Anne-Michèle Meggs, conseillère générale, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal    |  L’AUT’JOURNAL

 

Dans sa chronique du 17 avril dernier, Francine Pelletier affirme que  « les allophones, qu’on se le dise, sont de plus en plus francophones. Le fait d’envoyer leur progéniture à l’école française — à 89 % en 2015 c. 20 % en 1976 — explique en grande partie pourquoi les nouveaux arrivants parlent de plus en plus français à la maison, dans l’espace public et aussi au travail ».

Il y a quelques nuances importantes à apporter à cette perception tenue comme vérité par une majorité de la population francophone, c’est-à-dire que l’obligation de l’enseignement primaire et secondaire en français va assurer la pérennité du français au Québec.

S’il est vrai que de plus en plus des enfants de langue maternelle tierce se trouvent dans les écoles françaises, peut-on compter sur a pérennité de cette tendance ? Une des récentes études de l’OQLF présente les données sur la langue d’éducation préscolaire et de l’enseignement primaire et secondaire. On y constate qu’entre 1990 et 2001, le pourcentage d’enfants inscrits à l’école publique anglaise grâce au séjour temporaire de leurs parents était de 4,8 %. Ce pourcentage a plus que doublé à 11,4 % pour la cohorte de 2002 à 2015.

En même temps, on apprend dans le Devoir (6 avril dernier), que l’actuel ministre de l’Immigration, comme ses prédécesseurs, « s’engage à ‘faciliter’ et à ‘accélérer’ l’admission de travailleurs temporaires au Québec. Les travailleurs temporaires sont une solution à la ‘pénurie de main-d’oeuvre qui touche différentes régions du Québec’, a-t-il fait valoir. ‘Nous avons bon espoir que ces personnes-là soient [deviennent] des résidents permanents’, a-t-il ajouté. »

En fait, dans les dernières années, une grande majorité des personnes sélectionnées par le Québec (dont plusieurs ne sont pas encore admises, en attente du visa du fédéral) ont un statut temporaire au moment de leur sélection. Elles sont sélectionnées en vertu du Programme expérience québécoise qui exige une preuve documentaire de connaissance du français de la personne qui fait la demande (pas nécessairement de toute la famille). Mais tant qu’elles ont leur statut temporaire, elles peuvent envoyer leurs enfants à l’école anglaise. Les données laissent croire que de plus en plus d’entre elles décident de profiter de cette option. Quand ces personnes obtiennent le statut de résidant permanent, l’exception n’est plus autorisée, mais les données n’existent pas sur le nombre de dérogations offertes par le ministère de l’Éducation permettant à ces jeunes de continuer leurs études à l’école anglaise. On ne sait pas non plus combien ont déjà gradué du secondaire le temps que leurs parents obtiennent leur permanence. De plus, est-ce que leur droit d’admissibilité à l’école anglaise est transmis à leurs frères, sœurs et progéniture? On peut sûrement compter sur la Cour Suprême pour répondre « oui » à cette question.

Un autre point à noter est que 22 % des personnes immigrantes admises en 2017 avaient moins de 15 ans, tandis que 75 % faisaient partie de ce qu’on appelle la population active, donc en âge de travailler. Si le pourcentage actuel d’enfants de langue tierce dans les écoles est impressionnant, les données sur la langue du travail, surtout dans la région montréalaise, sont beaucoup moins reluisantes. De plus, le bilan de l’Office précise que les cégeps anglais attirent de plus en plus d’élèves.

On peut peut-être se rassurer, en se donnant une tape dans le dos, avec les données sur l’éducation en français, mais avec une politique d’immigration basée de plus en plus sur les personnes à statut temporaire, avec le libre choix de langue au niveau collégial et avec peu d’effort sérieux pour assurer le français dans le milieu de travail, l’avenir pourrait bientôt être plus sombre pour la place du français au Québec.

 

 

 

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