par Christian Gagnon LE PATRIOTE


Une grande première

Une revendication de longue date de la SSJB est devenue réalité le 20 mai dernier. À l’occasion
de cette 17e Journée nationale des Patriotes, le drapeau tricolore des Patriotes a été
hissé au sommet de l’une des tours de l’Assemblée nationale. Ce précédent, qui ne permettra
plus de retour en arrière, a été rendu possible par l’adoption à l’unanimité d’une motion
présentée par le chef intérimaire du Parti Québécois et député de Matane-Matapédia,
Pascal Bérubé.

Le texte de la motion se lisait comme suit :
Que l’Assemblée nationale souligne la Journée nationale des patriotes, qui se tiendra le 20 mai prochain;
Qu’elle souligne l’importance de la lutte menée par les patriotes de 1837 et 1838 pour
la reconnaissance de notre nation, pour sa liberté politique et son émancipation, et pour
l›établissement d›un gouvernement responsable et démocratique;

Qu’elle rappelle la nécessité de garder vivante la mémoire des femmes et des hommes patriotes;
Que, dans le cadre de la Journée nationale des patriotes, l’Assemblée nationale hisse le drapeau
des Patriotes;

Qu’elle suggère également aux municipalités et arrondissements du Québec d’arborer ce drapeau
dans le cadre de cette journée.

C’est la nouvelle attitude des élus du Parti libéral qui étonne le plus. En effet, au cours des
sombres années Charest-Couillard, l’orthodoxie ultra-fédéraliste inconditionnelle régnait de
telle façon au Parlement que, d’année en année, toutes les motions équivalentes avaient essuyé
un refus d’en débattre de la part du PLQ. On se souviendra de la lamentable mauvaise
foi de l’attaché de presse du leader du gouvernement, l’ineffable Jean-Marc Fournier qui, en
2017, avait justifié cette fin de non-recevoir en disant qu’il appartient à chacun de souligner
comme il l’entend cette journée nationale, niant ainsi le caractère officiel et étatique de cette
commémoration. Tous avaient compris qu’il s’agissait en vérité d’épargner toute contrariété
à la base électorale anglophone de ce jadis grand parti. Nul doute que les faméliques
12 % d’appui au PLQ chez les francophones lors de l’élection d’octobre dernier ont imposé
une nouvelle tempérance à l’arrogance libérale.

Cette attitude de mépris libéral à l’égard de l’héritage des Patriotes s’était toujours fondée
sur une dénégation obtuse de la brutalité du régime britannique au Bas-Canada, ancêtre du
Québec. Qu’on pense seulement à ce texte de l’ancien ministre libéral des Affaires intergouvernementales
canadiennes, Benoît Pelletier, intitulé Le drapeau des Patriotes dérange toujours
(La Presse, 22 mai 2011). M. Pelletier y soutenait, Si le drapeau des Patriotes dérange autant
de Québécois de nos jours, c’est peut-être parce que nous posons, non sans raison, un regard sévère
sur la Société des fils de la liberté, ce mouvement armé qui parut amateur et mal organisé, et qui
orchestra de nombreux actes de violence et des manifestations sans toutefois avoir été largement
appuyé par la population du Bas-Canada.

L’ancien ministre semble ignorer que la Société des fils de la liberté a été créée pour faire
face au très violent Doric Club, milice paramilitaire loyaliste composée de 2000 jeunes anglophones
radicaux qui, dès 1836 et avec la bénédiction du général John Colborne, sema la
terreur au Bas-Canada. Ce sont ces mêmes torys fanatiques qui, inspirés par l’éditorialiste
orangiste du Montreal Herald, Adam Thom, incendièrent le Parlement de Montréal et en
vinrent à un cheveu de réussir à assassiner le Premier ministre Louis-Hippolyte Lafontaine,
en 1849.

Désormais, osons espérer que pareil révisionnisme n’aura plus droit de cité au Québec et que
l’héritage profondément démocratique des Patriotes ne sera plus jamais remis en question, à
plus forte raison par nos élus. •••