Texte de Yves-François Blanchet publié dans L’Express le 21 février 2012

Lorsque le gouvernement de Jean Charest refuse de tracer une ligne claire au bénéfice de la laïcité de l’État et de l’égalité entre les hommes et les femmes, ou lorsqu’il endosse des agressions claires à l’esprit et à la lettre de la Loi 101, il capitule en notre nom devant la Charte canadienne des droits et le multiculturalisme canadien. Son refus de définir clairement l’interculturalisme québécois fait figure d’aveu: une telle définition sonnerait le glas de son inaction minutieusement calculée.»

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«Le gouvernement de Jean Charest agit par pur clientélisme. Il ne peut se passer de l’appui électoral de la communauté anglaise. Il ne peut se passer du mensonge colporté auprès des immigrants à l’effet que leur richesse culturelle sera réprimée dans un Québec souverain. Il ne peut pas non plus assumer ouvertement sa soumission à un Canada qui ajoute l’insulte du régime Harper à l’injure de l’héritage Trudeau. S’il le faisait, ses appuis déjà fragiles chez les francophones seraient anéantis. Il ne peut donc que tergiverser, dire une chose et faire son contraire, et envoyer les ministres Weil et St-Pierre valser sur une musique qui sonne de plus en plus faux au lieu de prêter attention aux opinions éclairées de madame Houda-Pépin. Ce faisant, il ne formule aucune directive claire.»

«Pendant ce temps, un professeur de musique de la région de Sorel se pile sur le cœur et commet l’impensable: censurer une œuvre d’art. Pendant ce temps, la Commission des droits de la personne du Québec explique comment accorder des privilèges à une minorité parmi les minorités au détriment des valeurs de laïcité de l’État et d’égalité. Pendant ce temps, une formation académique qui relativise – imparfaitement – la diversité religieuse et culturelle pour alimenter la tolérance au sein de la société civile est prise en étau. Elle est accusée par la droite religieuse de brimer son droit divin d’endoctriner les enfants, et par un nationalisme plus sévère de ne pas étendre à l’espace public une laïcité qu’on croyait avoir réservé à l’espace d’État.»

«Il y a place à mille nuances dans tout ça. Je doute que nous puissions en faire le tri au bénéfice de tous tant qu’un état autre, une volonté qui nous est étrangère et un désir renouvelé d’assimiler le Québec n’auront pas été clairement rejetés par une majorité de Québécois. La souveraineté n’est pas une notion abstraite. Elle est la disposition exclusive de tous les outils de ce que nous faisons, mais aussi de ce que nous sommes.»

«Mine de rien, Justin Trudeau nous a offert une fanfaronnade révélatrice. Si les Québécois en font une juste lecture, le mythe brisé les invitera à jeter un regard neuf sur le projet de René Lévesque, de ceux qui l’ont précédé et de ceux qui le suivent dans la marche naturelle des Québécois vers un pays qui leur appartienne.»

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