par Maxime Laporte
JOURNAL LE PATRIOTE

Michel J. Doyon, lieutenant-gouverneur du Québec

En pleine pandémie de coronavirus, le lieutenant-gouverneur Doyon est intervenu à quelques reprises dans les médias afin de manifester sa solidarité envers tous ceux et celles qui, pauvres mortels, en subissent les contrecoups. Une belle attention, dira-t-on, de la part de ce celui qui, en vertu des diktats constitutionnels que nous connaissons, se prétend le chef délégué de l’État du Québec…

Toutefois, l’histoire ne s’arrête pas là, puisque du même souffle, Michel J. Doyon ne se gêne pas pour nous gratifier de son point de vue sur la situation, en nous partageant quelques-unes de ses analyses. Or, il se trouve que ces déclarations sont d’ordre éminemment politique, ce qui tend à rompre avec la tradition de réserve que se sont d’ordinaire imposée les titulaires de ce poste depuis le siècle dernier.

De toute évidence, notre vice-roi, loin d’être un « service essentiel » à la population, a vu dans la tragédie qui nous afflige une occasion de faire valoir sa fonction en cherchant tant bien que mal à lui conférer un semblant d’utilité. Fidèle à sa lubie consistant à faire apparaître son rôle constitutionnel comme celui d’un défenseur de la démocratie, l’ancien professeur de droit entend ainsi, depuis les hauteurs du trône provincial, nous aider à mieux réfléchir les affaires de la cité… C’est dans cet esprit que mercredi dernier dans La Presse, M. Doyon nous mettait en garde contre les dangers que fait actuellement peser la crise sanitaire sur nos démocraties. Le légataire du siège ayant jadis accueilli les Colborne et les Durham, s’inquiète non sans raison de la montée des autoritarismes de parts et d’autres, allant jusqu’à citer des États en particulier, comme la Hongrie. (On ne le savait pas diplomate, par-dessus le marché !)

Au-delà de la justesse objective de ces propos, ce qui est potentiellement dangereux aussi pour notre démocratie, – et l’histoire de nos « gouverneurs » l’a bien démontré –, c’est lorsqu’un représentant de la monarchie canadienne se met ainsi à faire de la politique chez nous, en prenant le risque de s’ingérer dans les prérogatives de nos élus et de l’Assemblée nationale. Au regard de nos conventions constitutionnelles, est-il acceptable que le lieutenant-gouverneur se permette de faire pression publiquement sur nos dirigeants légitimes afin que reprennent, par exemple, les travaux d’une législature ? Or, c’est très exactement la nature de l’intervention que s’est permise l’Honorable Michel J. Doyon le 22 avril dernier. Je ne vois pas comment nos députés et tout particulièrement notre premier ministre, M. Legault, peuvent tolérer pareille immixtion royale dans le jeu démocratique. Autant j’ai toujours été d’avis, tout au long de cette crise, qu’il fallait, oui, rouvrir le Parlement au plus vite, autant je pense que le lieutenant-gouverneur, – quel qu’il soit –, devrait se la fermer.

Si le citoyen Doyon souhaite se commettre sur des enjeux d’actualité, alors qu’il renonce à ses titres. Qu’il redescende immédiatement de sa chaire et qu’il parle en son nom propre, à égalité avec tout le monde, quitte à se présenter aux élections. Surtout, que ses paroles cessent d’être auréolées de l’autorité de notre État national, le Québec, que le lieutenant-gouverneur n’a certes absolument aucune légitimité de représenter, lui qui, au surplus, doit sa fonction à une nomination fédérale.

Au fait, n’était-ce pas dans les plans de la Coalition Avenir Québec d’enfin reléguer le poste de lieutenant-gouverneur au musée (des curiosités) ? Du moins, c’est bien ce que semble indiquer le manifeste caquiste « Un nouveau projet pour les nationalistes du Québec », adopté il y a quelques lunes. S’il se trouve un ou deux fonctionnaires moins occupés qu’à la normale en cette période de confinement, peut-être serait-il temps de régler une fois pour toutes ce genre de vieux dossiers qui traînent.