Montréal, Société des Arts et Technologies, 24 juin 2019
Discours de Maxime Laporte
à l’occasion de la Fête nationale 2019

 
 
 

Un invincible été

 
Monsieur le Premier ministre,
Madame la Première ministre,
Mesdames, messieurs les Ministres et les députés,
Mesdames, messieurs les anciens parlementaires,
Madame la mairesse,
Chers élus municipaux,
Chers représentants des Premières nations,
Messieurs les présidents de l’Assemblée franco-ontarienne
Messieurs les présidents de la Fédération des communautés francophones et acadiennes,
Madame la présidente du Comité de la Fête nationale,
Messieurs les anciens Présidents généraux de la Société,
Chers représentants du corps consulaire,

Chers compatriotes,
et j’ajouterais aussi « cher Soleil »,
sa présence nous honore et nous fait du bien.

 

Ce n’est pas un hasard si nous sommes rassemblés ici en cette belle journée de la Saint-Jean. Le premier maire de Montréal, Jacques Viger, fut aussi le premier président de la Société Saint-Jean-Baptiste ; la Société qui, comme vous le savez, est la mère de notre Fête nationale née en 1834. Depuis ce temps, le 24 juin de chaque année, on convie donc en un même lieu les forces vives du Québec et de notre métropole nationale pour célébrer ce qui fait de nous, une communauté de destin.

Québécois, c’est notre façon d’être humains. Notre façon de vivre en commun et de fabriquer de l’avenir et de la grandeur en ce monde !

On le sait, on le sent : il est une force puissante qui habite le Québec. J’aime à croire qu’elle nous habite tous et toutes.

Je parle de cette volonté naturelle, qui anime chaque Québécois, parfois refoulée, parfois laissée en jachère, mais qui sourd, lorsqu’il le faut, des profondeurs labyrinthiques de notre intranquillité nationale.

Une volonté d’essor, de dépassement, d’affranchissement ; une aspiration à la vie, à la liberté, à la pleine maîtrise de nos moyens et de notre destin.

Un peu comme l’amour, ça ne saurait tellement s’expliquer en des termes rationnels… Si ce n’est pour dire que deux siècles et demi de résistance laissent forcément des traces dans le subconscient d’un peuple.

Chose certaine, c’est là. Ça existe. Et ce n’est pas tuable. Et j’ai espoir que même dans nos pires hivernements, cette aspiration radicale et ontologique donnera toujours à redécouvrir l’« invincible été » qui se terre en nos cœurs, pour reprendre les mots d’Albert Camus.

Et quand je parle de résistance, j’ai à l’esprit celle dont on su faire preuve depuis toujours nos frères et sœurs du Canada français, et tout dernièrement nos amis franco-ontariens, à qui nous tenions à rendre hommage dans le cadre des présentes festivités. M. Jolin, M. Johnson, je veux vous dire que les récents affronts dirigés contre le fait français en Ontario ont su raviver en nos coeurs la solidarité fraternelle et intemporelle qui lie le destin du Québec à celui de l’ensemble de la francophone en ce continent. J’en ai pour preuve l’élan de sympathie absolue qui s’est exprimée ici, non seulement en paroles, mais en actes, à la suite des décisions mal avisées et, espérons, de Queen’s Park.

Dans ce contexte, nous, Québécois, nous, Montréalais, qui formons le cœur vibrant de l’Amérique française, sommes investis d’un devoir sacré : celui de nous montrer parfaitement exemplaires quant à la nécessité non seulement de garantir, mais de faire avancer le statut et la vitalité du français chez nous. Car, c’est sur nos épaules que repose en bonne partie l’avenir de cette langue, qui déprendra aussi de notre capacité à faire front commun aux côtés de nos compatriotes des communautés francophones et de la nation acadienne. À ce chapitre, puissions-nous mettre derrière nous les divisions qui, trop souvent, ont pu obstruer notre marche sur le chemin de nos destinées, sachant que ces divisions furent pour la plupart le fait de paramètres extérieurs à notre fraternité francophone qui, elle seule, reste vraie. Et que j’en entende encore un déconsidérer gratuitement les combats extraordinaires qui se mènent de Vancouver, à Moncton, en passant par la Nouvelles-Orléans, pour donner du ressort à notre langue. Ainsi, puissions-nous mieux nous comprendre de part et d’autre, en assumant tout d’abord la diversité de cette francophonie, y compris dans ses dimensions tactiques et stratégiques. Sachant qu’aucun obstacle n’est jamais insurmontable lorsque vient de le temps d’unir nos forces pour continuer à se bâtir, ensemble, un État à part entière, le Québec, qui doit dès maintenant poser en fer de lance de cette nouvelle Amérique française dont nous rêvons pour la suite du monde.

Je me souviens que lors du banquet initial de 1834, le patriote Ludger Duvernay, notre père fondateur, a porté un toast mémorable « au peuple, source primitive de toute autorité légitime ». Sans doute, ces mots-lumières, portés par un élan démocrate, résonneront encore en ces temps étincelants de fête et d’allégresse.

Parce que quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, nous sommes ce peuple, ce peuple à la fois singulier et pluriel qui, passé le solstice, réaffirme son existence et sa volonté de poursuivre sa quête incandescente d’avenir, d’un idéal de démocratie, de justice et de liberté. Alors je vous invite à célébrer le plus joyeusement du monde notre Fête nationale, source de lumières et de réjouissances.

Alors, en mémoire de Duvernay et du premier maire de Montréal, Jacques Viger, je porterai à mon tour ce même toast démocrate, que je dédie tout spécialement cette année aux Franco-Ontariens : « au Peuple, source de toute autorité légitime! »

 

Bonne Saint-Jean ! Bonne Fête nationale !

 

Signature Maxime Laporte

Me Maxime Laporte
Président général, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal