Nic Payne | Facebook

 

Créant un précédent déplorable et lamentablement reprovincialisant, les chefs des quatre principaux partis débattront en anglais ce lundi, comme des champions.

Cet elvisgrattonnesque événement se tenant à l’enseigne de la prétendue nécessité de parler aux électeurs anglophones dans leur langue, on réfléchit aujourd’hui sur ce qu’ont à gagner ou à perdre les protagonistes auprès de cette clientèle. Pourtant, les possibilités de gains, plus que modestes en regard de la consession qui est faite, sont ailleurs.

Nous aimons beaucoup, au Québec, montrer aux anglophones que nous parlons bien anglais. Nous le faisons aussi dans l’espoir, notamment lorsque nous sommes indépendantistes ou nationalistes, de les gagner à notre cause. Ça ne marche strictement jamais, mais on s’y reprend tout le temps quand même, comme des automates.

Ce ne sont pas les anglos qui seront impressionnés, lundi soir, lorsque Lisée et Couillard survoleront avec brio les Massé et Legault empêtrés dans leurs bafouilles; ce sont plutôt d’autres francophones. La notion éminemment québécoise de « parfait-bilinguisme », qui associe la notion de perfection au fait de parler anglais, et ce, « sans accent », c’est-à-dire sans cette honteuse empreinte phonétique de ce que nous sommes, est placée très haut dans notre échelle de valeurs. De nombreux Québécois sont impressionnés et envieux de ceux d’entre nous qui, non seulement parlent anglais, mais arrivent à dissimuler complètement leur identité nationale derrière un anglais « parfait ». Ils pensent qu’une telle aptitude permet de mieux se projeter dans le monde, comme elle permettrait au chef de l’état québecois de mieux nous y représenter.

Ce sont ceux-là qui seront les plus rejoints par l’aisance anglophone des chefs du PLQ et du PQ, lundi soir. C’est essentiellement là que M.Lisée, pour un, peut faire recette dans une certaine mesure; certainement pas auprès des anglophones et allophones qui, s’ils comprendront peut-être un peu mieux qu’à l’habitude ce qu’il a à dire et le trouveront peut-être un peu plus sympa qu’ils ne le pensaient, auront tôt fait de retrouver leurs esprits et de se souvenir de tout le mal qu’ils pensent de l’abominable engence séparatiste.

Bref, un pas de plus vers le Nouveau-Brunswick pour un médiocre plat de lentilles électoral.

 

 

 

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