Charles Castonguay  | L’AUT’JOURNAL

 

Le français hors Québec

Mme Francine Pelletier soutient dans sa chronique du Devoir du 21 novembre que le pourcentage de francophones hors Québec se maintient à peu près au même niveau depuis 20 ans, soit à environ 4 %. Elle se trompe. Le poids des francophones hors Québec, selon la langue maternelle, a baissé à chaque recensement depuis au moins 1951. Les 20 dernières années ne font pas exception : entre 1996 et 2016, leur pourcentage est passé de 4,5 à 3,8 %.

Ce n’est pas tout. La Commission Laurendeau-Dunton estimait qu’il serait préférable de compter les groupes linguistiques en fonction de la langue parlée le plus souvent à la maison, ou langue d’usage. Or, en 1996, il y avait 618 522 personnes de langue d’usage française hors Québec. En 2016, le recensement en a compté 618 622. Mais, au cours des mêmes 20 années, la population de langue d’usage anglaise hors Québec a augmenté de plus de 3,5 millions ! Le poids des francophones selon la langue d’usage a donc chuté fortement aussi, passant de 2,9 à 2,3 %.

 

Le français en Ontario

De nombreux commentateurs font état de 620 000 francophones en Ontario en 2016. Ce nombre découle d’une douteuse « définition inclusive de francophones » concoctée par le Commissariat aux services en français de l’Ontario. Voici des chiffres que tout le monde peut comprendre, pour comparer la situation entre 1996 et 2016.

Si l’on répartit les peu fréquentes réponses doubles ou triples de façon égale entre les langues déclarées, comme Statistique Canada l’a toujours fait jusqu’au dernier recensement, on obtient en 2016 un total de 527 598 francophones selon la langue maternelle en Ontario, soit 4,0 % de la population totale de 13 312 865, et 309 515 francophones selon la langue d’usage, ou 2,3 % des Ontariens.

Cela signifie qu’en 2016,  l’anglicisation nette de la population de langue maternelle française de l’Ontario s’élevait à 527 598 – 309 515 = 218 083, ce qui représente un taux d’anglicisation nette de 218 083/527 598 = 41,3 %.

En effectuant les mêmes calculs pour 1996, on obtient 499 689 francophones selon la langue maternelle en Ontario, ou 4,7 % de la population totale de 10 642 790, et 306 790 francophones selon la langue d’usage, soit 2,9 % des Ontariens.

L’anglicisation nette de la population de langue maternelle française de l’Ontario s’élevait donc en 1996 à 499 689 – 306 790 = 192 899, pour un taux d’anglicisation nette de 192 899/499 689  = 38,6 %.

Bref, depuis 1996, le nombre de francophones selon la langue maternelle a un peu augmenté en Ontario, mais pas du tout autant que la population totale. Et le nombre de francophones selon la langue d’usage n’a presque pas bougé. Ce qui veut dire que le taux d’anglicisation nette des francophones selon la langue maternelle a augmenté. De combien ? De 38,6 à 41,3 %.

 

 

 

 

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