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Situons tout d’abord l’hier comme étant l’année de mes quatre ans, soit le 24 juin 1948, alors que pour la première fois ma mère, feu Mignonne Laroche, et ma tante, feu Cécile Harel, nous ont emmenés ma soeur Louise et moi en bordure de la rue Turgeon, artère principale de la petite municipalité de Sainte-Thérèse-de-Blainville à l’époque, pour voir passer la parade de la Saint-Jean et ses chars allégoriques. Louise avait alors deux ans et je doute qu’elle ait gardé des souvenirs de cette sortie quoique sa mémoire de politique en puissance ait pu être active dès son très jeune âge.

Nous étions installés sur des chaises que nous avaient gentiment prêtés la famille Macchabée, propriétaire d’un magasin d’alimentation bordant le trottoir longeant la Turgeon, Louise et moi sur les genoux de notre tante et de notre mère, et nous attendions l’arrivée de la longue parade ayant pris son départ devant le Petit Séminaire de Sainte-Thérèse pour se rendre au quartier résidentiel où habitaient la plupart des notables dont le député Joseph-Léonard Blanchard, en suivre le rond-point, revenir à la rue principale pour continuer vers le centre-ville et se diriger vers la grande cour de la Shawinigan Water&Power, ancêtre d’Hydro-Québec, d’où la parade repartait pour refaire le trajet en sens inverse.

Voici à quoi pouvait ressembler une parade de la Saint-Jean au cours des années quarante, dans une vidéo de monsieur Normand DeLessard publiée chez YouTube et illustrant une parade de la Saint-Jean-Baptiste ayant eu lieu à Saint-Georges de Beauce en 1949 :

C’était en effet l’ambiance de l’époque puisque la fête religieuse de la Saint-Jean-Baptiste, par ailleurs célébrée en Europe, était aussi en Amérique une célébration ethnique de la fierté d’être des Canadiens-français. Voici une vidéo, gracieuseté de monsieur Louis Pelletier, illustrant une parade de la Saint-Jean de 1938 à Montréal :

Des clameurs nous parvenant du pont surplombant la Rivières-aux-chiens, au pied de la côte menant à l’Hôtel Central, nous ont enfin annoncé que la parade approchait d’où nous étions. La double centaine de personnes des trois âges, venues comme nous des petites rues avoisinantes, excitées, fébriles, se préparaient à voir arriver le cortège composé de charrettes à foin tirée par des chevaux, déguisées en petites scènes roulantes, avec chacune un commanditaire, un thème et des personnages l’illustrant.

Cependant, le char que nous attendions tous et qui arrivait immanquablement en dernier, le merveilleux char dont toutes les mamans rêvaient pour leur fils et les cultivateurs pour leurs moutons, fils dans le rôle du petit Saint-Jean Baptiste, nécessairement blond et frisé, mouton dans le rôle de l’Agneau de Dieu effaçant les péchés du monde, ce char dis-je, était notoirement réservé aux fils de notables, les filles étant exclues, et les moutons aux cultivateurs ayant voté du « bon bord » aux dernières élections.

Voici une parade montréalaise datant de 1958, gracieuseté de l’Office National du Film du Canada par l’entremise de Mart Lat l’ayant publié chez YouTube :

Plongeons maintenant dans le passé et regardons une vidéo datant de 1925 pour comprendre que les Fêtes de la Saint-Jean avaient été récupérées après la conquête de 1759 par l’establishment anglo-saxon et que la parade religieuse augmentée de fierté ethniqu originellement canadienne de Nouvelle-France, devenue canadienne-française du Canada en 1867, était une manifestation militaro-policière destinée à bien faire sentir que toutes formes de révoltes ou d’insurgences seraient sévèrement réprimées, comme ça l’avait été durement en 1837 lors de l’insurrection des Patriotes, et 88 ans plus tard, en 1968, lors de l’émeute du Parc Lafontaine à Montréal. Voici donc sans bande sonore, dans un silence valant des milliards de mots, un document illustrant l’immense tristesse d’une parade de la Saint-Jean à Montréal en 1925 :

Concluons en visionnant quelques extraits vidéos de la parade de la Saint-Jean à Montréal en 2017, il y aura exactement un an ce 24 juin 2018, et constatons douloureusement ce que la rectitude politico-culturelle, la peur, et disons-le, la stupidité d’une Société Saint-Jean-Baptiste devenue l’ombre chétive d’elle-même, peuvent faire de la fière célébration ethnoreligieuse d’un peuple originellement plein de vivacité, de créativité, de joie de vivre et d’une belle innocence existentielle capable de magnifiques envols et de grandes fêtes. Voici de publications YouTube :

 

 

 

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