l’écart des plus nationalistes de ses députés et par les couleurs pro-capitalistes et anti-syndicalistes tôt annoncées, Duplessis avait déçu et son élection (1936), laissé « un goût de cendre ». Il allait s’approprier l’idée d’autonomie provinciale jusqu’à laquelle Groulx avait reculé. Le nationalisme retourne à la case départ de 1896.

« Il faudra comprendre les vents du temps de guerre et d’après-guerre pour voir jusqu’où et comment les maisons ancestrales avaient changé d’air et de luminosité avant 1960. »

Tiré (librement) de Yvan Lamonde, prof d’histoire à McGill : « La modernité au Québec 1 La Crise de l’homme et de l’esprit 1929-1939 » Fides, 2011, 323 p.

Si l’indépendantisme vit des cycles, les années 2000 sont en train d’en boucler un… Est-il encore temps de retrousser la courbe tombante ? Pouvons-nous utiliser l’expérience passée pour contourner les écueils ? Même mur fédéral : unilinguisme dans la fonction publique, les douanes à Montréal à l’époque. Disparité des forces (partis,mouvements, revues), totalitarisme et Église en moins. Tentation de confier nos ressources à l’Europe, aux É.U. Corruption. Et par-dessus tout, déficit de chef.

Quel est notre plus grand ennemi ?

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