Plus tard cette année, La SSJB tiendra un colloque afin de revenir sur cet épisode de notre histoire et de réfléchir sur l’injustice toujours actuelle et flagrante liée au surfinancement public des universités de langue anglaise au Québec.

Si vous étiez présent lors de cette manifestation à l’époque, n’hésitez pas à nous raconter votre expérience; nous souhaitons colliger un maximum d’info, y compris des anecdotes, etc.

Courriel:  Communications@ssjb.com

 

 

Jacques Beauchamps | ICI PREMIÈRE 

 

Le 28 mars 1969, de 7000 à 15 000 manifestants ont marché dans les rues de Montréal en scandant des slogans comme « McGill français » et « Le Québec aux Québécois ». Ces manifestants souhaitaient que l’Université McGill se francise et qu’elle ouvre ses portes aux étudiants francophones. La marche a entraîné une quarantaine d’arrestations et s’est inscrite dans un mouvement plus large : l’éveil du Québec français et la naissance du réseau des universités du Québec.

Pour Jean-Philippe Warren, professeur au Département de sociologie et d’anthropologie de l’Université Concordia, cette opération est une des pages les plus méconnues de la gauche au Québec.

Les manifestants se rassemblent devant McGill non seulement parce qu’elle est anglophone, mais parce qu’elle est élitiste et colonialiste. Certaines statistiques leur donnent raison. Par exemple, au Département d’études françaises de McGill, seulement 3 professeurs sur 40 sont des Québécois francophones.

 

Avant la manifestation

Une idéologie socialiste monte en force au Québec. De plus en plus de Québécois s’inspirent de la décolonisation. Leurs modèles sont l’Algérie, Cuba, la lutte des Vietnamiens contre l’invasion militaire américaine, le mouvement des droits civiques aux États-Unis et les Black Panthers.

Les forces de gauche veulent se fédérer pour amener la société québécoise à bouleverser ses structures sociales. Le mouvement nationaliste, avec la fondation du Parti québécois à l’automne 1968, s’invite également dans la partie.

De plus, le manque d’universités est criant. La génération du baby-boom a intégré les premiers cégeps en 1967 et se tourne vers l’université. Malheureusement, le gouvernement québécois leur annonce à l’automne 1968 que peu de places sont disponibles.

Les manifestants proposent plutôt de franciser l’Université McGill. Pour 1970, ils souhaitent que l’université comprenne 65 % d’étudiants francophones, et la totalité en 1972. En 1969, un maigre 3 % de francophones composent la population étudiante de McGill.

 

Un anglophone à la tête de McGill français

L’une des voix les plus éminentes de l’opération McGill français est un anglophone. Stanley Grey est étudiant et chargé de cours au Département de science politique de McGill.

Il convainc des francophones et des étudiants de McGill de se joindre à cette cause commune. Le McGill Daily, le journal étudiant de l’université accepte et imprime 100 000 exemplaires d’une édition en français intitulée Bienvenue à McGill, distribuée partout au Québec.

Stanley Grey croit que le rôle que joue McGill dans la société québécoise est comparable à celui des grandes corporations américaines dans les républiques de bananes d’Amérique du Sud.

 

La manifestation

Des discours brefs ont lieu durant la manifestation du 28 mars 1969. De l’intérieur de l’université, des étudiants lancent des répliques contre l’opération McGill français. La foule se disperse assez calmement après une heure ou deux de protestation. La police arrête une quarantaine de manifestants.

Le pouvoir a eu très peur. […]
On se presse d’effectuer certaines réformes.

 Jean-Philippe Warren

 

 

Lire et écouter sur ICI PREMIÈRE